Tous les articles du Journal de bord des gilets jaunes à Lyon de février 2019

Tous les articles du Journal de bord de février 2019

Récapitulatif des publications sur les Gilets jaunes dont celles du Journal de bord regroupées par dates sur le blog Temps critiques

Les parutions sont à lire de bas en haut pour suivre chronologiquement le mois de janvier 2019.

 


À propos du journal de bord

Le journal de bord est né au début du mouvement des Gilets jaunes à l’initiative de participants à la revue Temps critiques qui l’héberge sur son blog. Par la suite, des rencontres pendant les actions et une certaine perception commune pour une participation directe au mouvement ont élargi le cercle d’origine en donnant corps à une collaboration informelle entre une douzaine de personnes participant aux différentes manifestations, AG, commissions et actions et en rendant compte. Ni sociologique, ni documentaire, le journal de bord est le reflet de cette activité au sein du mouvement des Gilets jaunes. Pour exemple, les CR de manifestations compilent souvent plusieurs vues du seul fait de l’étirement des manifestations et de leur caractère évolutif et dispersé avec pour seul souci d’en rendre compte au plus près et le plus complètement possible. Mais comme nous y participons nous-mêmes ces « vues » peuvent aussi donner lieu à un ou des points de vue qui relèvent de nos interprétations subjectives et politiques que nous essayons alors de rendre collectives et cohérentes après échanges et discussions. Cet aspect est a fortiori aussi présent dans les CR d’AG où nous sommes amenés à prendre des positions, sans pour cela former un groupe Gilet jaune spécifique de plus, mais sans non plus intervenir « de l’extérieur. C’est du moins la volonté que nous avons, même si nous sommes plus dans le « mouvement » que « Gilets jaunes » proprement dit.


CR AG Gilets jaunes Bourse du travail de Lyon le 25 février
120-150 personnes.

Les commissions rendent compte.

La commission action fait état de la marche pour le RIC qui arrive à Lyon ce jeudi soir à 19H place Guichard. La manifestation qui suivra a été déclarée pour permettre d’assurer une sécurité minimum à des marcheurs fatigués. Petite fête conviviale prévue après.
Il y aurait eu 1500 personnes à la manifestation devant l’ONU à Genève le mercredi 20 février. Pas de délégation reçue.
Une action sous-marin de blocage des flux de marchandises est annoncée, mais sans dévoiler le fond de l’affaire, avec appel aux personnes intéressées de prendre contact avec la commission.

La commission RIC signale un tractage (texte sur le CICE ?) qui a déjà commencé sur le marché de la Croix-Rousse et sur celui de Villeurbanne. Bon accueil. A propos de tractage, celui effectué par l’UPR au cours de la manif de ce dernier samedi, rue de la République, est dénoncé comme récupération partisane qui ne doit plus se reproduire.

La commission convergence des luttes lit un tract à diffuser en direction des usines. Le tract est correct et accepté, mais quand il s’agit de savoir vers qui concrètement il sera dirigé, on s’aperçoit que l’AG n’est en contact qu’avec quelques entreprises, dont la SNCF évidemment. Difficile dans ces conditions d’en appeler à nous rejoindre et ainsi de préparer le terrain pour la prochaine manifestation du jour de grève générale annoncée par les syndicats. Il y a aussi une grève étudiante prévue, mais on ne sait rien du niveau de mobilisation et si cette grève est le début d’une lutte ou un simple appel coup d’épée dans l’eau. C’est toujours la même chose, dans « convergence des luttes », lutte est souvent de trop par rapport à la réalité et convergence un vœu pieu car qui aurait voulu converger avec les Gilets jaunes l’aurait déjà fait depuis trois mois que le mouvement a commencé. Et l’exemple des « stylos rouges » le confirme par défaut.

Un copain (longtemps cégétiste lui-même) fait remarquer que rechercher à se lier avec la base ouvrière et salariée des entreprises d’accord, mais il n’y a pas à s’adresser à des directions syndicales pour leur demander de nous soutenir. La réponse outrée d’un cégétiste sur le fait que le syndicat n’est pas l’ennemi et qu’il faut faire front tous ensemble se termine en dialogue de sourds car de toute façon, le mouvement des GJ n’a jamais eu vocation à une liaison avec les directions syndicales, sa caractéristique étant justement de ne pas être un mouvement social centré sur le travail. Il y a de nombreux syndiqués chez les GJ point.

Toujours, dans l’idée de la convergence, une manifestation des femmes pour la journée de la femme est annoncée, mais le fait qu’elle soit déclarée non mixte entraîne de nombreuses réactions hostiles dans la salle.

