le bilan des municipalités RN aux cents jours !

Municipales RN, cent jours de régime : la purge culturelle, sociale et syndicale qui ne dit pas son nom
Coupes dans les subventions aux associations, culture étranglée, syndicats humiliés au jet d’eau, commémorations populaires effacées, chant pétainiste entonné sans vergogne : quatre mois à peine après leur installation, les 62 mairies conquises par le RN et ses alliés dévoilent, commune après commune, le vrai visage d’un projet politique qui ne défend ni les services publics ni « le peuple », mais un ordre autoritaire, identitaire et revanchard. Tour d’horizon, sans filtre.
Ils avaient promis le bon sens, la proximité, la défense du « peuple » contre les élites. Cent jours après leur prise de fonction, les maires d’extrême droite offrent surtout une leçon magistrale de ce qu’est vraiment leur projet politique : la casse méthodique de tout ce qui fait tenir une ville debout, au profit d’une obsession sécuritaire, identitaire et revancharde. La démonstration est nationale, elle touche désormais 57 communes de plus de 3500 habitants, et elle s’aggrave de semaine en semaine.
Carcassonne, laboratoire de la provocation permanente
À Carcassonne, le maire RN Christophe Barthès, surnommé le « Trump occitan », a fait de l’humiliation des syndicats une méthode de gouvernement. En mai, il distribuait des cartons de déménagement aux syndicalistes venus protester sous les fenêtres de l’Hôtel de ville. Fin juin, en pleine canicule et alors que la ville était placée en vigilance orange avec des températures dépassant les 36 degrés, il s’est posté au balcon de la mairie pour arroser au tuyau les manifestants de la CGT, filmant lui-même la scène pour la publier sur Facebook avec la légende « la canicule, c’est terminé », non sans les traiter de « bande de siphonnés ». Un geste dénoncé comme une humiliation par l’intersyndicale de l’Aude, et par sa secrétaire générale qui parle d’un comportement « assez navrant » pour « le premier magistrat d’une collectivité ».
Derrière la provocation, une attaque bien réelle contre les libertés syndicales : la mairie veut expulser la CGT, la CFDT, la FSU et Solidaires de la Bourse du travail, qu’elles occupent depuis près de 90 ans, en s’appuyant sur un commissaire de justice. La mobilisation, elle, ne faiblit pas : 600 manifestants le 6 juin, puis 700 syndicalistes venus de toute l’Occitanie début juillet. Le combat est devenu un symbole national de défense du droit syndical.
Même mairie, même logique répressive contre les associations. La Ligue des droits de l’homme, qui a osé attaquer devant le tribunal administratif l’arrêté anti-mendicité pris par le maire, s’est vue retirer sa subvention de 300 euros et ses accès gratuits à la Maison des associations. « On ne mord pas la main qui vous nourrit », a lâché l’édile, menaçant au passage toute association qui participerait à une manifestation antifasciste de représailles budgétaires.
Les services publics sacrifiés sur l’autel du tout-sécuritaire
À Montargis, dans le Loiret, le nouveau maire RN a orchestré un raout médiatique pour dénoncer 3,4 millions d’euros de prétendues factures impayées par son prédécesseur. Cet argument a servi à justifier la suspension du projet de pôle éducatif jeunesse, école et crèche, dans le quartier prioritaire de La Chaussée, ainsi que celle d’un centre de santé et d’un institut pluridisciplinaire destiné aux malades du cancer, pourtant déjà votés par l’ancienne municipalité. Dans le même temps, la ville a trouvé les moyens d’annoncer le recrutement de cinq policiers municipaux supplémentaires, et le conservatoire de musique, lui, écope de 120 000 euros de coupes budgétaires : sept postes d’enseignants supprimés, et des tarifs d’inscription qui pourraient grimper jusqu’à 430 pour cent pour les habitants extérieurs à la ville. Deux pétitions circulent déjà, dont l’une portée par la chanteuse lyrique Patricia Petibon, marraine de l’établissement.
À Carpentras, la ferme municipale bio, qui fournissait un quart des légumes des 1600 repas quotidiens servis dans les cantines scolaires avec un objectif de 100 pour cent à terme, a été fermée du jour au lendemain le 1er juin, au nom d’un recentrage sur les « missions régaliennes ». Un ancien élu parle de la perte de « notre plus beau projet ». À La Valette-du-Var, ce sont les tarifs du périscolaire et de la cantine qui grimpent, y compris pour les familles les plus modestes.
À Nice, le maire Éric Ciotti pousse un projet de prison sur un terrain de 54 000 mètres carrés aujourd’hui occupé par un foyer social qui héberge entre 700 et 900 anciens travailleurs immigrés d’Afrique du Nord, âgés de 70 à 95 ans, menacés d’expulsion de leur lieu de vie.
La culture étranglée, le patriotisme mis en scène
La purge culturelle est méthodique. À Castres, le maire RN Florian Azéma a fait déprogrammer, à la dernière minute, la pièce Passeport de l’auteur Alexis Michalik, qui racontait le destin d’un réfugié érythréen dans la jungle de Calais. Sa justification ne trompe personne : la pièce ferait, selon lui, « la promotion des clandestins » et proposerait « un traitement assez particulier des forces de l’ordre ». L’annulation a été condamnée jusqu’à l’Assemblée nationale par la ministre de la Culture. Le même maire avait organisé, le 10 mai, une « fête nationale de Jeanne d’Arc et du patriotisme », et son directeur de cabinet, un militant identitaire lié à la Fraternité Saint-Pie X et financé par des réseaux proches de Pierre-Édouard Stérin, donne une idée assez claire de l’orientation idéologique de son équipe.
