Situation de Ritchy Thibault

Priscillia Ludosky :
Je voudrais revenir sur la situation de Ritchy Thibault, aujourd’hui incarcéré à la prison de Fleury-Mérogis.
Pour celles et ceux qui ne le connaissent pas, Ritchy est un jeune militant de 22 ans, étudiant en histoire, engagé notamment contre l’antitsiganisme, porte-parole de PEPS et cofondateur du collectif Peuple Révolté.
Il avait 14 ans lorsqu’il a rejoint le mouvement des Gilets jaunes en 2018. Depuis, il n’a jamais cessé de militer.
Quand on connaît Ritchy, on sait qu’il a une particularité dans sa manière de s’exprimer : il balance des punchlines révolutionnaires.
Certains militent en chantant, d’autres en dansant, en écrivant des tribunes, en lançant des pétitions, en organisant des actions symboliques ou en occupant l’espace public.
Ritchy, lui, a choisi la provocation. Des discours volontairement très forts, parfois violents dans les mots, pour #choquer, #interpeller et faire #réagir les décideurs publics.
Un peu comme lorsqu’on secoue quelqu’un pour lui faire prendre conscience d’une situation qu’il refuse de voir.
On peut ne pas aimer cette manière de faire, ne pas partager ses mots ou les trouver excessifs. Mais c’est sa façon à lui d’exprimer sa colère face aux injustices. Et cette manière de militer lui a déjà valu de nombreuses interpellations et procédures judiciaires.
Le #1eroctobre dernier, alors qu’il soutenait les mobilisations lycéennes à Saint-Denis, il a notamment appelé à « mettre le feu à l’Élysée », à « faire la révolution » et évoqué un 17 octobre « 1000 fois pire que les Gilets jaunes ».
Ces propos lui valent aujourd’hui plusieurs poursuites. Il a été placé en détention provisoire et maintenu à l’isolement à Fleury-Mérogis, dans l’attente de son procès fixé au 9 décembre.
Et c’est là que je voudrais qu’on s’interroge sur notre rapport à la violence et sur ce que nous avons fini par accepter comme normal.
Parce que pendant qu’on s’indigne des paroles extrêmement provocatrices d’un jeune militant, il y a une autre violence dont on parle beaucoup moins : celle qui est produite ou entretenue par les décisions de l’État.
Aujourd’hui, selon l’Insee, 9,8 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté dans l’Hexagone. 22,4 % des enfants sont pauvres. À La Réunion, ce chiffre atteint 44,3 % des mineurs. Et selon une enquête de 2025, 34 % des étudiants déclarent sauter régulièrement des repas faute d’argent.
Des millions de personnes vivent des situations de précarité qui les empêchent de vivre dignement. Des jeunes doivent choisir entre manger, payer leur loyer ou poursuivre leurs études.
Mais cette violence-là, on l’a tellement #banalisée qu’on ne la reconnaît même plus comme telle.
Et puis il y a les violences physiques subies pendant les mobilisations. Avec plusieurs personnes éborgnées (LBD /Grenade) pendant le mouvement des gilets jaunes…
À cette époque, Christophe Castaner était ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez secrétaire d’État et Didier Lallement préfet de police de Paris. Des responsables politiques et administratifs qui avaient la charge du maintien de l’ordre et dont les décisions doivent aussi pouvoir être questionnées er pourtant l’un d’entre eux a été décoré de la Legion d’honneur.
Alors je pose la question.
Si des paroles aussi provocatrices soient-elles peuvent conduire un militant à la prison et à l’isolement (il ne peut actuellement voir que sa famille et est placé à l’isolement), quelle responsabilité doit-on demander à celles et ceux dont les décisions ont contribué à des violences bien réelles ?
Quelles conséquences pour les responsables des dispositifs de maintien de l’ordre qui ont abouti à des mutilations ?
Quelles responsabilités pour les dirigeants qui laissent perdurer des situations de pauvreté et de précarité aussi importantes ?
Pourquoi sommes-nous parfois plus choqués par les mots utilisés pour dénoncer une violence que par cette violence elle-même ?
Je ne dis pas que toutes les paroles sont acceptables, ni qu’elles ne doivent jamais être examinées par la justice. Mais je m’interroge sur la proportionnalité des réponses apportées et sur les différences de traitement.
Car derrière ses provocations, Ritchy dénonce des réalités sociales qui, elles, sont bien concrètes.
👉🏾👉🏾👉🏾 Et à force de considérer comme normale la violence institutionnelle, économique ou sociale, on finit par ne plus s’indigner que de celles et ceux qui la dénoncent avec colère.
Aujourd’hui, je tiens évidemment à apporter mon soutien à Ritchy.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Priscillia_Ludosky