La commission justice annonce la mise en place d’un collectif d’avocats pour le développement de dépôts de plainte collectifs. Appel à l’aide financière pour les frais de procès. Une coordination nationale des street medics est aussi en train de se mettre en place.
Pour les actions à venir, la « marche noire » organisée par le groupe Article 35 – insurrection, au niveau interrégional, démarrera à 13H aux 24 colonnes et vise un parcours des lieux de pouvoir. Elle ne se substitue néanmoins pas au rassemblement rituel de Bellecour à 14H.
Un projet de reprise des ronds-points dans toute la France est annoncé, par exemple dans les grandes villes, à partir de nos quartiers. En l’état actuel du mouvement (pas de comités de quartier Gilets jaunes) cela apparaît comme un vœu pieu. Il vaudrait sans doute mieux se concentrer sur quelques ronds-points « tenables ».

Un projet de « ville en jaune » est aussi présenté à partir de voitures qui sillonneraient la ville (bombes de peinture ?). Dans le même ordre d’idée, des craies pourraient être utilisées pendant les manifestations afin de mieux faire connaître les slogans des Gilets jaunes. Cette action présente aussi l’avantage de ne pas encourir de poursuite judiciaire.

Ensuite la parole libre s’oriente sur le problème des manifestations, sur les meilleurs trajets à déterminer avec toujours les mêmes oppositions entre ceux qui sont pour des trajets unifiés pour montrer la force d’ensemble et ceux qui préfèrent la multiplicité des formes, débat assez vain, faisons-nous remarquer puisque chacun fait un peu « comme il le sent » et parfois avec réussite comme ce dernier samedi, ce qui limite toute ambition de l’AG à vouloir contrôler le tout. La discussion s’oriente ensuite sur les conséquences de la déclaration de manifestation pour ceux qui la font et qui pourraient en être tenus responsables. Mais en fait l’argument ne tient pas au niveau juridique et de plus, dans ce cas là, raison de plus pour continuer, sauf exception, à ne pas les déclarer. De toute façon, fait remarquer un intervenant, déclarée ou pas la manif est gazée à un moment ou un autre.

Des propositions de nouvelles commissions sans utilité évidente et correspondant plutôt à des envies individuelles sont faites (toujours la récurrence du « style Nuit debout ») et j’interviens (J) pour dire qu’il y a quand même une grande incohérence entre, d’un côté, dire en début d’AG qu’il faut que le mouvement des GJ, face aux attaques qu’il subit de toute part, se recentre sur ce qui a fait sa force à son moment le plus haut, c’est-à-dire la dimension de justice sociale et tout ce qui lui est attenant ; et puis de l’autre donner l’impression que le mouvement est surtout l’occasion de brasser de grandes (ou petites) idées.

 


Compte-rendu de la manifestation du 23 février à Lyon (non exhaustif)

Un tout petit millier de personnes sur la place et autour. Des membres du groupe Gilets-jaunes Lyon-centre se relaient pour dire qu’il faut enlever les gilets et se répandre rue de la République avant de les remettre. Peine perdue, la manif démarre, mais mollassonne et tourne de suite sur l’axe Nord-Sud direction nord. Nous sommes rapidement stoppés à hauteur du pont de la Guillotière. La manif descend pour emprunter la trémie qui passe en dessous. Importants gazages.

La manifestation rebrousse chemin et après des hésitations elle reprend l’axe en direction inverse vers le Sofitel. Le nombre de manifestants a enflé, mais le rythme lent et touristique de la manifestation donne l’impression de subir la stratégie des forces de l’ordre. Plusieurs fois nous essayons de prendre de vitesse la police en nous engouffrant dans les rues perpendiculaires qui donnent sur la rue Victor-Hugo, mais à chaque fois nous ne sommes qu’une cinquantaine, le gros de la manif traînasse et le temps que la jonction se fasse, les flics rappliquent et barrent le passage ou, quand ils sont en retard, ils nous bombardent à partir des positions qu’ils occupent sur le pont de l’Université, par exemple.

À hauteur de Perrache le mot d’ordre de rejoindre la Presqu’île et le Printemps place de la République pour 16 h, c’est-à-dire une demi-heure plus tard, en enlevant momentanément les gilets, circule dans la manifestation, mais cela n’empêche pas une bonne moitié de la manif de traverser le pont Gallieni en bloquant le tram et le début de l’avenue Berthelot parce que beaucoup de GJ veulent garder le gilet et aussi rester en manifestation, alors que le rendez-vous au Printemps nécessite de se disperser dans un premier temps.

