Les enfants de la Commune de Paris

Les enfants de la Commune de Paris
Dès les premières heures du mouvement communard, plus de 1 500 enfants sont investis dans la lutte. En raison de leur manque d’expérience militaire et grâce à « leur agilité et leur intrépidité d’adolescents », ils sont avant tout chargés de monter les barricades, d’assister les blessés et de transmettre les messages. Si on leur refuse le statut de soldat, les jeunes revendiquent la légitimité de leur participation aux combats, jusqu’à mener des opérations autonomes.
En parallèle, une partie de la presse dénonce « l’embrigadement » d’une jeunesse dont la place est à l’école. Le ton diffère : les petits héros de certains deviennent les petits monstres des autres. La Commune apparaît comme l’incarnation de la corruption de la société toute entière. Comme les femmes, les enfants ont dépassé les limites de l’ordre social, ce qui ne leur a valu qu’une « triste gloire ».
Lorsque les troupes versaillaises entrent dans Paris, elles arrêtent ces jeunes combattants en vue d’un procès. Celui-ci, particulièrement médiatique, attise la curiosité. Selon les titres, le ton varie : certains insistent sur le fait que ces jeunes soldats se sont enrôlés volontairement, tandis que d’autres reportent la responsabilité sur la Commune.

Les petits Parisiens sur les barricades : les Pupilles de la Commune

Ecrit par Édouard Sill Publié le et modifié le

Dans le sillage de la mobilisation pendant le Siège, un certain nombre de gamins de Paris rallient les troupes de la Commune à compter de mars 1871. Emprisonnés et jugés à Versailles, la presse fait ses choux gras de ces « vauriens » révolutionnaires, membres de « l’armée de Montmartre ».

Les brasiers illuminaient encore Paris lorsque les longues colonnes des communards vaincus quittèrent la capitale entre deux rangs de soldats « Versaillais ». Prosper-Olivier Lissagaray, journaliste, historien et membre de la Commune, a dépeint ces tristes processions dans Les Huit journées de mai derrière les barricades :

« Les soldats qui, au 18 mars, s’étaient rangés du côté du peuple, marchaient les mains liées, la capote retournée. […]

La plupart appartenaient à la classe ouvrière et aux rudes métiers de la carrière, de forgeron, de mécanicien, de fondeur, de maçon ou de charpentier ; d’autres aux professions essentiellement parisiennes de peintre, imprimeur, etc.

Les gamins, presque des enfants, de douze à seize ans, marchaient au milieu d’hommes à tête et à barbe blanches qui étaient en grand nombre. »

Car des enfants, aussi, ont fait le coup de feu sur les barricades. Certains ont été abattus sur place, fusillés contre un mur, comme les autres. Dans un célèbre poème de L’année terrible, Victor Hugo a immortalisé le récit de l’exécution d’un petit insurgé.

Illustration du recueil L’Année terrible de Victor Hugo par Léopold Flameng, 1879 – source : Gallica-BnF

Illustration du recueil L’Année terrible de Victor Hugo par Léopold Flameng, 1879 – source : Gallica-BnF

À l’automne 1871, dans le sillage des procès des « communeux », s’ouvraient à Versailles des audiences inhabituelles où les prévenus étaient des enfants, déférés devant une cour militaire. Ces petits communards sont jugés à part, en groupe. Ils sont convaincus d’appartenir à une bande, ou plutôt à un corps franc : « les Pupilles de la Commune ».

Pourtant, un an plus tôt, à l’automne 1870, tandis que les Prussiens encerclaient Paris, cette même République saluait avec émotion la levée en armes des enfants de Paris.

Tandis que l’empire tombait et que s’élevait le retour à une République, durant cette période de vacance de la normativité mêlée aux émotions obsidionales de Paris assiégé, de cet entre-deux ont émergé toutes sortes de cohortes guerrières, des corps francs par dizaines, dont un féminin, les Amazones de la Seine. Il y a aussi la légion des Pupilles de la République, qui veut enrôler dans la tourmente de très jeunes garçons, dès 15 ans, « sous réserve du consentement de leurs parents ».

Le succès est immédiat. En novembre 1870, ils sont déjà 1 500 ; ils campent au théâtre Dejazet. Le Petit journal l’assure, la plupart sont orphelins. À quoi sont employés ces enfants ? Au terrassement à monter des barricades, dans les ambulances, comme estafettes ou auprès des pompiers. Et au milieu, deux cantinières de quinze ans.