Le 28 mai 2026, dans l’affaire French Bukkake, 6 ans après le début de l’enquête, la Cour d’appel de Paris a enfin renvoyé, les 16 accusés devant la Cour d’Assises.
Il aura fallu cependant 3 ans d’errements depuis le premier renvoi et un pourvoi en Cassation pour obtenir que les parties civiles puissent avoir accès à une justice impartiale. 3 ans pour obtenir donc que la dimension raciste et sexiste des crimes commis contre les 50 survivantes du système French Bukakke soient reconnues et que la pornographie soit réprimée sous l’infraction de proxénétisme. Grace à cette bataille de longue haleine, les plaignantes pourront à l’audience de la Cour d’Assises exiger que la circonstance aggravante de “torture et actes de barbarie” soit elle aussi reconnue.
L’arrêt définitif, qui nous a été communiqué le 9 juin, est maintenant parfaitement clair sur le fait que la pornographie est un système de déshumanisation et de violence sexiste, contraire à la dignité humaine : “Ces parties civiles ont été utilisées, niées dans leur humanité et ramenées au statut d’objet dont la seule utilité est de recevoir des éjaculations masculines. Ces vidéos véhiculent des représentations basées sur des stéréotypes de genre et des clichés sexistes – la femme y est humiliée et insultée – qui sont autant d’atteinte à la dignité humaine” (Arrêt du 28 mai).
L’arrêt étend également les qualifications de traite des êtres humains et de proxénétisme, notamment aux intermédiaires ayant tiré profit des viols filmés. Pour exemple, Oliver Sweet est renvoyé pour proxénétisme “en tant qu’intermédiaire, notamment au regard de son activité de cameraman, à plusieurs reprises, pour des scènes pornographiques” de Pascal OP et Mat Hadix.
Le courage exemplaire des plaignantes, leur persévérance et leur conscience que le combat mené profitera à toutes les femmes, avec l’aide de services d’enquête très compétents, permettent que se tienne le premier grand procès de l’industrie pornographique française.
Comment comprendre alors le refus de l’institution judiciaire depuis 2021 d’ordonner le retrait des vidéos en ligne des viols poursuivis ?
L’une des plaignantes de l’affaire French Bukkake, qui a essayé par elle-même, sans succès, de faire retirer des plateformes pornographiques les vidéos des viols, a ensuite demandé, d’abord au juge d’instruction en 2021, puis au procureur de la République en 2024, d’ordonner la suppression définitive des vidéos des tortures subies et des viols poursuivis dans le cadre de la procédure pénale. Refus et encore refus de la justice.
Ces refus par la justice de faire cesser la diffusion des viols sont une atteinte à sa dignité et à sa vie privée et constituent une victimisation secondaire. Avec un courage admirable, cette plaignante a décidé d’attaquer la France devant la Cour européenne des droits de l’homme. La Cour devra statuer, dans une procédure accélérée, sur les violations des articles 3, 8 et 14 du fait du vide actuel ne prévoyant pas de garanties procédurales effectives afin de supprimer définitivement les viols en ligne diffusés par des plateformes pornographiques.
Comment comprendre alors l’inaction totale du parquet de Paris depuis 2023 face aux nombreuses autres plaintes de victimes de viols et de tortures pornocriminelles ?
L’affaire Jacquie et Michel est en tout point similaire à celle de French Bukkake : des dizaines de victimes témoignent d’un même système organisé de proxénétisme et de viols à échelle industrielle, de scénarios haineux, sexistes, parfois racistes. Les connexions entre Jacquie et Michel et les inculpés de French Bukkake sont totalement établies en procédure. Le site Jacquie et Michel n’a jamais été fermé. Les vidéos des viols circulent encore en ligne en violation du droit à la dignité des victimes.
Pourtant, l’instruction de cette affaire est au point mort. Après l’ouverture d’une enquête préliminaire en 2020, une première mise en examen de trois hommes pour des faits de proxénétisme, viols ou complicité, avec notamment torture et actes de barbarie, commis contre 12 femmes, a eu lieu en 2022. L’affaire est depuis inexplicablement enterrée par le parquet. Ce refus d’instruire est d’autant plus inadmissible que la connexion entre les deux affaires crée une occasion inespérée pour la justice de mettre à jour le système de criminalité organisée au cœur de l’industrie pornographique française.