Une partie du cortège passe le pont Gallieni et remonte l’avenue Berthelot. Déçu de ne pas avoir pu rejoindre la Presqu’île à cause des forces de l’ordre, le cortège se dirige vers Jean-Macé. Un container à verre est renversé et des bouteilles sont jetées sur les CRS. Arrivé à Jean-Macé, le cortège part en direction de Saxe-Gambetta. La police et les GM gazent périodiquement, se replient et laissent passer. Les GM sont dans les rues perpendiculaires au cortège et restent souvent stoïques face aux caillassages.

Un peu avant la station de métro Saxe-Gambetta, avenue Jean Jaurès, la Banque Populaire est attaquée et ces vitrines brisées par un petit groupe. Le Crédit Mutuel au carrefour Saxe-Gambetta et la BNP cours Gambetta connaîtront plus ou moins le même sort. Seules les banques ont été attaquées, il n’y aucune présence policière et les attaques semblent recueillir l’assentiment ou, au pire, l’indifférence de nombreux manifestants.

Le cortège se dirige ensuite vers Bellecour. Arrivé à Guillotière présence des CRS et de la BAC mais pas d’affrontements. Le passage sur le pont est libre.

Le cortège retourne Place Bellecour. Grand mouvement rue de la Barre, les fourgons font demi-tour sur place direction le pont, plusieurs escouades de la BAC se dirigent vers Bellecour, des GJ et autres affluent soudainement de tous les côtés, après un moment d’attente, certains s’aperçoivent que les GM ne bloquent pas la rue Émile Zola et tentent de rentrer dans l’hyper-centre par cette rue, parallèle à la rue de la République. Panique chez les GM et leur riposte ne se fait pas attendre. Gazage en masse de la rue, le cortège doit faire demi-tour. Certains manifestants décident alors de rejoindre l’autre partie des Gilets jaunes présents rue de la République depuis le début d’après-midi en enlevant le gilet.

Pour les autres, nouveau départ vers la rue de la Ré…, riposte des forces de l’ordre. Le métro est fermé, les voyageurs évacués, l’air y est irrespirable. Tout près, au niveau du pavillon des fleurs, vers 17 h 30 interpellation d’un jeune gars par 4 flics de la BAC, il est tout habillé de blanc, ils le font asseoir sur un banc, ils le menottent, et quand on lui demande de crier son nom il ne répond pas, les flics ricanent « vous voyez, il ne veut pas vous parler ». Quelqu’un explique que la police nous protège : réponse sur les 500 plaintes, les yeux crevés, etc. Ils l’embarquent direction Antonin Poncet, rejoints par 2 autres. Le groupe passe devant le supermarché de la place, sous la huée des manifestants, personne ne s’interpose… Une bouteille vole, et hop c’est reparti ! Des manifestants se réfugient au supermarché, d’autres stationnent plus haut sur la pelouse, vers le clocher de la Charité, des grenades de désencerclement pètent… des flics barrent la rue de la Charité, d’autres bougent vers la grande roue… mouvements de-ci de-là, la place Bellecour est désertée.

Malgré tout cela, mystère de la stratégie des forces de l’ordre de ce 23 février, il n’y a plus de filtrage préventif d’éventuels manifestants qui voudraient passer individuellement et tout le monde peut se retrouver place de la République, mais très progressivement.

Du côté de la rue de la République, une fois fait le plein, nous descendons vers l’Hôtel de Ville sans aucun problème, même si la police le protège. Pas de gazage, mais pas de passage évident non plus donc demi-tour en direction de Bellecour, les magasins ferment ou ont fermé.

À l’arrivée de notre cortège assez dynamique, les GM ouvrent leur cordon pour inviter le cortège à passer. Le piège est grossier, vu que de l’autre côté sur la place Bellecour cela a copieusement été gazé (comme expliqué au-dessus). La manif ne tombe pas dedans et cela permet à un certain nombre de manifestants bloqués sur Bellecour de rejoindre la rue de la Ré. Les GM s’en aperçoivent et rebloquent alors la rue.

Les gendarmes mobiles ont dressé les barrières comme les semaines précédentes, mais ils laissent entrer et sortir et discutent même avec les GJ des responsabilités des uns et des autres dans les violences récurrentes qui émaillent les manifestations. Certains ont retiré leur casque pour discuter parfois longuement. Pendant ce temps, les CRS, plus polis que d’habitude nous annoncent qu’il faut quitter la rue pour partir vers la place Bellecour.

