Yo, les révolutionnaires en laisse !
PUTAIN DE BORDEL DE MERDE.
Il va falloir qu’on m’explique à quel moment la contestation sociale en #Martinique s’est transformée en promenade de retraités constipés, encadrée par des syndicalistes domestiqués et quelques professionnels de la branlette revendicative.
Parce que là, franchement, ON TOUCHE LE FOND DU CUL.
J’en ai plein les burnes de ces mobilisations gentillettes. De ces manifestations au goût de tisane tiède. De ces processions de mécontents qui défilent sagement derrière trois drapeaux fatigués, deux mégaphones asthmatiques et un leader syndical dont la dernière érection révolutionnaire remonte probablement à la nationalisation des banques sous Mitterrand.
On marche. On chante. On gueule deux slogans. On bloque symboliquement un rond-point. On prend quelques selfies pour Facebook. On promet de durcir le mouvement.
MON CUL !
À midi, les troupes commencent à débander. À treize heures, les derniers résistants cherchent leur bagnole. À quatorze heures, le système reprend tranquillement sa petite séance de sodomie économique.
Rideau.
Les puissants retournent à leurs marges confortables, leurs combines et leurs réunions entre gens fréquentables. Et le peuple repart avec son trou de balle en bandoulière.
Magnifique. Une spécialité tropicale à inscrire au patrimoine mondial de l’UNESCO : l’art de se faire enculer à sec en chantant des slogans.
Et au milieu de ce bordel, nos merveilleux syndicalistes.
Attention. Pas ceux qui sacrifient leur salaire, leur carrière et leur tranquillité pour défendre les autres. Ceux-là méritent le respect. Je parle des autres.
LES CANICHES DE LA CONTESTATION.
Les révolutionnaires à horaires administratifs. Les Che Guevara sous climatisation. Les Spartacus de photocopieuse. Ces grandes gueules à carte syndicale qui aboient devant les caméras avant de retourner lécher les poignées de porte des institutions.
Des pitbulls sur les affiches.
DES CHIHUAHUAS DEVANT LE PRÉFET.
Putain, quel élevage !
Ils connaissent toutes les procédures, toutes les commissions, tous les couloirs où se négocie la température de la colère populaire. Ils ont appris à transformer une révolte en dossier Word, une humiliation collective en compte rendu de réunion, une urgence sociale en calendrier de concertation.
Et lorsqu’ils ressortent avec trois promesses moisies, ils bombent le torse comme s’ils venaient de prendre la Bastille à mains nues.
« Nous avons obtenu des avancées significatives. »
LESQUELLES, CONNARD ?
Une chaise supplémentaire autour de la table ? Deux biscuits secs et une bouteille de Chanflor ? Le droit de revenir vous faire enfumer jeudi prochain ?
Pendant ce temps, la Martinique continue de se faire dépouiller.
Les prix nous défoncent. Les salaires tirent la langue. Les jeunes se cassent. Les petites entreprises crèvent. Des familles comptent les centimes. Des vieux choisissent entre remplir leur frigo et payer leurs factures.
Et nos petits marquis de la négociation sociale nous expliquent qu’il faut rester responsables.
RESPONSABLES ?
Mais allez vous faire foutre avec votre responsabilité de larbins !
Ça fait des décennies qu’on nous sert cette soupe de couilles en conserve. Soyez patients. Raisonnables. Constructifs. Respectez les procédures. Ne perturbez pas l’économie. Ne froissez pas les investisseurs.
ET POURQUOI PAS LEUR SUCER LES ORTEILS PENDANT QU’ON Y EST ?
Certains rêvent manifestement d’une contestation biodégradable. Une colère qui ne dérange personne. Une révolte avec service après-vente, garantie décennale et autorisation préfectorale.
Une insurrection labellisée NF.
Avec pause déjeuner.
Putain, quelle misère intellectuelle !
Sur une île comme la nôtre, l’histoire devrait pourtant nous avoir appris une chose : les rapports de domination ne disparaissent pas parce que les dominés demandent gentiment aux dominants de devenir sympathiques.
Le pouvoir ne distribue pas la justice sociale comme des dragées à un baptême.
IL FAUT LUI ARRACHER DES CONCESSIONS.
Par l’organisation. La grève. Le boycott. La désobéissance civile. Des revendications chiffrées. Des actions économiques légales qui pèsent réellement. Pas en cassant trois abribus pour offrir aux autorités le prétexte rêvé de détourner le débat, mais en construisant un rapport de force sérieux, durable, intelligent.
Parce qu’une mobilisation sans stratégie, c’est une masturbation sans orgasme.
Ça fatigue tout le monde et ça ne produit strictement rien.
Et puis il y a les gardiens de la bienséance.
« Franki, tu es trop violent. »
VIOLENT ?
