Comment le RN sabote l’adaptation climatique à l’Assemblée nationale

©Crédit Photographie : Forêt de Fontainebleau, le 13 juillet 2026. THOMAS SAMSON / AFP
« Avec notre plan clim’, nous voulons lever les freins à la climatisation, simplifier les normes et permettre aux Français, aux écoles, aux hôpitaux et aux entreprises de mieux se protéger. Il est temps d’agir, pas de subir ! » En ce 1er juillet 2026, alors que les canicules s’enchaînent dans l’Hexagone, le député RN Jean-Philippe Tanguy se veut rassurant : son parti n’a pas l’intention de rester les bras croisés. La France surchauffe ? Qu’à cela ne tienne, il fera en sorte de généraliser le recours aux climatiseurs, peu importe les limites et impacts de ces technologies. Au risque, aussi, de détourner l’attention d’autres leviers d’adaptation comme ceux prévus par le Fonds vert – qui finance entre autres la rénovation énergétique des bâtiments publics – dont le RN a tenté de réduire le budget de 460 millions d’euros en janvier 2026 (dans un amendement rejeté en Commission des finances).

Canicules mais aussi sécheresses, risques naturels, feux de forêts… Non content de voter à 78 % pour maintenir la consommation d’énergies fossiles des Français (freinant ainsi la nécessaire réduction des émissions de gaz à effet de serre), le groupe présidé par Marine Le Pen fait obstruction à l’adaptation aux impacts du réchauffement climatique. C’est ce que montre notre analyse inédite des 259 votes sur ces sujets depuis l’été 2022, où il n’a soutenu les politiques d’adaptation que dans 16 % des cas. Non seulement les députés se prononcent rarement sur ces sujets au regard de leur gravité et de leur urgence, mais lorsqu’ils le font, les élus RN votent le plus souvent contre.

Le sixième rapport du GIEC – dont le député RN Sébastien Chenu a récemment regretté que nous ne l’avions pas assez écouté – est on ne peut plus clair sur la question : « Les réponses inadaptées au changement climatique peuvent entraîner un enlisement dans la vulnérabilité, l’exposition et les risques, qu’il est difficile et coûteux de modifier, et exacerber les inégalités existantes. » 

Chaque vote contre les politiques publiques d’adaptation et les financements condamne les ménages et les territoires les moins favorisés, que le RN prétend pourtant défendre, à subir des pertes de plus en plus lourdes. Et ce ne sont pas les fausses promesses des mesurettes technologiques qu’ils proposent, qui vont changer quelque chose. Pour le RN, l’adaptation est une gestion du risque à court terme : il aligne des solutions évaluées étant comme porteuses de risque de maladaptation, plutôt que des actions de transformations structurelles qui permettraient de protéger les populations et d’assurer leur sécurité dans la durée.

En quoi consiste l’adaptation climatique ?

Année après année, les effets du changement climatique se font ressentir toujours plus  vivement dans nos chairs. La France se réchauffe plus vite que la moyenne mondiale (l’Hexagone est déjà à +2,2 °C) et devrait affronter des températures moyennes de +4°C d’ici la fin du siècle par rapport à 1900 si la trajectoire d’émissions mondiales actuelle ne s’infléchit pas. Dans ce contexte, l’adaptation climatique doit permettre, en parallèle des efforts d’atténuation (c’est-à-dire la réduction des émissions de gaz à effet de serre), de faire face aux effets négatifs du réchauffement climatique. Pour cela, les politiques d’adaptation vont essentiellement agir sur la réduction de l’exposition et de la vulnérabilité des populations, du bâti, des infrastructures, mais aussi des écosystèmes. L’adaptation répond aux conséquences directes du réchauffement (extrêmes climatiques, remontée du niveau marin, érosion de la biodiversité), mais aussi aux effets induits (risques sanitaires, économiques, sociaux, etc.)

Depuis 2021, le HCC répète chaque année que la France n’est pas prête. « L’adaptation mise en œuvre actuellement en France est insuffisante pour contenir l’augmentation rapide des risques climatiques »avertit son dernier rapport, en soulignant que ces faiblesses « compromettent la protection des droits humains ». Comme le note le sixième rapport du GIEC, il existe des« limites dures » à l’adaptation, déjà atteintes par certains écosystèmes.« À mesure que le réchauffement s’accentuera, les pertes et les dommages s’aggraveront et d’autres systèmes humains et naturels atteindront leurs limites d’adaptation. » Une alerte reprise par le HCC dans son rapport de 2021, où il indiquait que la hausse globale des températures était susceptible d’entraîner « des pertes d’habitats et de services écosystémiques, de moindres capacités de travail liées à la chaleur, des pertes de rendements agricoles, des rationnements en eau en période de sécheresse, et des conditions d’habitabilité réduites, notamment en montagne, littoral ou zones exposées aux inondations par ruissellement. »

Trop souvent, en France, l’adaptation est abordée par le biais de l’ajustement, réactif ou anticipatif. À un problème, une solution, si possible technique ; à une catastrophe, une évolution réglementaire. Il a par exemple fallu attendre les morts de la tempête Xynthia en 2010 pour la création des plans de submersion marine. Une approche insuffisante alors que l’adaptation, souligne le HCC, demande d’être proactif en déployant des « transformations structurelles » dans le monde du bâtiment, de l’urbanisme, du type de cultures et de régimes alimentaires ou encore des horaires de travail.

Résumé à l’intention des décideurs. Source : GIEC, 2019. 

