le journal de François Pinault s’inquiète…

Le Point

Pourquoi nos enfants vont voter Mélenchon (et comment s’en remettre)

D’où vient cet attrait pour LFI d’une partie de la jeunesse diplômée, souvent issue de milieux favorisés ? Les études convergent vers une même corrélation entre déclassement, ressentiment et vote radical.

Le dimanche 7 juin, sur le parvis de la mairie de Saint-Denis, où se tenait le meeting de Jean-Luc Mélenchon, la « nouvelle France » chère aux Insoumis était sur toutes les lèvres. À l’œil nu, pourtant, deux catégories de militants se distinguaient dans le public. La première incarnait cet idéal d’une France ouverte aux « héritiers de l’immigration ». La seconde, plus visible, était composée de militants au profil bourgeois, diplômés et urbains, essentiellement jeunes et majoritairement blancs.

D’où vient donc cet attrait d’une partie de la jeunesse bourgeoise pour le mélenchonisme, documenté par de multiples études ? S’agit-il d’une simple rébellion liée au jeune âge, même si certains approchent la trentaine ? Ou d’une banale rupture avec le conservatisme familial ? Une explication plus solide s’impose : cette adhésion est souvent le résultat de la frustration d’une génération de jeunes diplômés au chômage ou contraints d’occuper des postes pour lesquels ils sont largement surqualifiés.

Surproduction d’élites

Les études sociologiques se succèdent et convergent toutes vers la même corrélation entre déclassement et vote radical. Les Américains ont été confrontés à ce phénomène avant nous. Un livre passionnant, intitulé Mutiny (« Mutinerie »), vient de paraître aux États-Unis, qui dresse, à la manière de Peter Turchin, le constat d’une surproduction d’élites, laquelle engendre inévitablement de la radicalité. Son auteur, Noam Scheiber, journaliste au New York Times, a interrogé de nombreux jeunes diplômés grandement endettés pour financer leurs études. Contrairement à la promesse initiale de réussite, la plupart occupent des emplois subalternes.