La violence, c’est une mère qui repose des produits à la caisse parce qu’elle n’a pas assez de fric. Un retraité qui compte ses comprimés et ses pièces jaunes. Un jeune diplômé obligé de traverser l’Atlantique pour trouver la considération qu’on lui refuse chez lui. Une économie où certains prospèrent pendant que d’autres survivent avec les miettes.
Mais ça choque moins que mes putains de gros mots.
Qu’un chroniqueur écrive « ENCULÉ » en majuscules et voilà toute la brigade des bonnes manières qui débarque avec ses sels de pâmoison.
BANDE D’HYPOCRITES.
Vous confondez la paix sociale avec l’anesthésie générale. Vous voudriez qu’un peuple étranglé financièrement exprime son mécontentement avec les manières d’un maître d’hôtel au Ritz.
Mais la misère n’a pas de bonnes manières. La précarité ne met pas de cravate. Et la dignité n’a pas à demander une autorisation préfectorale pour ouvrir sa grande gueule.
Alors oui, je revendique le verbe sale.
Pas cette diarrhée technocratique qui parle de « dynamique partenariale » et de « processus de dialogue constructif ».
NON.
JE VEUX UN VERBE DE SALOPARD.
Un verbe qui pue la sueur, le rhum, le bitume brûlant. Qui arrache les faux sourires, déshabille les imposteurs, fouille dans les comptes et colle les contradictions sur la place publique comme des slips sales sur une corde à linge.
Je veux des chiffres. Des contrats. Des marges. Des subventions. Des responsables identifiés. Que les beaux discours se retrouvent à poil devant les preuves.
Un verbe qui rentre dans le lard des puissants avec la délicatesse d’un camion de vidange lancé dans un salon de thé.
Et tant pis si ça éclabousse les belles chaussures.
Quant aux syndicalistes qui ont oublié pourquoi ils étaient entrés dans la lutte, j’ai une petite carte postale à leur adresser.
Messieurs, si votre principale compétence consiste à canaliser la colère pour la rendre inoffensive, vous n’êtes plus des contre-pouvoirs.
VOUS ÊTES DES AMORTISSEURS.
De magnifiques petits airbags sociaux installés entre le peuple et ceux qui lui roulent dessus. Vous absorbez le choc, rassurez le conducteur et demandez aux victimes de patienter jusqu’à la prochaine réunion.
Des capotes institutionnelles.
Le système vous balance son foutre politique à la gueule, vous vous essuyez avec un protocole d’accord et annoncez une victoire historique.
PUTAIN, MAIS RÉVEILLEZ-VOUS !
La Martinique n’a pas besoin d’une nouvelle chorale de mécontents. Elle a besoin de syndicats indépendants, de citoyens organisés, d’une solidarité qui tient au-delà des photos de groupe et d’une détermination qui ne s’évapore pas au premier communiqué préfectoral.
Elle doit surtout cesser de confondre agitation et action.
On peut gueuler pendant cinquante ans sans déplacer une seule virgule du système. Brandir le poing jusqu’à l’arthrose et rester politiquement à genoux. On peut même finir par aimer ses chaînes lorsqu’elles portent le logo d’une organisation respectable.
Nous avons trop souvent transformé la contestation en rituel, la colère en spectacle et la soumission en vertu civique.
Parce que le game a changé, mes petits lapins.
La patience n’est pas une stratégie. La résignation n’est pas une sagesse. Et une mobilisation qui ne dérange jamais les intérêts qu’elle prétend combattre n’est pas une lutte.
C’EST UNE PARADE À LA CON.
Alors, mes chers professionnels de la colère en laisse, continuez vos promenades syndicales, vos goûters révolutionnaires et vos séances de masturbation collective sous les fenêtres de l’administration.
Mais ne venez plus nous vendre ça comme un soulèvement populaire.
Un peuple debout ne demande pas éternellement la permission de redresser l’échine. Il s’organise, réfléchit, exerce une pression économique légale, exige des comptes et ne rentre pas docilement à la niche au premier coup de sifflet.
Moi ?
Je continuerai à écrire sale. À écrire méchant. Avec mes tripes, mes contradictions, mon mauvais caractère et cette foutue rage que les salons climatisés ne pourront jamais mettre en bouteille.
Je préfère passer pour un bâtard incontrôlable que pour un révolutionnaire castré, souriant sur une photo de famille avec ceux qui lui tiennent fermement les couilles.
Désolé, les choupinets et les fragiles.
JE N’AI PAS CHOISI LE VERBE POUR CARESSER LES COUILLES DU POUVOIR.
MON VERBE N’A PAS DE LAISSE.
Et vos petites mobilisations de chiens savants ?
VOUS POUVEZ VOUS LES FOUTRE AU CUL.