Manif lycéenne : Lettre maire de Manosque et protestation

Manosque. Camille Galtier condamne avec fermeté les dégradations des lycéens et prend une décision en direction de la jeunesse…

Ce jeudi 1er octobre, le maire de Manosque a suivi de près les manifestations lycéennes et les actes de vandalisme devant les lycées et dans la ville. Et face au coût des dégradations, il a d’ores-et-déjà tranché dans sa politique à venir en faveur des jeunes.

Le moins qu’on puisse dire est que le maire de Manosque, Camille Galtier, a particulièrement peu apprécié les manifestations lycéennes de ce jeudi 1er octobre 2026, et surtout les actes de vandalismes qu’il y a eu devant les trois lycées de Manosque et aussi en centre-ancien, où l’hôtel de ville a été l’objet de jets de mortiers d’artifice.

C’est ainsi qu’en milieu d’après-midi, le premier magistrat de la ville a diffusé un premier message sur ses réseaux sociaux : « Manifester est un droit civique. Bloquer les lycées, dégrader le mobilier urbain, enflammer les espaces publics : c’est de la bêtise, voire de l’inconscience. Près de 300 lycéens (sur les 3000 que compte la ville de Manosque) se sont adonnés à des comportements inacceptables ».

« Ces actes ne resteront pas impunis, grâce à notre réseau de vidéo-protection ».

Comme il l’explique, « en provoquant des incendies à proximité immédiate des bâtiments, leur comportement a mis en danger les personnels de l’éducation nationale, de la Région Sud paca, ainsi que les agents municipaux et communautaires. Une journaliste de BFMDici, personnellement prise à partie et menacée, a été rapidement exfiltrée par les forces de l’ordre. Des interpellations ont eu lieu (tout comme lundi) et les identifications sont en cours grâce à notre réseau de vidéo-protection : ces actes ne resteront pas impunis ».

De même, Camille Gartier « regrette que des représentants des partis communistes et insoumis soient aux côtés de celles et ceux qui détruisent le bien commun et je tiens à leur adresser un message très clair :  »mesdames, messieurs, ce n’est pas votre place et, surtout, ce n’est en rien exemplaire de cautionner ces casseurs » ».

Par ailleurs, le maire « le dis avec responsabilité : ceux qui veulent porter la voix de la jeunesse dans le calme et le pacifisme trouveront toujours ma porte ouverte. Les autres auront droit aux forces de l’ordre et aux sanctions. Car dans un État de Droit, rien ne justifie ni ne légitime la violence. Rien ».

Ce premier message condamnant donc avec fermeté les actes de vandalisme a été suivi d’un second message (vidéo cette fois-ci), en début de soirée et évoque notamment les conséquences de ces dégradations.

« Des faits graves et de nombreuses dégradations sur l’espace public qui couteront plusieurs dizaines de milliers d’euros. Ces faits perpétrés par une centaine de lycéens sont d’autant plus regrettables que la ville de Manosque, en partenariat avec le Département et la Région mène depuis plusieurs années une politique volontariste pour la rénovation de l’ensemble des bâtiments scolaires, c’est 100 millions d’euros qui auront été investis entre 2023 et 2028 pour que tous les établissements de la ville soient tous neufs d’ici septembre 2028. Parce que je crois à cette promesse républicaine qui fait qu’un enfant des quartiers peut avoir autant de chance qu’un enfant des collines de réussir, de pouvoir se développer et de pouvoir grandir… »

« Pas de soiré rap à Musiks à Manosque 2027 »

Face à ces frais conséquents de réparation, le maire a décidé de prendre une décision politique forte alors que « depuis six ans maintenant, nous avons fait le choix de permettre à la jeunesse d’avoir une culture urbaine très présente sur la ville, notamment à travers Musiks à Manosque. En l’espace de six ans, nous avons pu ramener à travers des concerts gratuits des artistes comme Alonzo TK Soolking… et ce soir c’est à regret que j’annonce que l’an prochain pour Musiks à Manosque il n’y aura pas de soirée jeune Rap ».

