Allemagne, une extrême droite fasciste, radicalement proPoutine, qui polarise sur elle à gauche… Un modèle exportable en Europe ?
Une enquête fort documentée, en document joint, sur un phénomène allemand qui pourrait bien s’exporter, en France en particulier, au vu du succès obtenu aux élections régionales allemandes, dans le land de Saxe-Anhalt, par les fascistes de l’AfD. Ledit phénomène ne se ramène pas à cette seule victoire d’extrême droite mais au rapprochement qui s’est noué entre celle-ci et un petit parti issu de la gauche radicale (ou antilibérale), Die Linke, je veux parler du BSW dirigé par une ancienne figure dudit Die Linke, Sahra Wagenknecht. Le BSW, en apportant le soutien qui manquait à l’AfD pour prendre la présidence du land de Saxe-Anhalt, a confirmé, ce qui se dessinait chez lui déjà depuis quelque temps, la bascule de cette gauche radicale vers les rouges-bruns ! Ce couple présente, en effet, deux marqueurs essentiels des extrêmes droites, une position très antimigrants (le mot est faible) et absolument et ouvertement un pro-poutinisme sans faille. Et ceci dans une dynamique virulente antiUkraine dont, selon lui, il faut obtenir qu’ils soient au plus vite désarmés. Plus proPoutine, tu meurs !
On notera, au passage, que le positionnement contre la guerre défendu par l’AfD n’implique pas de basculer vers le pacifisme « désarmant », enfin, si, pour complaire à Poutine. Mais, en réalité, ce parti soutient une Bundeswehr renforcée mais recentrée sur le territoire national pour mettre en place son programme de fermeture des frontières et d’expulsions de masse. Et plus, soyons-en sûrs, pour mater les gauches et casser les libertés démocratiques, on n’est pas pronazi pour rien.
Avant de vous laisser à la lecture de cette enquête aiguisée, je voudrais attirer l’attention sur deux points : j’ai parlé plus haut, premier point, de la possibilité que ce modèle fasciste/rouge-brun puisse s’exporter en France. Je précise : il y a un groupe d’extrême gauche français, le POI, Parti Ouvrier Indépendant (confit dans la croyance qu’il est encore trotskyste), qui valorise dans ses publications le BSW, en particulier pour ses positions en faveur de la paix poutinienne ! Un signe qui ne trompe pas : la co-organisation du« meeting international contre la guerre » qui s’est tenu à Londres, en octobre 2025, du POI et du BSW pour appeler à la paix en Ukraine… en la désarmant ! Or, le POI est une composante très active autour de Mélenchon en personne (l’un de ses dirigeants, Jérôme Legavre, est député insoumis, il était présent au sommet antiguerre de Londres). Lequel Mélenchon, plus que jamais après la victoire de l’AfD aux régionales allemandes avec le soutien du BSW, et malgré ce qui le rapproche toujours du POI en faveur du pacifisme … poutiniste, a décrété que Sahra Wagenknecht était « infréquentable » (sur l’immigration et le rapprochement avec l’AfD) !
On verra bien ce qu’il en résultera de la continuité du POI dans LFI, s’il persiste, contre l’oukaze mélenchonien, à mettre en valeur le BSW. Avec, comme conséquence, à ce stade, certes, picrocholine, mais sait-on jamais, de cette mise en porte-à-faux (partielle) avec le mélenchonisme, la possibilité qu’une partie de ses cadres et militants, bluffés par le succès de Sahra Wagenknecht, ne s’attèlent à construire, hors LFI, un BSW français, à potentielle dynamique franchouillarde, rejoignant, au risque d’être très marginalisés politiquement ou absorbés très à droite, les ex de LFI, Andréa Kotarac, passé au RN, ou Georges Kuzmanovic, acoquiné avec des identitaires et autres extrémistes ou extrémisés à droite (dans la revue Front Populaire de Michel Onfray ou dans les médias Bolloré).
Second point : juste cette phrase du député LFI Hadrien Clouet validant la nécessité, pour son groupement, de rompre avec le BSW malgré son programme social de gauche – de gauche mais quand même pas pour les migrants (1) – : «Quand un mouvement politique a des revendications à caractère social, mais qu’il les étouffe dans un ensemble de positions ultraréactionnaires, ce n’est pas un ami.». J’ai juste envie de lui retourner, en la modifiant un peu, mais sans trahir sa logique argumentative, cette phrase…à propos de LFI : «Quand un mouvement politique de gauche comme LFI a des revendications à caractère social, mais qu’il les compromet dans un ensemble de positions internationales ultraréactionnaires en faveur d’une paix facho-poutinienne et de liens forts avec la dictature chinoise et, par là, nécessairement hostiles aux Ukrainiens comme aux Ouïghours et à Taïwan, ce n’est pas un ami de la gauche ».
(1) LFI dresse le cordon sanitaire autour de l’Allemande Sahra Wagenknecht et BSW : «Ce ne sont pas des amis du tout», (Libération, 08/09/2026).