C’est un refus de la part des manifestants. Les gendarmes mobiles ne sont pas là pour avancer mais pour fermer la rue, les policiers disparaissent alors qu’une minute auparavant ils avaient commencé à faire preuve de nervosité. Nouveau demi-tour de la manif pour un nouvel arrêt place de la République. On discute et traînasse jusqu’à ce que l’autre partie de la manif qui avait traversé le Rhône nous rejoigne. Puis les policiers se retirent à nouveau quand, fait incompréhensible, en provenance du côté Rhône de l’autre côté de la rue une voiture de police complètement isolée puisque les autres n’ont pas suivi, essaie de se frayer un chemin au milieu des manifestants. Elle est évidemment fortement chahutée, mais sans être vraiment attaquée à part une bombe à merde. Elle passe. L’atmosphère est tendue parce que quelques pierres volent, un policier fait mine de lancer une grenade alors qu’il y a des poussettes dans le coin.

La manif repart sur les Terreaux à grande vitesse. Une vitrine du Crédit lyonnais est pétée, forts gazages et début de dispersion dans les rues avoisinantes sans que les flics chargent.

Passage par les Terreaux avec une arrestation rue Joseph Serlin puis direction Vieux-Lyon. Il y a là àpeine 150 mobilisés, mais le passage par la rue Saint-Jean fait son effet. Arrêt « apéro manif » sur les marches des 24 colonnes, l’ancien tribunal de Lyon, pendant 10 minutes avant de repartir avec pour objectif la Guillotière.

Passage par Bellecour où les GM sont en phase finale de remballage de tout leur matériel avec leurs camions à la queue leu leu. Les GM encore en position semblent accablés de nous revoir. Par prudence le cortège coupe vers Antonin Poncet sans problème et va passer le pont de la Guillotière pour investir la place du même nom. Il commence à faire sombre.

Le petit groupe (une centaine) bloque un moment le carrefour à la hauteur de la place du Pont. Une voiture de flic égarée dans l’embouteillage ramasse quelques cailloux et disparaît. Le groupe (GJ historiques de tous âges), jeunes de banlieues, etc. remonte le Cours de la Liberté en incendiant des poubelles et en tenant la chaussée. Il oblique à droite rue de la Part-Dieu incendie des poubelles zigzague et rencontre plus loin un véhicule de flics vide et garé. Il est défoncé et pillé. Les flics de la PAF à qui il appartient (cf. le Progrès) sortent précipitamment le sandwich à la main et constatent les dégâts.

La manif se volatilise et se reforme un peu plus loin.
Un groupe attaque les portes de sortie latérales (Bd E. Deruelle) du centre commercial (cailloux et fumigènes). Les portes sont bloquées par les vigiles. Pas un flic à l’horizon.

La manif de plus en plus petite, s’éparpille, se perd, et se retrouve à l’entrée principale de la Part-Dieu. Plusieurs cars de flics vides stationnent à proximité. Le centre est fermé et gardé par des vigiles. Des manifestants auraient attaqué et auraient été repoussés par les vigiles (?). Il est environ 20 h 30. Le centre commercial restera fermé un long moment.

Fin de déambulation vers 21 heures.

11 interpellations selon la presse.

 


CR de l’AG gilets jaunes Lyon du 18/02/2019

Toujours une fréquentation en baisse (120-150 personnes)

Comme annoncé dans les communications de la semaine, l’ordre du jour a été inversé et commencera par le rendu du travail des commissions ; les discussions étant renvoyées à « l’expression libre » (toujours la tendance maître d’école du groupe GJ-Lyon-centre) de la dernière demi-heure. Ce nouvel ordre est censé pacifier l’AG victime d’affrontements verbaux les dernières semaines. Louable attention si les comptes rendus des commissions ne se déroulaient pas à vitesse grand V sans intention de susciter des discussions justement. Il s’agit souvent, dans l’esprit des commissions, de se faire écouter, de faire voter et donc avaliser leur travail de la semaine.

