Billet d’humour à l’attention de JL Mélenchon

Cyrille Raynard
Billet d’humeur à l’attention de Monsieur Mélenchon
C’est un peu facile, Monsieur Mélenchon !
C’est un peu facile, quand on a pour adversaires de pauvres bougres comme Bardella, Knafo ou Glucksmann, d’arriver avec cinquante ans de politique dans les pattes, quelques révolutions françaises en mémoire et 831 propositions dans le cartable.
Soyez un peu fair-play, que diable !
Bardella, lui, a trouvé la bonne méthode : une cravate, le « ras-le-bol des Français » et, quand il a un bug, une réplique débile applicable à tout le monde du genre : « Mais où trouve-t-il toute cette énergie ? »
Mais vous, évidemment, il faut que vous creusiez : où la trouve-t-on, l’énergie ? Qui la produit ? À quel prix ? Comment la planifier ?
Au Medef, pareil : « Il faut augmenter le SMIC. » Les patrons rient, évidemment. Mais vous persistez et vous signez : « Si vous n’augmentez pas les salaires, vous ne rigolerez pas longtemps, parce que vous aurez la récession. »
Monsieur Mélenchon ! On ne menace pas de la sorte un parterre de patrons français qui vous invitent généreusement pour que vous leur fassiez allégeance !
Même Ségolène Royal commence à vous faciliter le travail. Glucksmann ? « Un stagiaire en politique » qui irait « grappiller au centre et à droite ». Et quand il décrète qu’il n’y aura pas d’accord avec LFI : « Mais de quel droit ? »
À ce rythme-là, Monsieur Mélenchon, vous allez pouvoir prendre des RTT.
Prenez exemple sur la droite : ce week-end, Le Pen, Bardella, Zemmour et Knafo sont allés bien gentiment à la messe du pape. Écouter celui qui, parlant de Gaza et de cette « terre martyrisée », leur rappelle qu’« il n’y a pas d’avenir fondé sur la violence, l’exil forcé, la vengeance ». Voilà qui a dû les chatouiller sous les doigts de pieds.
Pas pour vous. Cela fait bientôt quatre ans que vous vous indignez du sort des Palestiniens.
Et pourtant, beau joueur, vous avez reconnu à Léon XIV « un petit arrière-goût d’humanisme ». Vous êtes même allé chercher son encyclique Magnifica Humanitas pour saluer sa critique de « l’appropriation privée du savoir humain », après avoir déjà cité Fratelli tutti de François, qui devrait, dites-vous, « un peu éclairer les croyants de droite »… Vous ne rendez vraiment pas les choses faciles.
Monsieur Mélenchon ! Même lorsqu’il s’agit de ne pas aller à la messe, il faut encore que vous ayez lu les encycliques ! Avez-vous songé à Glucksmann, qui ne doit pas savoir où on met le « y » dans ce mot ?
Et d’asséner un petit rappel de laïcité : « Mais de là à aller à la messe, faut pas abuser quand même. »
Et puisqu’on parle de morale chrétienne, vous auriez pu peut-être éviter de rappeler à Marine Le Pen cette fâcheuse affaire des assistants parlementaires européens et ces millions d’euros de fonds publics détournés au profit du parti.
Un peu de miséricorde, bordel, en cette période de foi retrouvée.
Car votre véritable défaut est là : vous prenez les mots au sérieux et vous obligez vos adversaires à expliquer ce qu’ils proposent à la place. Et ça permettez-moi de vous dire que c’est dégueulasse !
C’est même déloyal, si je peux me permettre.
La politique actuelle avait pourtant trouvé son équilibre avec nos médias de milliardaires : une polémique le matin, un sondage à midi, une petite phrase assassine le soir et hop, au pieu !
Un peu de fraternité, Monsieur Mélenchon.
Tout le monde ne peut pas arriver sur un plateau avec Robespierre sous un bras et, à huit mois du scrutin, 20 % d’intentions de vote au premier tour.
Mais au fait…
où trouvez-vous toute cette énergie ?