Il s’explique : « la jeunesse doit aussi comprendre que l’argent public n’est pas magique, que l’argent public c’est le fruit du travail des commerçants, de celles et ceux qui se lèvent tôt le matin, et que l’ensemble de l’argent qui va être mobilisé pour réparer leurs conneries ne pourra pas servir des politiques publiques. Ces politiques publiques, je ne souhaite pas les sacrifier pour nos séniors, pour nos enfants, pour les mères et pères de famille qui se lèvent tôt le matin, et donc cette politique publique qui sera sacrifiée pour remplacer ce qui a été dégradé ce sera le festival Musiks à Manosque qui en paiera le prix avec l’absence de la soirée des jeunes ».

Et de conclure : « J’ai un message pour la jeunesse, la liberté c’est une chose, l’égalité en est une, la fraternité en est une, mais la responsabilité également, et donc maintenant je compte sur vous pour que ces désordres cessent parce qu’on ne gagne rien à détruire le bien commun 


Réponse du Regain manosquin (association)

COMMUNIQUÉ: À Manosque, la jeunesse ne doit pas être punie et la culture ne doit pas trinquer
Les tensions et les dégradations qui ont marqué cette journée sont regrettables. Mais elles ne doivent pas occulter l’essentiel : derrière les images qui circulent, il y a aussi une jeunesse qui se mobilise pour ses conditions d’études, son avenir et pour défendre un service public d’Éducation nationale qui manque de moyens.
Depuis plusieurs jours, des lycéennes et des lycéens se mobilisent pour dénoncer leurs conditions d’études, le manque de moyens, les classes surchargées et les difficultés auxquelles ils sont confrontés au quotidien.
Ces revendications ne disparaissent pas parce que des incidents ont eu lieu.
Nous refusons l’amalgame qui consisterait à considérer une génération entière à travers les actes de quelques-uns. Une jeunesse qui se mobilise n’est pas une jeunesse à punir. Une jeunesse qui écoute du rap n’est pas une jeunesse à suspecter.
C’est précisément dans ce contexte que les déclarations du maire de Manosque annonçant la remise en cause de concerts gratuits de rap nous inquiètent.
La culture ne peut pas devenir une mesure de représailles.
Les concerts, les festivals et les pratiques culturelles sont aussi des espaces d’émancipation, de rencontre et d’expression. Ils permettent à toutes et tous, quels que soient leurs revenus, leur quartier ou leur âge, d’accéder à la culture et de se retrouver dans l’espace public.
Supprimer ces rendez-vous au motif que certains jeunes ont commis des actes répréhensibles reviendrait à confondre responsabilité individuelle et sanction collective.
Ce serait surtout envoyer un message désastreux : si une partie de la jeunesse dérange, alors on retire à toute la jeunesse les espaces de culture, de rencontre et d’expression.
Ce n’est pas notre conception de la politique municipale.
Une municipalité doit garantir la sécurité, prendre les mesures nécessaires face aux dégradations et permettre que les faits susceptibles de constituer des infractions soient traités par les services compétents et par la justice.
Mais le rôle d’un maire ne peut pas se résumer à chercher des coupables. Il est aussi d’apaiser, de rassembler et de créer les conditions du dialogue.
Face aux tensions, une municipalité doit être capable de tenir ensemble ces deux exigences : garantir la tranquillité publique et maintenir le dialogue avec sa population, notamment avec sa jeunesse.
Elle doit également continuer à investir dans la jeunesse, dans l’éducation, dans la culture et dans les lieux où les jeunes peuvent se rencontrer et s’exprimer.
Répondre à une mobilisation de la jeunesse par davantage de stigmatisation ne peut constituer une politique pour la jeunesse.
À Manosque, nous avons besoin de plus de culture, plus d’émancipation et plus de considération pour la jeunesse, pas de sanctions collectives.
Nous refusons que les revendications des lycéennes et des lycéens soient réduites aux images de quelques débordements.
Nous refusons également que la culture soit utilisée comme moyen de représailles.
La réponse à une jeunesse qui se mobilise ne peut pas être de lui fermer des portes. Elle doit être de l’écouter, de dialoguer avec elle et de chercher à apaiser les tensions.
Le Regain Manosquin, l’association, appelle donc la municipalité à ne pas renoncer aux concerts gratuits et à engager, au contraire, un véritable dialogue avec la jeunesse manosquine.
Parce qu’une ville qui croit en sa jeunesse est une ville qui prépare son avenir.
Le Regain Manosquin, l’association