BLESSURES, INTERPELLATION, GARDE À VUE, MENSONGES. RENCONTRE AVEC UN MEDIC INTERPELLÉ À NANCY
Interpellé le 17 octobre 2026 par les forces de l’ordre, Dav, street medic de la Fédération Libertaire de Lorraine , raconte son arrestation, les violences qu’il a subie et sa garde à vue. Une affaire qui soulève de sérieuses questions sur le traitement réservé aux secouristes bénévoles en manifestation.
Alors que la mobilisation bat son plein, les forces de l’ordre interviennent à plusieurs reprises. Des grenades de désencerclement explosent, des manifestants sont blessés et des street medics tentent de leur porter assistance.
Parmi eux, Dav, membre de la Fédération Libertaire de Lorraine.
Ce n’est pas un débutant. Habitué aux manifestations de haute intensité, il intervient depuis plusieurs années pour venir en aide aux personnes blessées aux quatre coins de l’hexagone.
Mais ce samedi, c’est lui qui va finir menotté, transporté derrière les camions des forces de l’ordre, puis placé en garde à vue.
Son témoignage est particulièrement édifiant.
Nous avons recueilli son récit.
DAV : « Ça a commencé quand on a eu des blessés sur Nancy. Des gens qui avaient été blessés au niveau des pieds. »
Dav explique avoir entendu plusieurs personnes appeler à l’aide.
« J’ai entendu : « Medic ! Medic ! Medic ! » »
Il se dirige alors vers un homme dont la chaussure et le pantalon sont déchirés au niveau du talon.
« Le mec avait le jean arraché au niveau du talon, la chaussure complètement arrachée. Je n’ai pas vu s’il saignait vraiment, mais je pense qu’il avait le talon vraiment niqué. »
Avec d’autres medics de la FédérationLibertairedeLorraine, il intervient pour lui porter assistance.
DAV : « En repartant, ils ont balancé encore des grenades assourdissantes, comme ils disent. »
Dav raconte qu’une autre personne se blesse à la main.
Il intervient de nouveau, puis tente d’éloigner les manifestants de la zone des tirs.
« Je leur disais : « Restez pas là ! Restez pas là ! C’est là qu’ils tirent ! » »
C’est alors qu’une nouvelle explosion survient.
« Il y en a une qui est repartie. Je me suis pris un éclat dans la cuisse et j’ai un peu vrillé. »
Un street medic venu secourir des blessés se retrouve donc lui-même touché par des projectiles durant des soins.
« ARRÊTEZ AVEC VOS GRENADES, VOUS ÊTES COMPLÈTEMENT FOUS ! »
DAV : « Je suis descendu vers les gendarmes mobiles de Longeville-les-saint-Avold ( EGM 14/7 ). J’ai enlevé mon casque de medic, mon masque, et je me suis identifié en tant que medic. »
Il explique avoir voulu interpeller les forces de l’ordre sur l’utilisation des grenades.
« Je leur ai dit : « Arrêtez avec vos grenades, ça commence à bien faire ! Vous êtes complètement fous ! Vos grenades, c’est n’importe quoi, ça devient du n’importe quoi ! » »
Une réaction de colère, certes, mais qui intervient après plusieurs prises en charge de blessés et alors qu’il affirme avoir lui-même reçu un éclat dans la cuisse.
DAV : « Il y en a un qui m’a dit : « Casse-toi ! » »
Dav raconte lui avoir simplement répondu :
« Quoi, casse-toi ? »
C’est alors que la situation aurait brutalement basculé.
« J’ai entendu le flic dire : « Allez, celui-là, on l’embarque, on charge ! » »
DAV : « Ils me sont tombés à sept dessus. »
Il décrit une interpellation particulièrement musclée.
« Ils ont commencé à me mettre les mains dans le dos, les pieds dans le dos, à me passer les pieds au niveau des menottes. »
Puis :
« Ils m’ont transporté comme un sac à patates et ils m’ont emmené jusque derrière les camions. »
Derrière les véhicules, Dav est menotté et son sac est fouillé.
Il explique avoir demandé aux gendarmes de vérifier son matériel pour constater qu’il était bien secouriste.
« Ils ont vu tout mon nécessaire de premiers secours. Mais ils en avaient rien à foutre. »
« Plus loin il y avait le Sébastien des renseignements territoriaux, je l’ai appelé, il m’a vu, il a remis ses lunettes de soleil et a tourné le dos, il aurait pu validé que je suis simple secouriste, il ne l’a pas fait.»
DAV : « J’ai été chargé par la BAC, transporté à Lobau. »
Il explique avoir été informé de son placement en garde à vue.
Le premier motif évoqué serait un attroupement après sommation.
Mais d’autres infractions lui auraient également été reprochées au cours de la procédure.
Dav les énumère :
Attroupement en vue de commettre des dégradations et des violences.
Dissimulation du visage en vue de commettre des dégradations ou des violences.
Outrage et rébellion.