Diverses actions sont annoncées par la commission action comme celle des « marcheurs du RIC » ou de la marche en noir du 2 mars qui a été décidée en inter-région et sera organisée par le groupe Article 35 insurrection, à la place de la manifestation traditionnelle de Bellecour le samedi. Son parcours est censé passer par des points stratégiques et significatifs de pouvoir. Rappel est fait du rassemblement de Genève devant l’ONU pour le mercredi 20 février. Covoiturage et bus sont prévus par exemple à partir de Givors. La commission renouvelle son idée de la semaine dernière qui est d’investir la rue de la République vers 16 h et sans gilet à l’origine et d’animer notre présence par musique et danse de façon à attirer du monde, discuter, faire la fête et montrer que le mouvement est pacifique. Pour ce qui est de la musique et surtout de l’idée de sono, une intervention fait justement remarquer que les manifs du samedi offrent l’intérêt, à l’inverse des manifestations syndicales et leurs traditionnels camions sono, de pouvoir être investies par des initiatives personnelles et leur relatif silence enrichi par des slogans un peu moins pauvres que les habituels « Macron démission » et « Castaner… » !

Cette initiative de se rendre directement dans la Presqu’île, sans passer par Bellecour, avait déjà été proposée la semaine dernière, mais avait rencontré un succès mitigé, du fait que beaucoup de manifestants n’étaient pas au courant (problème de « communication » entre l’AG et la masse des manifestants, mais pas que…) ou qui se trouvaient aux prises avec la police vers Confluence.

La commission communication propose d’y remédier en tractant, place Bellecour et ailleurs, pour appeler à cette action et aussi à revenir plus nombreux aux AG. Des flyers avec slogans sont aussi proposés… mais sans qu’on sache précisément quels slogans figurent dessus.

Avec la commission finance, on assiste à la chose étonnante d’une suite de dépenses qui sont proposées au vote par les différentes commissions, mais sans établissement de priorité comme si toutes les demandes étaient équivalentes et possibles à satisfaire. Elle ne présente jamais de budget précis et ne précise pas d’où vient l’argent. Quant à ceux qui votent, ça ne les engage pas vraiment puisqu’on ne sait pas dans quelle mesure ils y contribuent. À la limite celui qui vote oui n’est pas plus engagé que celui qui vote non. C’est sans doute pour ça que tous les oui l’emportent largement à chaque fois, dans une indifférence assez générale.

Interruption des restitutions des commissions. Un appel est fait pour se rendre au TGI le 19 à 14 h où une femme passe en comparution pour avoir prétendument lancé des pierres sur la police. Alors qu’elle et sa fille protégeaient un handicapé (qui lui-même fait l’objet d’une inculpation !), elles ont reçu des tirs de flashballs. L’affaire est exemplaire de la répression actuelle : après avoir porté plainte contre un policier « de couleur », mais dont elles n’ont pas relevé la plaque, elles se sont vues traitées de racistes par les policiers et plus d’une semaine plus tard convoquées à la police, où la mère apprend qu’elle est mise en examen et gardée à vue du vendredi 14 h à lundi où elle passe en comparution immédiate. Il est prévu de venir en gilets jaunes devant le tribunal et de faire le maximum de bruit.

La commission revendication, en lien avec l’arrivée des marcheurs du RIC, propose de venir les accueillir le 28 février. Une salle sera prévue. Certains dans l’assemblée demandent que le RIC fasse l’objet de plus d’explications. Une opération pédagogique de vulgarisation du RIC est envisagée. Ce qui est sûr c’est qu’aucun questionnement de son fondement n’est posé et par exemple quel type de rapport au pouvoir suppose-t-il.

Une commission débat propose l’organisation de deux… débats. Une fois dit ça, tumulte dans l’assemblée sur l’emploi du terme « débat » qui semble confus parce qu’il sonnerait forcément comme en contre-dépendance avec grand débat. Une intervenante va d’ailleurs tomber dans le piège d’un lapsus bien révélateur. Le terme de « dialogue public » est proposé faute de mieux, mais peu après, une autre précise que les échanges de ces « rencontres » seront versés sur la plate-forme du « vrai débat » qui fait concurrence à celle du « grand débat ». Retour à la case départ. Deux thèmes sont proposés, le premier sur économie et écologie se tiendra le 27 février, le second sur la dette, le 13 mars. Une salle de mairie (dans le 7e) de 65 places est censée accueillir ces débats, mais rien n’est dit sur leur forme sauf qu’il faut se préinscrire. Il semble qu’il ne soit pas prévu d’animateur ou d’intervenant, mais que les intéressés pourraient travailler en petits groupes.

Une commission convergence annonce la prochaine diffusion d’un tract devant certaines usines et lieux de travail et veut le faire voter sans le lire. Face aux réactions hostiles de l’AG, elle accepte avec mauvaise grâce d’en lire la première mouture qui, par ailleurs, aurait déjà été fortement amendée ! La lecture commence mal quand il est dit que c’est le communiqué de l’assemblée « citoyenne », mais devant les cris qui commencent à monter des travées sur la définition du citoyen, elle admet qu’assemblée populaire est plus adéquate. La première partie du texte concerne les revendications économiques, sociales… Des oubliés remarqués : les chômeurs et les handicapés !