Contactée par Bon Pote, la géographe spécialiste de l’adaptation climatique Magali Reghezza-Zitt rappelle qu’il existe plusieurs niveaux d’adaptation :

  • Les mesures d’urgence à déployer face aux crises (par exemple, les pompiers luttant contre les feux de forêt) ;
  • Les solutions de transformation visant à réduire l’exposition aux risques climatiques sur le plus long terme, à l’instar des filets anti-grêle dans les champs ou des digues, mais qui comportent parfois des risques de maladaptation, au sens où ils peuvent conduire à augmenter l’exposition et la vulnérabilité ou à verrouiller des changements plus structurels
  • L’adaptation dite transformationnelle, qui consiste à s’attaquer aux causes de l’exposition et des vulnérabilités, par exemple en renforçant les infrastructures (en privilégiant de nouveaux matériaux moins vulnérables à la chaleur).

Méthodologie : comment nous avons passé au crible les 259 votes sur l’adaptation

Nous avons examiné l’ensemble des votes de l’Assemblée nationale entre 2022 et juillet 2026 (environ 12 000), à partir des données publiques de l’Assemblée et de Datan. Pour identifier ceux portant sur l’adaptation, nous avons utilisé un modèle d’intelligence artificielle (classification sans génération de contenu), ce qui nous a permis de faire remonter 601 votes parmi lesquels 259 ont été retenus comme pertinents.

Notre analyse ne prend pas en compte les votes des commissions parlementaires ou ceux ayant fait l’objet d’un vote à main levée. Pour évaluer la position du RN, nous avons classé leurs votes en trois catégories : favorable à la mise en place de mesures d’adaptation climatique, défavorable, ou abstention. Conformément à la définition que nous avons donnée de l’adaptation climatique, basée sur les rapports du Haut Conseil pour le Climat (HCC) et du GIEC, les mesures présentant un risque de maladaptation ont été considérées comme défavorables à l’adaptation.

Résultat : avec son allié UDR, le parti d’Eric Ciotti, le RN est le groupe politique à l’Assemblée qui cumule le plus petit score favorable à l’adaptation climatique (16 % de votes pour, 73 % de votes contre et 11 % d’abstention). Les autres formations de la droite et du centre font un peu mieux (23 % de votes favorables à l’adaptation pour les macronistes, 21 % pour les Républicains, 18 % pour Horizons…), tandis que le camp progressiste affiche un soutien nettement plus appuyé aux politiques d’adaptation : 83 % pour le groupe communiste, 80 % pour les Socialistes, 89 % pour La France Insoumise, et 92 % pour les Écologistes.

Découvrez le détail de notre analyse.

Face aux canicules, la climatisation comme principale stratégie de (mal)adaptation

Les canicules à répétition de l’année 2026 ont rappelé avec force l’urgence d’adapter les logements à la nouvelle donne climatique. On estime qu’un logement sur deux en France constitue une bouilloire thermique, les ménages modestes étant particulièrement exposés. Malgré la gravité de la situation, qui menace la santé et parfois la survie des personnes concernées, le RN s’est contenté de défendre des dispositifs d’incitation financière, notamment des abattements fiscaux en faveur des propriétaires réalisant des travaux de rénovation énergétique (législature 16, vote 272 ; législature 17, votes 3815 et 3372) mais a refusé de soutenir des mesures contraignantes. Il a en effet voté contre l’interdiction de la location de logements mal isolés (classés F ou G dans le diagnostic de performance énergétique), ou a minima pour le report de cette interdiction (législature 17, vote 219, 491660661662665). Même position vis-à-vis des locations touristiques et de courte durée (législature 16, votes 31533155 et 3163). Symbole de sa politique anti-sociale, il a aussi déposé un amendement pour exclure le DPE des critères de la lutte contre l’habitat indigne ou dangereux (législature 16, vote 3241).

Outre la question de l’isolation, ses députés se sont abstenus sur un amendement visant à faciliter l’adaptation des bâtiments aux vagues de chaleur en accélérant l’installation de protections solaires extérieures (stores, volets, brise-soleil orientables) (législature 17, vote 2390) en dépit de l’efficacité et du faible coût de ces dernières. Ils ont aussi rejeté l’obligation de revêtements réflectifs sur les toitures (législature 16, vote 742), qui contribue pourtant aussi à rafraîchir les logements (Park et Lee, 2022). De plus, ils se sont opposés à intégrer les réseaux de froid renouvelable (à l’instar du réseau parisien, issue de l’eau de la Seine) (législature 17, vote 2565), dans la politique énergétique, tout en soutenant une TVA réduite pour ce type de solution de rafraîchissement (législature 17, vote 4042).

Concernant MaPrimeRénov, l’un des principaux dispositifs d’aides à la rénovation énergétique, le parti a campé des postures parfois contradictoires. D’un côté, il a soutenu l’abondement de son budget (législature 16, votes 490 et 492) et l’élargissement de ses critères d’éligibilité (législature 16, vote 302). De l’autre, il a voté en faveur d’un plafonnement du budget de l’Agence nationale de l’habitat (ANAH) qui gère ce dispositif (législature 17, vote 4168), a rejeté un reste à charge de zéro pour les ménages les plus modestes (législature 17, vote 2594) et s’est opposé à maintenir le dispositif en tant qu’outil de soutien pour les travaux de rénovation globale des logements (législature 17, vote 2592). Il a également proposé d’exclure des prêts collectifs les travaux de rénovation énergétique (législature 16, vote 3224) et a rejeté une réduction de la TVA sur les audits énergétiques (législature 17, vote 4053).