À Carpentras, le festival de courts-métrages qui existait depuis sept ans a été supprimé faute de subvention, tout comme environ 300 000 euros de subventions retirées à une vingtaine d’associations locales, dont le Planning familial, qualifié par le maire d' »avant-poste d’une idéologie controversée qu’est le wokisme ». L’association a dû ouvrir une cagnotte, qui a récolté plus que la subvention perdue.
À Vauvert, le maire a annulé une exposition de photographie en accusant son auteur d’être un « militant LFI » aux propos « antisémites », et mis fin après douze ans d’existence au festival Jazz à Vauvert. À La Flèche, la suppression de 63 000 euros de subventions à l’association Le Carroi a emporté les concerts gratuits de l’été et le festival d’arts de la rue Les Affranchis, la mairie retirant en plus 5000 euros à Solidarité Accueil Exilés, 370 euros à ATD Quart-Monde, et faisant chuter de 4000 à 1000 euros l’aide à l’apprentissage du français pour les étrangers. « On ne subventionne pas les associations qui aident les migrants », a assumé l’édile. À Bagnols-sur-Cèze, le budget global des associations est passé de 953 000 à 496 000 euros, la subvention de 190 000 euros à l’association Mosaïque en Cèze, qui gère deux centres sociaux, a été purement supprimée, et neuf spectacles sur vingt-huit ont été annulés, dont ceux de Muriel Robin et du chorégraphe Mourad Merzouki. À Hayange, le seul centre social de la ville a vu sa subvention divisée par deux, passant de 95 880 à 47 947 euros, sa présidente alertant que la structure fermera « à la fin de l’année ».
Pendant ce temps, certaines mairies RN du bassin minier n’hésitent pas à programmer des concerts de Jean-Luc Lahaye, condamné pour agression sexuelle sur mineure et aujourd’hui mis en examen pour viol sur mineures, quand Marine Le Pen elle-même invoque la « présomption d’innocence » pour balayer le sujet.
À Moissac, le maire RN a débloqué 35 000 euros pour un « village médiéval » inspiré du Puy du Fou et porté à 42 000 euros l’enveloppe du comité des fêtes pour une fête de la Rosière couronnant la jeune fille « la plus vertueuse » de la commune, avant de couper les micros de l’opposition qui le contestait en conseil municipal et de lâcher, sans complexe : « la culture est là pour instruire sur nos racines et notre patrimoine français, on ne va pas financer des événements pour découvrir la culture des Papous. »
La mémoire ouvrière et populaire aux oubliettes
La purge s’attaque aussi frontalement à la mémoire populaire. Dans le Pas-de-Calais, la nouvelle mairie RN de Grenay a mis fin au défilé du 1er mai qui existait depuis les années 1950 sous les municipalités communistes. À Liévin, la cérémonie d’hommage aux 42 mineurs morts dans un coup de grisou en 1974 a été réduite au strict minimum, la mairie justifiant l’éviction des syndicats par le fait qu’ils « utilisaient la cérémonie pour faire de la politique ». À Vierzon, la cérémonie de commémoration de l’abolition de l’esclavage a été supprimée le 10 mai au motif qu’elle « attirait très peu de gens », pour une économie chiffrée à 1500 euros par l’élu en charge du dossier.
Répression syndicale et politique anti-LGBT
À Hénin-Beaumont, deux agents municipaux syndiqués à Solidaires ont été exclus de la fonction publique sans salaire, pour deux ans et un an, contre l’avis du conseil de discipline. Le tribunal administratif de Lille a donné tort à la mairie début juillet et ordonné leur réintégration sous sept jours, une victoire pour le syndicat qui dénonce une tentative d’intimidation avant les élections professionnelles.
Enfin, la purge identitaire prend aussi la forme d’un effacement des symboles LGBT plus. À Elne, le passage piéton arc-en-ciel a été repeint en blanc et le drapeau des fiertés retiré du fronton de la mairie, au nom d’un espace public prétendument « neutre ». À Faches-Thumesnil, la marche des fiertés a été annulée par la mairie pour de vagues « questions d’organisation », avant d’être maintenue grâce à la mobilisation citoyenne. À Harnes, un ciné-débat LGBT organisé depuis six mois a été annulé dix jours avant sa tenue, remplacé par un événement maison entièrement piloté par des élus RN.
Ce que ces cent jours racontent
Ce ne sont pas des dérapages isolés, ni des maladresses de débutants. C’est une doctrine, appliquée avec la même discipline d’une ville à l’autre : moins de culture, moins d’associations, moins de mémoire ouvrière, moins de droits syndicaux, plus de police, plus de folklore identitaire, plus de mépris pour tout ce qui ressemble à de la solidarité. Le vernis du « parti du peuple » craque partout où il touche le pouvoir local. Face à cette offensive, la mobilisation syndicale et citoyenne, de Carcassonne à Hénin-Beaumont, montre qu’elle reste le meilleur rempart. Ne rien lâcher, partout où l’extrême droite avance.
Sources : L’Humanité, Basta!, France 3 Occitanie, Le Journal du Dimanche, La Dépêche du Midi, Le Journal d’ici, La Marseillaise, Midi Libre, Le Monde, Libération, Ici Moselle, Ici Berry, Ici Orléans, Le Républicain Lorrain, France Inter, BFM Nice, Le Canard enchaîné, franceinfo, communiqué du Planning familial
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