| Nous reproduisons cet article tiré du bulletin syndical Emancipation du 20 juin 2026. Il porte un bilan lucide, selon nous, de ce qu’a été réellement cette conférence de Porto Alegre censée être anti-fasciste sans jamais nommé les cibles ni dénoncé tous les impérialismes. |
| Du 26 au 29 mars 2026 s’est tenue à Porto Alegre, au Brésil, une conférence internationale intitulée “Conférence antifasciste et anti-impérialiste”, la première de ce nom selon les organisateurs. Au vu des comptes rendus de cette conférence, et de l’orientation du document final adopté, on peut néanmoins s’interroger sur la pertinence de cet intitulé, et sur l’avenir de cette initiative. |
| Avec 1000 à 4000 participant·es selon les sources, issu·es de 40 pays, cette conférence combina des séances plénières et onze tables rondes thématiques, ainsi qu’un forum réunissant des représentant·es de gouvernements et des parlementaires. |
| L’initiative de cette conférence (qualifiée simplement d’“antifasciste” à l’origine) fut prise par les sections régionales de deux partis brésiliens, avec le feu vert de leurs instances nationales : le Parti des travailleurs (PT), au pouvoir à Brasilía, et le PSOL (Parti pour le Socialisme et la Liberté), et avec l’appui de deux syndicats de l’enseignement et du Mouvement des Sans Terre, puis le renfort du Parti communiste brésilien (PCdoB). |
| L’initiative piétina d’abord et la date initialement prévue fut reportée. Puis, fin 2025, elle fut relayée par un nouvel appel impulsé par Éric Toussaint et le CADTM (Comité pour l’Abolition des Dettes illégitimes) dont il est porte-parole, avec le renfort d’Attac (Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne). C’est avec cet appel relais que fut ajouté le mot “anti-impérialisme” à l’intitulé initial de la conférence. |
Sous l’emprise du Pouvoir brésilien
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| Première observation : cette conférence ne fut guère indépendante du gouvernement brésilien. Le PT, le parti de Lula, est la pièce maîtresse de ce gouvernement constitué en alliance avec des partis bourgeois, et avec la participation du PCdoB. |
| Certes, selon Toussaint,“le gouvernement de Lula n’a pas apporté de financement” mais cela ne garantit en rien l’indépendance des travaux. Car le PT, le PSOL et le PCdoB sont des partis nationaux soutenant un gouvernement fédéral qui, à Brasilia, mène par exemple une politique favorable aux grands propriétaires terriens, lesquels arment des milices pour affronter les paysans sans terre, chasser les peuples premiers, détruire les ressources naturelles. |
| Le gouvernement de Lula, pour ces raisons, est un gouvernement bourgeois qui vise à faire du Brésil une “grande puissance”, un impérialisme de second rang à même de jouer un rôle régional. |
| Or, Toussaint justifie le choix du Brésil pour cette conférence par le fait que dans ce pays le profasciste Jair Bolsonaro a été électoralement battu en 2022 grâce à “l’unité” réalisée en particulier entre PT, PCdoB et PSOL (cf. lien n°4)… Mais ce qu’oublie Toussaint, c’est que cette unité derrière Lula s’est traduite par un gouvernement incluant des partis bourgeois, et que l’actuelle politique du gouvernement Lula rend crédible la future candidature du profasciste Flàvio Bolsonaro ou de toute autre candidature du même type. |
| Autre précision : au sein du PSOL, une tendance, le MES (Mouvement de la Gauche Socialiste) se montra fort active (le MES est, depuis 2025, membre du même regroupement international que le NPA-A en France). Quant à Éric Toussaint, il est lié au même regroupement. |
| Cet appel international fut conçu comme un “appel large” (selon les mots d’Éric Toussaint) et diffusé avec 236 premières signatures parmi lesquelles, pour la France, on trouve Jean-Luc Mélenchon, Aurélie Trouvé, députée LFI à l’Assemblée nationale, Olivier Besancenot, (NPA–A). Hendrik Davi, député et membre de l’APRÈS, Patricia Pol, représentante d’Attac France au Conseil international du Forum social mondial. |
| C’est là un panel tout autant “large”, plus large encore si l’on considère les signatures issues des autres pays. |
| La deuxième caractéristique de cet appel, c’est de ne donner aucune définition du fascisme, alors qu’on prétend le combattre, ni aucun exemple précis. |
| De même, on ne définit pas l’impérialisme, et nul exemple concret n’est donné. |
| Or cette conférence s’est tenue alors que l’agression impérialiste russe contre l’Ukraine, engagée depuis 2014, se développe pleinement depuis quatre ans : ni l’appel à la conférence, ni l’appel final n’en disent mot. |
| Éric Toussaint en donne lui-même la raison : |