En octobre 2025, il finit par prendre publiquement ses distances avec MaPrimeRénov en annonçant vouloir la remplacer par un dispositif de prêts à taux zéro (sans conditions de ressources) pour financer ces chantiers. Fini, donc, les travaux de rénovation globale pris en charge à 80 % pour les ménages les plus modestes : le RN ouvre la porte au « chacun pour soi » de la rénovation. Pas sûr que cela encourage les propriétaires à faire le nécessaire pour protéger les 40 % de Français locataires de leur logement principal des fortes chaleurs… « Il n’y a plus d’argent magique, pas pour des rénovations merdiques », a asséné le député Thomas Ménagé sur le plateau de Franceinfo, le 30 juin. « Aujourd’hui, avec ces objectifs, en faisant des prêts à taux zéro, cela ne coûtera rien. Les Français comprennent que les caisses sont vides. » Certes, la politique de rénovation énergétique française accumule les retards, notamment au niveau des rénovations globales (seuls 91 374 travaux de ce type ont été réalisés en 2024, puis 120 306 en 2025, alors qu’il faudrait accélérer pour atteindre 900 000 rénovations globales par an en 2030). Cela coûte cher, mais justement : ce n’est pas le moment de reculer !

Dans son rapport de juillet 2026, le HCC avertit que les retards pris dans l’adaptation des logements incitent les particuliers à s’équiper en « dispositifs de climatisation énergivores et coûteux, qui menacent d’aggraver les îlots de chaleur urbains à terme », et pointe un risque de maladaptation. D’autant que les climatiseurs les meilleurs marchés seront incapables de rafraîchir au-delà de 40-45°C. C’est bien la logique suivie par le groupe de Marine Le Pen et Jordan Bardella, qui en plus de freiner les politiques de rénovation thermique à l’Assemblée, a profité des canicules de 2025 et 2026 pour promouvoir la généralisation de la climatisation. Une technologie qualifiée d’ « unique solution » par Thomas Ménagé, qui laisse de côté les autres modalités d’accès à la fraîcheur.

Risques climatiques : la stratégie court-termiste du RN

Renforcés par le changement climatique, les risques naturels appellent une politique d’adaptation aussi bien de court terme (indemnisation des sinistrés, lutte anti-incendies…) que structurelle et de long terme. C’est surtout vers le premier axe que tendent à privilégier les élus RN. Ils ont notamment soutenu des mesures visant à améliorer l’indemnisation et les droits des sinistrés (législature 16, votes 1394 et 1395 ; législature 17, votes 23272333233760636066), dont un meilleur accompagnement des communes sinistrées (législature 17, vote 5843) ou encore l’abondement du fonds de secours dans les territoires ultramarins (législature 16, vote 474). Ils ont également approuvé plusieurs amendements consistant à mieux protéger les assurés des dégâts causés par le retrait-gonflement des argiles, un phénomène aggravé par le changement climatique et la multiplication des sécheresses (législature 16, votes 1392 et 1396 ; législature 17, vote 2338).

Mais quand il s’agit de soutenir la résilience des infrastructures face aux risques naturels, le RN est le plus souvent aux abonnés absents. En témoigne son rejet de plusieurs amendements sur l’adaptation des centrales nucléaires (législature 16, votes 1180, 12131215 et 1216), des projets d’intérêt national majeurs (législature 16, vote 2480) et des installations classées pour la protection de l’environnement (ou ICPE, c’est-à-dire les exploitations industrielles ou agricoles susceptibles de créer des risques ou de provoquer des pollutions) (législature 16, votes 2483 et 2488). Le parti s’est en revanche prononcé pour une révision périodique de la planification territoriale des installations de production d’énergies renouvelables en mer tenant compte des conséquences du dérèglement climatique, comme la montée des eaux (législature 16, vote 474). Il a également proposé de renforcer la résilience des infrastructures portuaires et aéroportuaires dans les Outre-mer, « pour garantir la continuité des opérations [militaires] » (législature 17, vote 6314) en dépit de la pollution engendrée par ces infrastructures (cet amendement allant dans le sens d’une poursuite des émissions de GES, il a été écarté de l’analyse quantitative).

En outre, le groupe RN à l’Assemblée a voté contre l’obligation de mise en place de normes paracycloniques, anti-inondations et anti-incendies pour toutes les nouvelles constructions scolaires à Mayotte (législature 17, vote 2756). De plus, il s’est abstenu sur un impératif de résilience des infrastructures critiques pour la Défense (législature 17, vote 6292), ainsi que sur l’augmentation des financements du fonds de prévention des risques naturels majeurs (fonds Barnier) (législature 17, vote 3906), qui permet de financer les travaux réalisés par les particuliers et petites entreprises pour réduire la vulnérabilité de leurs habitations ou locaux. Enfin, il s’est opposé à la création ou à l’augmentation de taxes locales visant à financer des mesures d’adaptation sur les littoraux français (législature 17, votes 401240184104 et 4106) et à la mise en place d’une coordination internationale pour les moyens militaires (législature 16, vote 1631) ainsi que de « casques verts » au sein de l’ONU, déployés lors de catastrophes climatiques (législature 17, vote 6351). Autant de votes qui vont à l’encontre d’une réduction des vulnérabilités sur le moyen et long terme face aux risques climatiques, encore amenés à s’intensifier selon le GIEC dans les années et de décennies à venir.

