GRANDES ÉCOLES, UNIVERSITÉS CATHOLIQUES, BASTIONS CONSERVATEURS ET ECOLES D’INGÉNIEURS ONT REJOINT LE MOUVEMENT
– Toute la jeunesse se révolte –
Le gouvernement et les médias vont avoir bien du mal à désigner le soulèvement en cours comme étant «minoritaire», «radicalisé» ou à diaboliser les contestataires en les désignant comme des «barbares» d’«ultra-gauche». Sauf s’ils englobent dans ces catégories l’intégralité de la jeunesse française.
Le 17 septembre, un lycée de Créteil se mettait en mouvement pour réclamer le remplacement des professeurs absents. Trois semaines plus tard, la France traverse le plus grand mouvement de la jeunesse depuis des décennies. Cette lutte partie d’établissements de banlieue parisienne a désormais gagné les grandes écoles, les universités les plus à droite et les établissements les plus prestigieux du pays. C’est le signe que cette vague, qui part de revendications matérielles dans l’éducation, va bien au-delà. C’est le cri de révolte de toute une génération pour un avenir digne. Quelques exemples du caractère extraordinaire du moment :
L’Institut Catholique de Paris bloqué : «cathos, pas fachos», «privilégiés mais solidaires», scandaient les étudiants de cette université privée située dans l’ultra-chic 6e arrondissement de Paris. Ici, les frais d’inscription montent à plusieurs milliers d’euros et il y a des cours de théologie. Voir cet établissement bloqué est tout simplement une première, depuis la fondation de l’Institut en 1875 ! Il y avait aussi des barricades devant le prestigieux Institut Sainte-Geneviève.
L’université Panthéon Assas : le bastion de l’extrême droite depuis plusieurs décennies, fief historique du GUD – groupuscule néofasciste violent est touchée. Cette fac de droit située dans le quartier Latin n’est quasiment jamais mobilisée. Le 8 octobre, elle était pourtant bloquée par des centaines d’étudiants. Et les protestataires ont même chanté L’Internationale devant l’entrée barricadée. De quoi rendre fou des générations de réactionnaires passées par les bancs d’Assas. Ce vendredi, le blocage a été attaqué par des fascistes et des CRS.
L’École du Louvre, située dans le palais du même nom au cœur de Paris, qui forme les archéologues, historiens de l’Art et futurs conservateurs de musées, était aussi bloquée ce 9 octobre, pour la première fois de son histoire. Les étudiants ont scandé le célèbre chant des gilets jaunes «on est là» et déployé des banderoles très créatives, détournant des œuvres célèbres, par exemple la peinture de Saturne dévorant un de ses fils devenant «L’État dévorant ses enfants». Des artistes ont même reproduit une toile médiévale en imitant le style de l’époque, avec le texte enluminé : «Chascun honnit la milice», soit «tout le monde déteste la police» en vieux français (photo de Lisa Guillemin).
L’école des Chartes, institution réputée, formant sur concours les historiens à l’analyse d’archives, et connue pour être un bastion conservateur, a aussi rejoint les blocages pour la première fois de son histoire, en solidarité avec les lycéens et contre les violences policières.
Les lycées les plus bourgeois et élitistes de Paris ont aussi rejoint le mouvement. Et notamment l’École alsacienne, la célèbre école privée où sont passés Gabriel Attal et un certain nombre de rejetons des grandes familles. Dans la liste des lycées bloqués, il y a aussi les prestigieux lycées Henri IV et Louis-le-Grand, présentés comme le fleuron de la «méritocratie» à la française par les élites.
Les écoles d’ingénieurs aussi s’y mettent, ce qui est rarissime. À commencer par l’école des Mines, la plus grande école d’ingénieurs du pays, qui était bloquée ce vendredi matin. Ailleurs en France, celles d’Angers étaient bloquées, de même l’Enssat de Lannion, autre école d’ingénierie, encore l’INSA de Strasbourg ou l’université technologique de Compiègne. A Nantes, l’école Centrale aussi était paralysée pour la première fois de son histoire. Dans la plupart de ces établissements les étudiants reconnaissent être «privilégiés» mais se disent solidaires des revendications portées par le mouvement.
C’est donc toute une génération qui se lève des banlieues aux quartiers chics. Le vieux monde à la tête de l’État en train de se mettre à dos l’intégralité de la jeunesse, y compris celle destinée à de grandes carrières et aux postes de pouvoir, qui est en train d’expérimenter le bonheur du blocage, de l’action, et qui goûte parfois à la violence d’État. Il n’y a rien de plus formateur qu’un mouvement social pour aguerrir les révoltes.