| “Si on avait cité l’agression impérialiste russe contre l’Ukraine, il est clair qu’une grande partie des forces de gauches latino-américaines, d’Amérique du Nord, certaines forces de gauches européennes ou asiatiques auraient refusé de signer. Le PT, le PCdoB, une partie importante du PSOL, le Mouvement des Sans Terres, la CUT du Brésil, les PC latino-américains et plusieurs syndicats[…]n’auraient pas signé. |
| Nous avons préféré proposer à signature un appel que beaucoup de forces pouvaient signer”, qui appelle à combattre“toute agression impérialiste et coloniale quelle qu’en soit l’origine”et qui précise“y compris les armes à la main quand c’est nécessaire”. |
| Cachez donc cet impérialisme que l’on ne saurait voir… En refusant de qualifier d’impérialisme la Russie pour ne pas déplaire à ceux qui le protègent, on place la conférence sous l’égide de cet impérialisme. |
| “Simple souci tactique” répondent les défenseurs de ce choix : l’objectif était d’engager le débat, de faire entendre la voix de la résistance ukrainienne. La majorité du RESU (Réseau européen de Solidarité avec l’Ukraine), accepta ainsi ce cadre pour permettre à des syndicalistes et militants de gauche ukrainiens de prendre la parole à Porto Alegre. |
| Mais ces voix ukrainiennes ne furent pas autorisées à s’exprimer en plénière, reléguées dans l’un des ateliers. Et elles ne modifièrent en rien la poutinophilie dominante à Porto Alegre : la déclaration finale reste muette sur l’impérialisme russe. Ce qui ne pouvait que satisfaire Lula qui refuse toute sanction visant la Russie. |
| Et, pour ne gêner personne, les autres impérialismes seront de même floutés, aussi bien la France qui opprime le peuple Kanak que la Chine effaçant lepeuple Ouïghour. |
| Une conférence “anti impérialiste” dites-vous ? |
À l’ombre des mollahs iraniens
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| Un même silence concerne la répression sauvage conduite par le régime islamique contre le peuple iranien, contre les femmes en particulier ; et cette terreur à caractère fasciste n’a pas commencé avec le massacre de plus de 30 000 Iraniens et Iraniennes du 8 au 10 janvier 2026. La mobilisation historique “Femme, Vie, Liberté” avait également été broyée par la répression. |
| À gauche, l’imam iranien ; au centre, Patricia Pol (Attac) ; devant elle, le drapeau de la République islamique. |
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| Ce silence procède d’un syllogisme infernal : puisque les USA sont l’agresseur, le régime islamique en serait une victime…, et tant pis pour les foules mitraillées et les pendaisons ! |
| Le sommet fut atteint avec la présence d’un iman iranien, Hossein Khaliloo, qui assura la défense de la dictature théocratique iranienne. |
| Interrogé, Éric Toussaint préfère éluder ce point :“Je crois que son invitation n’était pas bienvenue”. |
| Qu’avec délicatesse ces choses-là sont dites ! |
| D’autres, gênés, évoquent une “présence inattendue”. |
| Or ce fut une invitation réfléchie, qui permit à l’iman Hossein Khaliloo de se faire applaudir en plénière, et de siéger à la tribune d’une table ronde aux côtés de Patricia Pol, représentante d’Attac France. Et, devant cette tribune, le drapeau de la République islamique était déployé ! Des photos en témoignent, dont l’une diffusée par Solidaires qui, à juste titre, avait refusé de mettre les pieds à cette conférence. |
| Mais É. Toussaint a bonne conscience, car au moins :“Le génocide perpétré par le gouvernement néo-fasciste de Netanyahou à Gaza est dénoncé”. |
| La résolution finale va dans le même sens. Elle liste une série d’actions solidaires mais en reste à desformules générales : “Nous luttons contre tous les impérialismes et soutenons la lutte des peuples pour leur autodétermination, par tous les moyens nécessaires”. Seul l’impérialisme américain est nommément cité ; l’impérialisme russe n’existe pas, et pas davantage la terreur fascho-théocratique en Iran. |
| S. Lu-Zinne, le 22 mai 2026 |
| Article publié dans le numéro de juin 2026 de la revue « L’Emancipation syndicale et pédagogique ». |
| Cinq textes pour un débat |
| (Les 4 premiers sur le site du CADTM, le 5e sur le site de Solidaires) |
| 1/ Appel initial à la “Ire Conférence Internationale Antifasciste” à l’initiative d’organisations brésiliennes : PSOL, PT, PCdoB, de deux syndicats de l’enseignement (CPERS et ADUFRGS) et du MST : https://antifas2026.org/fr/appel/ |
| 4/ Un bilan par Éric Toussaint :“Porto Alegre 2026 : une convergence antifasciste et anti-impérialiste entre succès inédit et obstacles majeurs” : https://www.cadtm.org/Porto-Alegre-… |
| 5/ La position de Solidaires :“Le Réseau européen/international de solidarité avec l’Ukraine et son ouverture vers l’Amérique latine”(21 avril 2026) : https://solidaires.org/sinformer-et… |
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