Contre les incendies, des fausses solutions et une absence de vision pour les forêts 

La même logique s’applique à sa politique sur les feux de forêts, sujet sur lequel le parti assure pourtant être mobilisé. « Il n’est plus possible de considérer la lutte contre les incendies comme un sujet de second plan », a ainsi fait savoir le parti le 11 juillet 2026 alors que des milliers d’hectares partaient en fumée. Mais si ses élus ont soutenu un certain nombre d’amendements relatifs à la lutte anti-incendies, comme l’augmentation du budget du dispositif de Défense des Forêts Contre les Incendies (DFCI) (législature 16, vote 2888) et la reconnaissance juridique des réserves communales de sécurité civile (des citoyens bénévoles mobilisés en renfort) (législature 17, vote 1226), leur soutien n’est pas infaillible. Le parti s’est en effet abstenu sur la création d’un nouveau programme de recrutement de pompiers professionnels (législature 16, vote 133) et a rejeté l’augmentation de la taxe touristique (législature 17, votes 302304 et 4074) et sur les assurances (législature 17, votes 4076 et 4114) visant à alimenter le budget des services départementaux d’incendie (SDIS).

Sa stratégie de lutte contre les flammes est quant à elle truffée de fausses solutions et de risques de maladaptation. Le RN a en effet appelé à faciliter l’accès à l’eau pour les pompiers, notamment en renforçant les moyens aériens de lutte contre les incendies (législature 16, vote 1573) (le rapporteur a néanmoins jugé que l’amendement n’avait « pas de portée juridique », s’agissant d’une simple « pétition de principe »). Par ailleurs, comme l’a expliqué le spécialiste des feux de forêt Julien Ruffault dans un article sur les feux de forêts paru sur Bon Pote« le débat public devrait se détacher du nombre d’avions ou du nombre de pompiers. D’une part, ce n’est pas ça qui va nous permettre de limiter le risque d’incendie et d’autre part, ça ne suffira pas face à certains incendies. Les pompiers eux-même nous disent qu’en cas de conditions extrêmes, ils n’arrivent pas à lutter. »

Toujours pour renforcer la lutte anti-incendies, le parti d’extrême droite a aussi proposé d’autoriser l’installation de générateurs d’eau atmosphérique dans les départements à risque d’incendie (législature 16, vote 1521), une solution high-tech qui est encore loin d’avoir fait ses preuves. La start-up française Water ECOSystem, qui crée ce type d’appareils, indique en effet qu’une unité permet de générer jusqu’à un litre d’eau par jour et coûte 2000 euros. Un exemple type du technosolutionnisme, dont les résultats demeurent incertains. Quant au stockage de l’eau (bassines) que le RN souhaiterait mettre en place pour renforcer la lutte anti-incendie (législature 16, votes 1522 et 1523), elle fait fausse route : « Le stockage de l’eau est indispensable, mais le problème actuellement, c’est la difficultés à remplir les réservoirs dans certains territoires. Stocker oui, mais pas n’importe comment », souligne la géographe Magali Reghezza-Zitt. (Comme ils reposent sur de fausses solutions, ces votes relatifs à la lutte anti-incendie ont été écartés de l’analyse quantitative).

Idem pour les retenues collinaires et les réserves de substitution (méga-bassines) que le parti propose d’intégrer à la stratégie de prévention des inondations (législature 17, vote 5842). Interrogée par l’Echo Républicain, Nadia Carluer, ingénieure à l’INRAE Auvergne-Rhône-Alpes et spécialiste en hydrologie, explique que « pour les crues, compter sur les retenues collinaires n’est pas réaliste : soit on les vide préventivement (au risque de manquer d’eau ensuite), soit elles débordent si elles sont déjà pleines. Mieux vaut des aménagements “d’hydraulique douce” qui rendent le paysage plus résilient (restauration des zones humides, amélioration de la capacité de stockage des sols, talus et autres éléments du paysage favorisant l’infiltration). » Comme nous le détaillons dans la partie consacrée à la gestion de l’eau, ces infrastructures font peser des risques importants de maladaptation et d’accaparement de la ressource.

Parfois irréalistes voire contre-productives, ces solutions de court terme détournent l’attention et les investissements des mesures d’adaptation structurelle de la forêt. Sur ce point, la ligne du RN est émaillée de contradictions. D’un côté, le parti a soutenu le maintien (législature 16, vote 1505) et l’augmentation (législature 16, vote 1506) des effectifs de l’Office national des forêts (ONF), un acteur majeur de la défense des forêts contre les incendies. Il a proposé la création d’un poste de délégué interministériel chargé de la prévention et de la lutte contre le risque incendie (législature 16, vote 1508) et soutenu la participation des gestionnaires d’aires protégées à la mise en œuvre de plans de protection contre les incendies (législature 16, vote 1514) ainsi que des incitations fiscales pour les dépenses liées aux obligations légales de débroussaillement (législature 16, votes 1537, 1538 et 1539 ; législature 17, vote 3124) afin de réduire le risque d’incendie.

De l’autre, il s’est opposé à la modification des pratiques forestières pour limiter le risque de feux, à l’instar de l’installation de « pare-feux » constitués d’arbres feuillus entre les parcelles de résineux (législature 16, vote 1555) afin de ralentir la propagation des flammes, ainsi qu’à la lutte contre la perte des chemins forestiers nécessaires à la lutte contre les incendies (législature 16, vote 1545). De manière plus générale, comme nous l’analysons plus en détails dans la partie consacrée à l’adaptation des écosystèmes et aux solutions fondées sur la nature, ses votes soutiennent plus largement un modèle productiviste (coupes rases, investissements forestiers sans critères environnementaux, etc.) qui contribue à affaiblir ces écosystèmes et accroître leur vulnérabilités face aux incendies, entravant une adaptation réelle et durable.