La deuxième partie de l’AG concerne le positionnement des Gilets jaunes par rapport à la présence de fascistes. Suit tout un discours qui se veut le contrepoint des accusations du gouvernement et des médias contre le mouvement (sur le mode « non le mouvement n’est pas… et suit une énumération de tout ce qu’il n’est pas). Un intervenant dans la salle (J) se lève alors pour dire qu’un mouvement ne se définit pas par ce qu’il n’est pas, car ce serait se mettre dans la contre-dépendance par rapport au pouvoir ou par rapport à l’opinion publique dont on sait qu’elle est versatile. Il se définit par ce qu’il est et c’est ça qui fait sa force et son unité.

Nous revivons alors le même scénario que les deux semaines précédentes, mais vu l’actualité et la pression extérieure (manifestation contre l’antisémitisme prévue le lendemain), la question de se positionner en tant que Gilets jaunes face à l’antisémitisme remplace la question précédente qui était de se positionner par rapport aux fascistes. Et c’est un déferlement d’approximations sur ce point avec des personnes qui mettent en avant leur a priori idéologique (bataille sur le rapport antisémitisme/antisionisme, leur opinion sur Finkielkraut ou le fait que Collomb sera à la manifestation). On a pu entendre une personne souligner le caractère piégeux du positionnement gilet jaune. C’est-à-dire, être présent au côté des politiques à la manifestation et rentrer dans un jeu médiatique maintes fois rejeté ou ne pas y prendre part et donner des cartes à ceux qui cherchent à essentialiser le caractère antisémite du mouvement. Dans les deux cas, on est perdant. Un autre se positionna très clairement contre la figure médiatique de Finkielkraut et ses positions politiques en dénonçant sans feindre le sionisme tout en se gardant d’être antisémite. Et une intervention, peu après, reprit le même langage sur le sujet. Et à chaque fois, une hola d’applaudissements se fit entendre dans la salle… Dans les deux cas de figure, des GJ somment d’autres Gilets jaunes de se positionner idéologiquement, alors pourtant que la base et l’unité du mouvement, dès le départ, c’est « tous Gilets jaunes », avec toutes les limites que ça suppose.

Bref, une demi-heure pour entendre finalement que chacun fera comme il veut, c’est-à-dire qu’il n’y aura pas de « position Gilets jaunes » par rapport à la manifestation et que chacun fera comme il l’entend.

Il a quand même été dit qu’un communiqué de 3 ou 4 lignes devra être rédigé qui dirait que les Gilets jaunes ne tomberont pas dans le piège tendu par le pouvoir. Alors qu’il semble recueillir une large approbation, aucune réponse précise n’est donnée à la proposition. Là aucun vote. Est-ce que c’est parce que trop évident ou parce que cela restera lettre morte ? La différence, entre les personnes des commissions à la tribune et la salle, réapparaît en filigrane.

Question : ce communiqué de ¾ lignes sera-t-il mentionné sur le tract ? Où fera t-il l’objet d’un envoi à la presse ?

Une commission Justice Gilets jaunes* intervient pour annoncer qu’elle met en place tous les mercredis à 18 h à 19 h, à la Bourse, une permanence où elle recueillera les témoignages des personnes qui ont eu affaire à la justice. Le but est de monter un dossier pour dénoncer et démontrer la répression qui sévit dans les tribunaux. Et à terme constituer une plainte face aux arbitraires. Cette commission suit les comparutions immédiates et en rendra compte régulièrement. Est prévue une caisse de solidarité pour aider à payer avocats et amendes.

*Pour toute information relative à cette commission : cgj@protonmail.com

 


Compte-rendu des manifestations Gilets jaunes à Lyon le 16 février 2019 (non exhaustif)

