Elle s’appelait Faten Ben Omar El Azizi. Elle jouait au football, au Moghreb Athlétic de Tanger.
Le 30 juillet, elle est entrée dans l’eau à Fnideq avec des milliers d’autres, pour rejoindre Ceuta à la nage. Elle n’est jamais arrivée sur l’autre rive.
Personne ne prend un tel risque de gaieté de cœur. On le prend parce qu’on espère encore un avenir, de l’autre côté d’une frontière de quelques kilomètres à la nage.
Mais cette Europe rêvée n’existe plus vraiment. Elle se referme, gagnée par des discours qu’on n’ose plus appeler autrement que fascistes. Et ce qui blesse le plus, ce n’est même pas cette fermeture. C’est le manque d’empathie qui l’accompagne. « Accueille-les chez toi » : une ironie facile qui esquive tout.
Mais je refuse d’écrire un texte qui oppose de « méchants » Européens et de simples victimes marocaines. Parce que la vraie question, c’est aussi : pourquoi le Maroc n’arrive-t-il pas à devenir un pays où l’on investit, où l’on crée, où l’on reste ?
Et pendant que des jeunes Marocains se noient pour rejoindre l’Europe, d’autres Européens s’installent au Maroc sans jamais être mis en danger. Ce mouvement-là ne fait pas les gros titres. Il fait pourtant grimper le prix des logements, pendant que les Marocains sont chassés par les prix de leur propre ville.
Deux mouvements inverses. Une même inégalité de circulation.
Faten avait vingt ans, un club, une famille de footballeurs. Elle voulait un avenir. Elle a eu la mer contre elle.
Repose en paix, Faten