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Agriculture : le RN fait de la gestion de crise sans vision

L’agriculture française subit déjà les impacts du changement climatique : canicules, raréfaction de l’eau, gels tardifs, inondations, crises sanitaires dans les élevages. Pour aider les agriculteurs face à ces chocs, une solution d’urgence existe : les dédommager quand ils perdent leur récolte ou des animaux.

Le RN affiche des positions contradictoires. Il n’a pas soutenu certaines mesures visant à aider davantage les agriculteurs victimes d’aléas climatiques, comme le paiement de leur franchise d’assurance ou une meilleure prise en compte de la grêle (législature 16, votes 144 et 145). Par contre, le groupe d’extrême droite a soutenu l’augmentation des crédits en cas de crise climatique touchant l’agriculture et a voté en faveur d’une baisse de la fiscalité sur les indemnités en cas d’abattage sanitaire (législature 17, votes 3893 et 3748). Autre mécanisme que le RN souhaite renforcer : la déduction pour épargne de précaution (DEP), qui permet aux agriculteurs de mettre de côté les bonnes années pour faire face aux futurs aléas climatiques (législature 16, vote 346).

Le problème : ces aides d’urgence envoient aux agriculteurs un mauvais signal. Pourquoi changer certaines pratiques, qui ne sont pas adaptées à la nouvelle donne climatique, si les pertes sont couvertes en cas d’aléas climatiques ? Pire, certains de ces dispositifs étant fondés sur les pertes de rendement, ils incitent avant tout à maintenir des niveaux de production élevés et à s’assurer contre les risques climatiques, sans que ces assurances n’imposent de changement structurels pour rendre les exploitations plus résilientes face au changement climatique. Une dynamique d’autant plus dangereuse que les sécheresses et inondations vont se multiplier dans le futur, faisant peser un coût croissant sur le système assurantiel et la société. Selon le dernier rapport du HCC, il faut au contraire encourager les « mesures de prévention permettant aux exploitants agricoles de réduire leur exposition aux aléas climatiques », comme par exemple l’utilisation de variétés plus résistantes à la chaleur ou la fin de la monoculture.

Là encore, le RN a une vision court-termiste : il mise sur les dédommagements après les pertes, mais refuse de voter pour des mesures d’adaptation structurelles. C’est flagrant sur l’agroécologie, qui protège les écosystèmes en réduisant les pesticides et engrais, en diversifiant et alternant les cultures, et en maintenant les haies. Ces pratiques rendent les systèmes agricoles plus résilients au changement climatique. D’abord, elles permettent une meilleure infiltration de l’eau dans les sols, ce qui protège les récoltes des sécheresses et des inondations. Ensuite, diversifier la production agricole signifie que si une culture est impactée par un aléa, les autres activités compensent. Enfin, moins de pesticides et d’engrais signifie moins de dépendance aux chocs de prix, qu’ils soient liés à des crises géopolitiques ou climatiques. L’agroécologie permet aussi de mieux faire face à d’autres conséquences du réchauffement, comme la prolifération de ravageurs, l’apparition d’espèces invasives, ou la multiplication des maladies animales et végétales.

C’est simple, à l’Assemblée nationale, le RN s’est opposé à tous les amendements promouvant l’agroécologie (législature 16, votes 374937773779 ; législature 17, votes 662466356744 et 70877115). Il a notamment rejeté l’intégration de ces pratiques dans la formation agricole et la recherche, et a voté contre leur développement lors de transmissions de terres (législature 16, votes 383138363855380338613887388839323933). Les députés d’extrême droite se sont aussi opposés à l’inclusion des acteurs de l’agroécologie dans les comités décidant des futurs projets agricoles des territoires (législature 17, vote 6740 et 6742). Sur les haies agricoles, qui jouent un rôle majeur (stockage du carbone, régulation de l’eau, préservation de la biodiversité, protection du bétail, lutte contre l’érosion), le RN a voté contre toutes les mesures de protection, alors qu’elles ont déjà quasiment disparu du paysage (législature 16, votes 395039513953).

L’adaptation de l’agriculture au changement climatique n’est donc pas une priorité pour le RN. Le groupe refuse tout changement structurel du modèle agricole. Il s’est par exemple opposé à l’inclusion de l’évaluation de la santé des sols dans les diagnostics de résilience (législature 16, votes 3920 et 3921), alors qu’un sol en bon état atténue les chocs climatiques et doit être au cœur de l’adaptation de long terme du modèle agricole. À la place, le RN promeut des mesures de gestion de crise qui ne transforment pas le système, comme l’indemnisation en cas de perte ou les tours antigel. Ce sont des pansements, pas de l’adaptation. Les tours antigel en sont le parfait exemple : elles répondent à un problème de court terme (gel tardif) sans adapter les cultures à la nouvelle donne climatique.

Eau : le RN, allié numéro 1 des méga-bassines

L’eau est au cœur des enjeux climatiques. L’été 2026 en témoigne : les vagues de chaleurs et les canicules à répétition ont poussé la quasi-totalité des départements français au-delà du seuil d’alerte sécheresse début juillet. Sans compter les nappes phréatiques, dont le niveau d’une majorité était au même moment sous les normales de saison. Résultat : de nombreuses restrictions d’eau, aussi bien pour les usages domestiques que l’irrigation agricole. Le ton est donné pour les années à venir. Ces épisodes de sécheresse sont amenés à s’accentuer dans le futur, faisant de l’eau (et de son partage) un enjeu majeur du changement climatique.