10 h place Guichard

Pour reprendre l’habitude de la manif le samedi matin Gilets jaunes Lyon-centre proposait de partir de la place Guichard direction des cercles et clubs de pouvoir présents à Lyon. Le point fort de cette initiative fut celui d’avoir vraiment un contenu, que ce soit au niveau des cibles dénoncées, du parcours le tout matérialisé par des pancartes, tracts et 2 banderoles : Gilets jaunes Lyon-centre et Justice sociale et fiscale. Ces dernières donnent le ton et vont accompagner la petite centaine de manifestants qui vont partir un peu avant 11 h. Le cortège s’élance avec des mégaphones recrachant des chansons détournés pour les GJ, cela empêche la reprise de slogan, mais ce samedi matin les choses commencent doucement. Remontée du cours Lafayette pour arriver au Cercle du Prisme : 8 rue Godefroy (après Foch). Point avec prise de parole, liste de quelques-uns des dirigeants partie prenante de ces cercles avec leur patrimoine connu et aussi les fonctions qu’ils occupent. On repart avec passage par le pont Morand pour arriver devant l’Hôtel-de-ville fixement gardé par des Gendarmes mobiles. Petit rappel d’un important nombre de suicides dans les rangs des forces de l’ordre, mais ont ne s’attarde pas (et l’on est pas forcément très à l’aise) avant de remonter la rue de la République.

Arrêt devant : Starbucks, MacDo, Bouygues, H&M, Printemps (qui ferme le rideau), etc. bref il n’y a que l’embarras du choix dans cette rue et l’accueil n’est pas mauvais chez les passants, d’autant plus qu’en plus de prises de parole, les tracts permettent d’entamer la conversation. C’est moins vrai lorsque l’on a affaire aux consommateurs présents dans ces enseignes… Dans la foulée le fric touché comme dédommagement pour décembre par les commerçants de cette rue est oublié, dommage. Le cortège se dirige vers la place des Jacobins pour rejoindre des « stylos rouges » mais en avance (il est 12 h passé). Les profs derrière cette initiative étaient moins qu’une poignée une demi-heure plus tard et le cortège d’origine va se diriger vers les 13 h 30 à Bellecour achevant les derniers mètres sans encombre et après avoir pique-niqué au soleil.

14 h Bellecour

En réalité les mégaphones sont de sortie. D’une part Gilets jaunes Lyon-centre va aller au 27 place Bellecour pour faire une prise de parole avec un peu près le même public qu’a l’origine de leur cortège du matin, malgré une tentative de ramener plus de monde. L’idée de revenir sur les lieux de pouvoirs est abandonnée.
Autre mégaphone qui appelle à rester discuter sur la place.
Et pour finir Lyon Bellecour va tenter un départ peu après 14 h vers les quais de Saône sans succès après avoir appelé à retirer sont argent des banques (?).

Vu le flottement et contrairement aux habitudes, le cortège n’est toujours pas parti à 14 h 15. Suite aux affrontements de la semaine dernière, les antifascistes parisiens sont venus prêter main-forte à leurs amis lyonnais. Cherchant à former un cortège antiraciste, les antifascistes apparaissent pour ce qu’ils sont : des corps étrangers au mouvement. En effet, après avoir formé un « cortège de tête » regardant en direction du Vieux-Lyon, les antifas sont pris de court : les manifestants décident de marcher dans la direction opposée, vers les quais du Rhône. L’important est que le cortège en formation prend la direction des quais du Rhône par la bien connue place Antonin-Poncet sans être vraiment aussi nombreux que ces dernières semaines : 1500 GJ. Après un virage direction Terreaux par le quai, la manif se heurte directement à un barrage avant même la rue de la Barre et le pont de la Guillotière. Au chronomètre 10 minutes de manifestation à peine et l’on est déjà bloqués.Round d’observation mais un rapide gazage donne le ton puis flux et reflux avec contact avec les forces de l’ordre tandis qu’une partie de la manif avait déjà pris l’initiative de partir dans l’autre sens. Pendant quasiment 20 minutes une partie de la manif va stagner au niveau de Gibert-Joseph dans le but d’avancer vers le nord mais va finir par prendre la direction inverse. Passage des motards dans la trémie qui fait attraction. La manif va se regrouper plus loin avec un gros point d’arrêt festif entre le quai Gailleton et le pont de l’Université avec un gazage sur le coté rue Victor-Hugo (bien gardée !), les rangs ont grossi nous sommes 2000. Enclenchement de la marche vers Perrache et l’A7. Tout cela semble mal engagé, nous avons l’impression de subir un parcours involontaire à base de blocages policiers bien tenus.

Sur l’A7 le cortège s’étend comme à l’habitude. Sur cet autoroute, une automobiliste en pleurs, panique. De bonnes âmes vont l’escorter là où les manifestants sont moins nombreux, afin qu’elle puisse s’exfiltrer. Après avoir longé l’autoroute A7, il est clair que l’ambiance est devenue électrique aux abords du parking situé près de la rue Casimir-Perrier. Les vitres de l’entrée du parking sont brisées et les manifestants décident d’attaquer la police en profitant de grillages pour se protéger des LBD. Un véhicule va se retrouver prit à partie et caillassés dans sa remonter vers le nord.
L’avant de la manifestation subit gazages et charges, tandis qu’en réaction, plus en arrière des manifestants quittent l’autoroute, passant les parapets pour se retrouver sur le quai Perrache. Dès lors il y a beaucoup de difficultés à reformer un cortège à partir de ce quai, même si beaucoup se décide à retourner sur Bellecour.