DAV : « Je leur dis que je suis medic. Eux, pour eux, ça compte pas. C’est tout. »
Il insiste sur le fait que son matériel était clairement identifiable et que son sac contenait exclusivement du nécessaire de premiers secours.
C’est probablement l’un des passages les plus surprenants de son témoignage.
Dav raconte qu’au cours de sa garde à vue, vers une heure du matin, un officier de police judiciaire lui demande de remettre son équipement tel qu’il le portait au moment de son interpellation.
L’objectif : prendre des photographies.
DAV : « Je remets mon matériel comme il était devant les gendarmes. »
L’OPJ remarque alors sa croix de medic.
« Il me dit : « Mais monsieur, je vois très bien votre croix de medic. En fait, je comprends pas pourquoi ils vous ont arrêté. » »
Dav lui explique que son sac a déjà été fouillé.
L’enquêteur regarde alors son contenu.
« Il a pris la photo du sac en disant : « Mais en fait, il n’y a que du nécessaire de premiers secours. Donc je comprends pas pourquoi ils vous ont arrêté. » »
Selon Dav, le policier aurait même établi un parallèle particulièrement parlant :
« C’est comme si nous, demain, on arrêtait un inspecteur de la BAC en civil et qu’on le ramenait au poste. »
Avant de conclure :
« C’est n’importe quoi. »
Dav affirme que cet enquêteur lui aurait également indiqué vouloir écrire au procureur.
DAV : « Le lendemain matin, avec mon avocat, on a l’OPJ qui me reçoit dans le bureau. »
Le flic lui annonce que l’affaire ne donnera pas lieu à des poursuites.
« Il me dit que ça va être classé parce que ça tient pas debout. »
Dav précise que, finalement, seul le premier motif aurait été conservé : la participation à un attroupement après sommation.
Il rapporte également cette phrase attribuée au policier :
« Moi, je classe parce que ça sert à rien du tout. C’est nul. »
Une décision qui interroge sur les circonstances et la justification initiale de son interpellation.
Dav explique qu’un courrier au procureur a été rédigé et lui a été transmis.
Il évoque également la possibilité de déposer plainte pour arrestation et détention arbitraires, en faisant référence à l’article 432-4 du Code pénal.
Cet article réprime notamment, sous certaines conditions, les atteintes arbitraires à la liberté individuelle commises par une personne dépositaire de l’autorité publique.
Toutefois, un classement sans suite ou une interpellation contestée ne suffisent pas, à eux seuls, à établir cette infraction.
Il appartiendrait à la justice de déterminer si les circonstances de l’arrestation justifient d’éventuelles poursuites.
Au-delà de cette interpellation, le témoignage de Dav soulève une question fondamentale.
Quelle place reste-t-il aux secouristes bénévoles lorsque les manifestations deviennent des opérations de maintien de l’ordre à haute intensité ?
Les street medics ne sont pas des spectateurs.
Ils interviennent au milieu des gaz lacrymogènes, des mouvements de foule et des explosions pour porter assistance à ceux qui en ont besoin.
Ils récupèrent des personnes blessées, les mettent à l’abri, nettoient les yeux irrités par les gaz, réalisent les premiers gestes de secours et orientent les blessés vers les services médicaux d’urgence lorsque cela s’avère nécessaire.
Ce jour-là plus de 25 personnes ont été admises aux urgences de Nancy suite a la manifestation.
Ils ne disposent pas d’une immunité particulière face aux forces de l’ordre. Mais leur activité de secours ne constitue pas, en elle-même, une infraction. Pourtant le cas de Dav n’est pas isolé. Les street medic aguerris ont été ciblés ce 17 octobre dans les rues françaises par les forces de l’ordre.
Les vidéos et les témoignages sont édifiants.
Dans le cas de Dav, plusieurs questions méritent donc des réponses.
Pourquoi interpeller un homme qui affirme s’être clairement identifié comme street medic ?
Pourquoi le maîtriser à plusieurs alors qu’il raconte avoir simplement protesté contre l’utilisation des grenades sur des secouristes en pleins soins?
Pourquoi maintenir sa garde à vue après la découverte de son matériel de premiers secours ?
Et surtout, comment expliquer que, selon son témoignage, des policiers chargés de la procédure aient eux-mêmes exprimé leur incompréhension devant cette arrestation ?
Le récit de Dav mérite d’être entendu.
Car derrière les statistiques des interpellations, il y a des êtres humains. Des manifestants, des observateurs, des journalistes, des secouristes bénévoles.
Des personnes qui, parfois, ne font rien d’autre que venir en aide à celles et ceux qui en ont besoin.
Et lorsqu’un street medic affirme avoir été arrêté après avoir secouru des blessés et dénoncé l’usage des grenades, la question n’est pas seulement de savoir pourquoi il a été interpellé.
Elle est aussi de savoir ce que cette interpellation dit de la manière dont le maintien de l’ordre est exercé.
KLL pour Le Pavé Lorrain
@super fans
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