Face aux pénuries, deux visions s’opposent. Les scientifiques prônent des transformations structurelles : réformer l’agriculture, réduire la consommation d’eau et préserver les zones humides, qui constituent des réservoirs d’eau naturels. Une partie de la classe politique, des Macronistes au RN, privilégie quant à elle l’adaptation à court terme sans remettre en question les modèles de production. C’est notamment visible avec la loi d’urgence agricole, qui affaiblit le droit environnemental et enferme l’agriculture dans un système gourmand en eau, tout en promouvant des mesures d’adaptation de court terme, comme les méga-bassines. Problème : certaines de ces mesures d’adaptation produisent l’effet inverse. Exemple : les méga-bassines et une irrigation plus efficace permettent aux agriculteurs de résister aux pénuries, mais les incite aussi à maintenir des cultures gourmandes en eau, augmentant finalement la consommation d’eau dans un contexte de raréfaction.

Les gros industriels et agriculteurs favorisés

Quand il s’agit de partager l’eau, le RN favorise les grands industriels et exploitants agricoles au détriment de l’environnement. Un vote l’illustre : le groupe d’extrême droite a défendu un amendement qui donne davantage de poids aux considérations économiques et d’emploi dans la gestion de l’eau, subordonne la gestion de l’eau aux seules considérations économiques et d’emploi, reléguant l’environnement au second plan (législature 17, votes 6803 et 6832). Cette logique se confirme par une série de votes (législature 17, vote 658765906597 et 6838). Le RN a par exemple rejeté l’intégration de la préservation de la ressource en eau dans la stratégie industrielle nationale et soutient une fiscalité avantageuse pour les entreprises les plus consommatrices d’eau (législature 16, votes 2373 et 2379 ; législature 17, vote 3869). Sujet sensible : sur les data centers, infrastructures clés du développement de l’intelligence artificielle et très consommatrices d’eau, le RN s’oppose à toute contrainte lors de leur implantation, même dans des territoires qui connaissent des pénuries d’eau (législature 17, votes 2109211121122113 et 2123).

Concernant l’agriculture, le RN défend un modèle favorisant aussi les gros exploitants agricoles. L’exemple d’une fiscalité tournée vers les gros irrigants l’illustre (législature 17, vote 5082). Mais c’est surtout visible sur les méga-bassines, ces retenues d’eau qui pompent souvent dans les nappes et qui ne bénéficient qu’à une poignée d’exploitants irrigants. Sans surprise, le RN est systématiquement pour (législature 16, votes 3102 et 3787 ; législature 17, votes 6778680268106823 et 6835). Le groupe d’extrême droite va jusqu’à les présenter comme la solution idéale pour adapter l’agriculture au changement climatique (législature 17, votes 6806 et 6809). Une vision contredite catégoriquement par les scientifiques, qui notent que ces projets sont porteurs de risques majeurs de maladaptation : ils permettent aux exploitants d’éviter de transformer leurs pratiques, qui demeurent gourmandes en eau. Pire, ces méga-bassines pourraient être de moins en moins efficaces : les faibles niveaux d’eau dans les nappes phréatiques, même en hiver, ne permettent pas de remplir ces bassines dans le futur.

Un fil rouge du RN sur la question de l’eau est l’absence de stratégie sur la sobriété. Pourtant, dans un contexte où l’eau devient de plus en plus rare, toute activité (industrielle, agricole) sera plus résiliente si elle réduit sa consommation. C’est l’exact opposé de la position du groupe à l’Assemblée. Le RN vote systématiquement contre les mesures de sobriété, y compris en période de sécheresse, et surtout si ces mesures visent les agriculteurs (législature 16, vote 1581 ; législature 17, votes 996). « Ces mesures sont de l’agri-bashing et stigmatisent les agriculteurs »a lancé en séance le député RN Julien Rancoule. Cette résistance à la sobriété se retrouve dans plusieurs votes : rejet d’une règle bleue imposant à l’agriculture de ne pas prélever plus qu’elle n’est capable de restituer (législature 16, vote 3788), opposition à la politique de sobriété en montagne (législature 17, vote 6589), et refus d’inscrire le principe de sobriété dans la gestion collective de l’eau par les irrigants (législature 17, vote 6780). En bref, en s’opposant systématiquement aux mesures de sobriété, le RN ne souhaite pas agir sur une diminution de la demande en eau, une stratégie difficilement soutenable quand on sait que le changement climatique va réduire structurellement les volumes d’eau disponibles.

Ces pénuries imposent un partage équitable de l’eau, non un accaparement par certains intérêts. Cela suppose de larges concertations entre acteurs économiques, agriculteurs, citoyens et associations environnementales. Or, selon le HCC, les récentes réformes portées par le gouvernement « ne vont pas dans ce sens ». Le RN soutient pleinement ce verrouillage démocratique de la gestion de l’eau et vote pour donner plus de poids aux acteurs économiques dans les instances de concertation restantes (législature 17, votes 6813 et 6814). Sur l’irrigation et les méga-bassines, le groupe d’extrême droite a voté pour restreindre les consultations publiques, au prétexte de protéger les exploitants des critiques des associations environnementales (législature 17, votes 677067716772677467766777 et 6787). Il a aussi soutenu des mesures donnant plus de pouvoir aux préfets, qui peuvent désormais contourner concertation et décisions judiciaires pour autoriser certains projets d’irrigation et de méga-bassines (législature 17, votes 6799682268246825 et 6829).

