Lorsqu’un avocat des parties civiles fait remarquer à Loïk Le Priol que ses codes sur internet comportent à chaque fois une référence à Adolf Hitler, la réponse de l’accusé fuse :
« Et pourtant, la procédure n’est pas raciste. » Ses propres avocats le martèlent à raison : à aucun stade de la procédure, la circonstance aggravante à raison d’un mobile raciste ou idéologique n’a été retenue. Loïk Le Priol n’a pas tué Federico Martín Aramburú parce qu’il était argentin.
« L’enquête que l’on conduit n’a pas permis d’établir de liens entre l’extrême droite et les faits. La problématique, c’est l’alcool et l’ego », a expliqué à la barre un commissaire de la brigade criminelle qui a reconstitué minute par minute la soirée du 19 mars 2022. Tour à tour, les accusés principaux, Loïk Le Priol et Romain Bouvier, ont été mis face à leurs contradictions sans que leurs familles respectives ne viennent tempérer l’impression désastreuse laissée par leurs fils.
La cour d’assises rendra son verdict le 25 septembre. En revanche, les trois semaines d’audience ont déjà délivré un premier enseignement : si l’assassinat de l’ancien rugbyman n’a pas de mobile raciste, il s’est nourri de la violence politique dans laquelle ont baigné les accusés, trois d’entre eux ayant milité au Groupe union défense (GUD), groupuscule d’extrême droite radicale plusieurs fois dissous.
Loïk Le Priol et Romain Bouvier, qui ont fait feu chacun à leur tour sur Federico Martín Aramburú, ont déjà été condamnés pour avoir tabassé avec d’autres membres du GUD leur ancien chef, qui en ressortira avec une triple fracture et 21 jours d’incapacité totale de travail. Anecdotique au regard des faits jugés mais révélateur d’une violence politique banalisée au sein de cette mouvance, en lien avec le Rassemblement national (RN).
Les conseils des parties civiles ont révélé au cours des débats une vidéo dans laquelle les trois accusés anciens gudards s’entraînent dans un stand de tir clandestin. L’un d’eux fait feu au fusil-mitrailleur sur des cibles d’un genre particulier : les affiches électorales de Rachida Dati. « Pourquoi on tire sur des candidats ? Est-ce qu’il n’y a pas une signification ? », a demandé le président de la cour d’assises. « Absolument pas », a répondu Loïk Le Priol.
En 2022, cinq personnes ont été abattues par des militants d’extrême droite. Toutes les victimes avaient des origines étrangères, kurdes, hispano-marocaines ou argentines. Et tous les auteurs avaient tiré sur des individus désarmés… En cette nouvelle année d’élection présidentielle, le public ne s’y trompe pas. Et se presse en masse au procès, par curiosité pour l’institution judiciaire, mais aussi par inquiétude pour l’avenir.