Un cortège prudent va rejoindre, difficilement, le cours Charlemagne au niveau de l’ancienne prison Saint-Paul, car les flics semblent avoir du mal à tout tenir et surtout qu’à Confluence il y a des barricades et une vraie résistance des GJ qui profitent du matériel présent.
Pour les premiers arrivés sur le cours, passage rapide par le tunnel du tram sous Perrache pour réapparaître place Carnot mais avec devant un dispositif de blocage de la rue Victor-Hugo conséquent (3-4 camions de GM dans la rue même et les gendarmes qui vont avec). Option est prise de passer par la rue Auguste-Comte. Quand aux rues donnant sur la rue Victor-Hugo elles sont gardées par les flics, prêts à en découdre. Se diffuse le mot d’ordre d’enlever les gilets jaunes pour se retrouver rue de la République. Plutôt que de tous passer par Bellecour et se retrouver bloqués là, beaucoup se dispersent dans toutes les rues possibles. Une partie ira quand même s’établir place Bellecour.

Vers 17 h une partie des GJ sont rue de la République avec leurs gilets qu’ils ressortent, nous y sommes : barrage policier ou pas ! Tandis que certains font passer le mot aux présents sur la place Bellecour que cela se regroupe rue de la Ré, les chants commencent : « nous on est là, on est là et même si Macron ne le veut pas on est là ! ». Grâce à la volonté d’attendre un maximum de monde et d’occuper l’espace, en dépit du fait que nous soyons un peu dispersés dans cette grande rue, les rangs gonflent et une sono va engendrer une envie de mouvement. Démarrage à 200, direction les Terreaux avec, tout de même, un cordon de CRS en voiture-balai. Avant la place de la Comédie sous blocus policier, le cortège fait demi-tour pour ne pas quitter la rue de la Ré. Le cortège a pu encore grossir pour avoir 300 GJ. Remontant la rue nous arrivons place de la République où une fanfare fait attraction et va engendrer, de fait, une dispersion progressive. Une partie des GJ continuent vers Bellecour tandis que le reste va stationner, notamment devant un cordon de CRS qui viennent cristalliser les énergies. Un twist est entamé devant ces CRS et l’ambiance du côté manifestants est à la fête.Cela va durer un moment jusqu’à ce que le cordon parte. Mais par la suite, entre en action la BAC, gazant le secteur qui s’est bien clairsemé, et ce même au niveau des passants. Il est quasiment 19 h.

Pendant tout ce temps du côté de Bellecour le restant de manifestation de Confluence s’est rassemblé et a été repoussé sur Antonin Poncet. Un cortège, sans gilets jaunes visibles ou presque, s’est reformé à la Guillotière à partir de l’escapade d’un groupe de jeunes très mobile qui a fait Bellecour-Saxe puis la Guillotière. Fixation assez étrange sur cette place avec des flics partout. Après un énième coup de pression policier, engagement d’une sorte de cortège sur les voies du tram direction rue de l’Université. Grosse charge des flics, quasiment sur toute la longueur entre le croisement rue de Marseille / Université et le pont de l’Université. Les flics s’arrêtent à l’entrée du pont, balancent quelques lacrymos. Ils laissent passer quelques personnes qui suivent et veulent rejoindre le groupe GJ, puis d’un coup referment et deviennent hostiles (tentatives d’arrestations…). Le cortège finit par se confondre avec les passants au niveau de ce pont, il devient difficile de distinguer ce qui se passe même pour les plus motivés.Le rapatriement sur Bellecour semble le plus logique. Des résidus de cortège passent devant le Sofitel et les flics mettent la pression, ils veulent rentrer chez eux… Ils tapent sur quelqu’un place Antonin-Poncet avant la Poste et lui ouvrent le crâne, il tombe. Impossible de réagir, les flics sont hyper agressifs et se déploient de toute part sur la place, c’est la chasse aux manifestants : mais comment nous reconnaître sans gilet ? Pour la plupart nous arrivons sur la place Bellecour, mais la dispersion, vu le nombre qui reste, est la seule issue. Il est 19 h 30.

13 interpellations selon la presse locale.

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