Sur l’eau, le RN défend des solutions de court-terme sans questionner les systèmes de production. C’est de la pure gestion de crise. Son soutien au maintien des débits d’eau dans les rivières l’illustre (législature 17, vote 6839). Cette technique préserve, grâce aux réserves des barrages, les flux d’eau nécessaires aux écosystèmes et à l’irrigation. Mais c’est contre-productif et limité dans le temps : en maintenant un débit d’eau pendant l’été, cela retarde les transformations nécessaires pour s’adapter au changement climatique. Pire encore, les solutions défendues par le RN, notamment les méga-bassines, épuisent aussi les nappes phréatiques et par ricochet les débits des rivières.

L’adaptation des écosystèmes, un angle mort du RN

Face au changement climatique, les solutions fondées sur la nature (SFN), comme la gestion forestière, la protection des zones humides, et la restauration des sols, sont un levier important pour rendre les écosystèmes plus résilients et donc pour nous adapter au changement climatique. Comme le souligne le HCC, ces solutions sont aussi utiles pour « lutter contre les risques naturels, et plus largement, garantir la sécurité alimentaire, l’accès à l’eau potable, la santé, la viabilité de systèmes productifs agricoles ou industriels ».

L’artificialisation des sols détruit précisément ces espaces naturels censés nous aider à mieux nous adapter au changement climatique. Exemple : les surfaces bétonnées n’absorbent pas les pluies, augmentant les risques d’inondations. En ville, note le HCC« végétalisation, désimperméabilisation des surfaces, grand cycle de l’eau et circulation des eaux de surfaces vont dans le sens des SFN », de même que plus généralement la restauration des écosystèmes artificialisés. Or « l’artificialisation progresse en France. Seul un ralentissement est envisagé, oubliant des objectifs de renaturation », déplore le HCC. Dans son rapport de juillet 2026, l’instance consultative fait même état d’un « affaiblissement » de dispositifs comme le Zéro artificialisation nette (plus aucun espace naturel en France ne devra être perdu d’ici à 2050). Un affaiblissement notamment porté par le RN à l’Assemblée nationale.

Sur l’artificialisation, le RN vote systématiquement pour assouplir les règles ou contre toute nouvelle mesures visant à la limiter (législature 16, votes 1991 et 2046 ; législature 17, votes 41135413551356 et 7097). Il a par exemple voté pour adapter les règles aux contextes locaux, permettant aux régions en forte croissance démographique de continuer à artificialiser (législature 16, vote 1955). Le RN a aussi été le seul à s’opposer à la restauration d’espaces naturels gérés par l’armée (législature 16, vote 1679). Sur cet enjeu de restauration de la nature dans des espaces autrefois artificialisés, le RN a voté contre un amendement sécurisant cette pratique (législature 16, vote 1998). Cette position en faveur de l’artificialisation des terres s’étend aux data centers, infrastructures clés pour l’intelligence artificielle qui contribuent à réduire les terres agricoles et bétonnent les sols. C’est simple, le RN s’oppose à toute limitation de leur installation, même sur des zones actuellement non artificialisées (législature 17, votes 152221082110 et 2121).

Dans cette dynamique d’imperméabilisation, les zones humides sont les grandes perdantes. Réduites de moitié entre 1960 et 1990, la majorité des zones restantes sont dégradées. Or elles jouent un rôle crucial pour nous adapter au changement climatique : elles réduisent les risques d’inondation en absorbant l’excès d’eau lors des crues et stockent de l’eau pouvant être restituée lors des sécheresses. Le RN s’oppose systématiquement à leur protection (législature 17, votes 6841). Par exemple, le groupe de Marine Le Pen a voté contre un amendement appelant à utiliser les zones humides pour mieux gérer les risques d’inondation (législature 17, vote 6644). Le coup de grâce pour les zones humides est venu avec la loi d’urgence agricole. Le gouvernement a proposé d’affaiblir les compensations exigées aux porteurs de projet impactant une zone humide déjà dégradée. Celles-ci sont considérées comme non restaurables, alors que les scientifiques disent le contraire (Meli et al., 2014) et que le droit européen impose pourtant de restaurer 30% des zones humides dégradées d’ici à 2030. Le RN a soutenu cet assouplissement (législature 17, votes 684268456847 et 6849).

De manière plus générale, c’est toute la biodiversité qui est essentielle à l’adaptation climatique. Des milieux naturels en bonne santé offrent des services écosystémiques cruciaux : ils protègent contre les risques naturels, stabilisent les sols, assurent la pollinisation et réduisent les risques d’érosion. En ville, cette biodiversité est cruciale pour atténuer les phénomènes d’îlot de chaleur pendant les canicules. La protection de la biodiversité est loin d’être une priorité pour l’extrême droite. Le RN a voté pour affaiblir les mesures de compensation que les acteurs économiques doivent respecter quand leurs pratiques endommagent la biodiversité (législature 17, votes 6879688068826884688568866889689068926894 et 6895). Il a aussi été l’un des seuls groupes (avec l’UDR) à vouloir supprimer l’organisme chargé de la protection du corail dans les territoires ultramarins (législature 17, vote 1347), une barrière naturelle essentielle pour adapter ces zones à la montée des eaux. Autre fois où le RN a voté seul contre la biodiversité : il s’est opposé à la prolongation du financement de l’Office français de la biodiversité via la taxe sur les jeux d’argent (législature 17, vote 4209).

