Violences policières : élèves et profs, tous en danger

La vidéo a tourné sur tous les réseaux sociaux : TikTok, Snapchat, Facebook… Lundi 5 octobre, alors que les lycéens de Beauvais (Oise) manifestaient devant le lycée Paul-Langevin, deux professeurs de philosophie de l’établissement, Laetitia Citroen et Achille Siad, ont été agressés par des policiers. L’une était en arrêt pendant trois jours, l’autre a écopé d’une journée d’ITT. Ils ont accepté de témoigner sur ce qu’ils ont vécu ce matin là.

«Tout s’est passé très vite, en une dizaine de secondes, se souvient Achille. C’était vers 9h45. Nous étions derrière les grilles du lycée et nous sommes sortis, pas pour soutenir les revendications des élèves, mais j’ai vu un groupe d’élèves avec qui je m’entends bien, des Terminales. Ils étaient avec leurs pancartes. J’avais un peu peur pour eux, car on savait que certains venaient pour mettre le bazar.»

Ils voulaient juste rentrer avec un élève au lycée

Plusieurs salves de tirs ont alors eu lieu du côté des forces de l’ordre, pour tenter de disperser tout le monde. Puis du gaz lacrymogène. Un abribus a été détruit, et des poubelles incendiées. Pendant ce temps, les deux professeurs de philosophie surveillaient les élèves. «Ils étaient étalés sur l’avenue Kennedy et la voie n’était pas bloquée, on voulait les empêcher de partir dans tous les sens, témoigne Laetitia. À un moment, on a croisé un groupe d’élèves qui repartait vers le lycée. On a voulu rentrer nous aussi, mon collègue avait cours à 10h30. Sur le chemin, on a croisé des policiers en rang, prêts à remettre du lacrymo. Quand on est arrivés à leur hauteur, quelques lycéens ont reculé. J’ai dit qu’on allait passer. Les policiers nous disent, à mon collègue et à moi, de passer. Derrière nous, un élève reste bloqué, ils ne le laissent pas venir avec nous. Je leur dis que nous sommes enseignants et qu’on le ramène au lycée. Ils continuent de lui dire de rester là. Alors je repasse de l’autre côté et leur dis de me laisser l’emmener, je l’attrape par le bras.»

Là, tout s’est joué en quelques secondes. «Un policier m’a repoussé avec son bouclier, je ne m’y attendais pas, continue Laetita. Je recule en arrière. Mon collègue voit ça, il s’interpose en leur disant que nous sommes professeurs et qu’on vient chercher l’élève. Les policiers l’attrapent et le jettent par terre.» «J’ai été saisi par trois policiers, soulevé et projeté au sol, indique Achille. J’ai protégé mon visage mais j’ai senti des coups.» Sa collège Laetitia tente alors de lui porter secours, mais elle se fait pousser violemment par un policier. «Une fois à terre, je les vois s’acharner sur mon collègue, j’ai voulu avancer à quatre pattes mais ils étaient deux pour me retenir, indique-t-elle. Au bout d’un moment ils ont arrêté, il devait y en avoir des plus modérés avec eux.»

Finalement, les deux professeurs sont repartis au lycée, en passant par une autre route. L’élève en question, quant à lui, s’est perdu avec d’autres élèves. Achille s’en sort avec des douleurs au dos, sur les côtes, la mâchoire et le nez. «Mais rien de cassé», rassure-t-il. Il a d’ailleurs repris le travail ce jeudi 8 octobre. Laetitia, quant à elle, reprendra vendredi 9 octobre. Les deux comptent bien porter plainte pour ce qu’ils ont vécu.

Un soutien de la part de leurs collègues

Les deux profs de philo ont pu compter sur le soutien des élèves et de leurs collègues. En effet, quelques heures après les faits, ces derniers ont écrit un communiqué où ils indiquent que certains d’entre eux ont décidé de ne pas faire cours dans l’après-midi. «C’est une réaction plus amicale que politique, constate Laetitia. Beaucoup ne sont pas politisés, ne font jamais grève ou quoi que ce soit. Ils étaient juste humainement choqués de voir ce qui nous est arrivé. On a senti que c’était un manque de respect par rapport à notre profession.»

Ce même jour, un élève du lycée avait été interpellé. «Et c’est encore plus grave, confient les professeurs. Nous le connaissons très bien, ce n’est pas un agitateur. Le voir traîné par plusieurs policiers, pieds et poings liés, c’est juste inadmissible…» Selon eux, il a été placé en garde à vue mais relâché le soir-même. De retour au lycée, il serait très choqué par ce qu’il a vécu.