L’adaptation de la forêt au changement climatique est aussi cruciale. La forêt « préserve la biodiversité et les sols, et joue un rôle clef dans le cycle de l’eau », rappelle le Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC-3). Les votes du RN vont pourtant à l’encontre d’une gestion durable de la forêt qui prend en compte la biodiversité et sa résilience face au réchauffement du climat. Le groupe de Marine Le Pen a par exemple refusé de limiter les coupes rases, alors que celles-ci affaiblissent la biodiversité forestière (législature 16, votes 155015511552 et 1553 ; législature 17, vote 3120). Le RN a aussi voté pour exclure les travaux forestiers des sanctions prévues pour la destruction d’habitats naturels (législature 16, votes 1526152715281529), dans le but – selon l’exposé des motifs – « d’assurer la pérennité de l’approvisionnement en bois » ou encore de « contribuer à la protection contre les incendies. » Une dérogation dangereuse pour la biodiversité, et à travers elle, pour l’adaptation des milieux naturels au changement climatique.

Le parti d’extrême droite a aussi rejeté plusieurs amendements renforçant la préservation de la biodiversité dans les plans de gestion des forêts (législature 16, votes 1546154715481557 et 1558) et la mise en place d’un plan d’adaptation de la forêt en cohérence avec la Stratégie nationale bas carbone (législature 16, vote 1509), une mesure pourtant demandée par le HCC. De fait, le RN a une approche utilitariste de la forêt, surtout présente pour servir nos intérêts financiers. Il a proposé de rétablir les avantages fiscaux à l’investissement en forêt sans y soumettre aucun critère environnemental ou une obligation de mieux prendre en compte la biodiversité (législature 16, votes 15601562 ; législature 17, vote 3121). Même opposition du RN concernant la certification environnementale de la forêt en montagne (législature 17, votes 6638 et 6640).

Les zones de montagne sont d’ailleurs particulièrement vulnérables au changement climatique. Elles se réchauffent plus vite que la moyenne nationale, et la fonte des glaciers – censés disparaître d’ici 2100 – et les baisse du manteau neigeux déséquilibrent l’ensemble de l’écosystème. Le RN s’oppose systématiquement aux mesures d’adaptation. Il a voté contre plusieurs amendements appelant à mieux intégrer la problématique de l’adaptation climatique lors du développement de nouveaux projets ou dans les réflexions sur les Jeux olympiques d’hiver de 2030, qui se tiendront dans les Alpes (législature 17, votes 66174823 et 4885). De manière plus spécifique, il s’est aussi opposé à plusieurs mesures limitant pourtant l’urbanisation à la montagne et près des zones glaciaires (législature 17, votes 660566066612661366226615 et 6616).

Autre point crucial à la montagne : l’accès à l’eau. La modification du cycle hydrique, avec la fonte des glaciers et la diminution du manteau neigeux, crée davantage de sécheresses estivales et de pénuries, aussi bien pour l’agriculture, l’accès à l’eau potable, ou la production hydroélectrique. Face à ces pénuries, les projets de stockage d’eau se multiplient. Le RN les défend bec et ongles, même ceux qui piochent dans les nappes phréatiques et endommagent la biodiversité (législature 17, votes 658665986595 et 6596). Ces retenues d’eau enferment aussi la montagne dans un modèle économique dépendant des sports d’hiver, qui deviennent de plus en plus consommateurs d’eau à cause du changement climatique et du recours à la neige de culture. Sur ce point, le RN refuse toute adaptation : le groupe a voté pour la construction de retenues d’eau destinées aux sports de neige (législature 17, vote 6594).

Une politique d’inadaptation climatique 

Cela fait déjà un moment que le changement climatique a cessé d’être une abstraite préoccupation pour l’avenir. Dans une interview à l’Obs, le 9 juillet 2026, la climatologue Valérie Masson-Delmotte, membre du Haut Conseil pour le Climat, a prévenu : « Nous rentrons dans des plages où les seuils de tolérance d’un ensemble de systèmes vont être mis à mal. » Ça n’a jamais été le moment de traîner des pieds, et maintenant moins que jamais. Sous les précédents gouvernements, et notamment sous Emmanuel Macron, les retards se sont accumulés. Nous ne pouvons pas nous payer le luxe de perdre encore de précieuses années pour affronter les conséquences de l’élévation généralisée des gaz à effet de serre.

Or c’est précisément ce qui risque d’arriver en cas d’accession au pouvoir du Rassemblement national, dont les votes à l’Assemblée nationale trahissent une réticence forte à l’égard de politiques d’adaptation, surtout lorsqu’elles dépassent la simple gestion des risques. L’opposition du RN aux politiques d’adaptation climatique prises dans leur ensemble – à court et à plus long terme – est en effet encore plus marquée encore que chez les macronistes (15 % contre 23 %).

En plus de rechigner à lutter contre l’atténuation (c’est-à-dire nos émissions de GES), le parti défend la plupart du temps des mesures d’adaptation réactives et techniques qui freinent les changements structurels et détournent les investissements de long terme. Cette politique d’obstruction climatique va à l’encontre du consensus scientifique sur le sujet (GIEC, HCC) et risque de mettre en péril les vies de très nombreux Français et Françaises dans les années et décennies à venir, alors qu’il est urgent d’investir dès maintenant dans la réduction des vulnérabilités.

Pour terminer, sa politique d’adaptation est incompatible avec la justice sociale, qu’il s’agisse de la rénovation thermique des logements ou ses mesures favorables aux gros agriculteurs. Pourtant, il existe un consensus scientifique sur les relations systémiques entre vulnérabilité et inégalités. Toute politique qui augmente les inégalités ou détruit les filets de sécurité sociale porte en elle le risque de créer ou d’aggraver les fragilités face aux menaces. C’est pour cette raison que la casse des services publics et la remise en cause des acquis sociaux portée par le RN s’inscrivent aussi dans une dynamique de maladaptation. Comment « encaisser » les futures canicules avec un système de santé affaibli et une éducation publique dépouillée de ses moyens ?