Assemblée des «gilets jaunes» à Saint-Nazaire: «Il faut s’organiser si on veut rester crédible»

REPORTAGE Environ 700 «gilets jaunes» de toute la France se sont retrouvés à Saint-Nazaire pour trois jours de débat

Julie Urbach

L'assemblée des assemblées des Gilets jaunes a eu lieu du 5 au 7 avril 2019 à Saint-Nazaire
L’assemblée des assemblées des Gilets jaunes a eu lieu du 5 au 7 avril 2019 à Saint-Nazaire — L. Venance/ AFP
  • Une deuxième «assemblée des assemblées», après celle de Commercy en janvier, a démarré vendredi midi à Saint-Nazaire.
  • Des «gilets jaunes» ont planché sur la poursuite du mouvement, et notamment la façon de l’organiser.

Concentré, un petit groupe relit ses notes avant la reprise des débats, qui devaient se dérouler jusqu’à ce dimanche soir. Au fond de la salle, un couple termine son assiette végétarienne tandis que d’autres repartent déjà, les traits tirés et un sac sur le dos. Après plus de deux jours de rencontre à la Maison du peuple de Saint-Nazaire, c’est déjà le moment pour les quelque 700 « gilets jaunes » de toute la France qui ont participé à cette « assemblée des assemblées » de tirer un premier bilan.

La seconde assemblée des
La seconde assemblée des – L.Venance/AFP

Alors que l’acte 21 de samedi a réuni un nombre de manifestants en déclin dans les rues, cette deuxième grande réunion nationale, après celle de Commercy en janvier, a planché sur la poursuite du mouvement, et notamment la façon de l’organiser. « La force des gilets jaunes, au début, c’était son caractère spontané. Mais c’est devenu une faiblesse sur le long terme », reconnaît Ludo, l’un des organisateurs. « Maintenant, il faut avancer, montrer que l’on n’attend pas la bouche ouverte mais que l’on construit, estime Jérôme, 33 ans, venu de Chartres. Ça va prendre du temps, mais c’est indispensable si l’on veut rester crédible. »

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« Aucune idée n’est mise sous le tapis »

Alors qu’Edouard Philippe doit livrer, lundi, les conclusions du Grand débat, l’assemblée des assemblées a formulé ses propres propositions dans un appel, qui doit être diffusé dans la soirée, avant d’être redébattu par les assemblées locales. « Chez nous, tout le monde est écouté, assure Josette, 66 ans, qui « tient » le rond-point d’Herbignac (Loire-Atlantique) depuis le 17 novembre. Chez nous, on sait qu’aucune idée ne sera mise sous le tapis. »

Pas facile, pour autant, de réussir à faire dialoguer les centaines de personnes qui se sont entassées dans ce bâtiment désaffecté, devenu depuis plusieurs mois le QG des GJ nazairiens. Pour que les échanges (autour de thèmes telles que : communication, répression, revendications…) se déroulent au mieux, des « facilitateurs » ont été nommés dans chaque groupe de travail, afin de « poser le cadre ». « Le pouvoir d’achat, l’écologie, le RIC… Sur ces sujets, il n’y a pas de souci, explique Moustapha, enseignant marseillais. Pour le reste, c’est important de rappeler que l’on ne sera pas d’accord sur tout, mais que même les points qui ne font pas consensus seront notés. »

La seconde assemblée des
La seconde assemblée des – L.Venance/AFP

Un troisième rendez-vous prochainement

Parmi ces derniers, les élections municipales suscitent des avis contrastés. Si certains souhaitent pouvoir mettre un bulletin « gilets jaunes » dans l’urne en 2020, ce n’est pas le cas de tous. « Se présenter, ça veut dire jouer le même jeu que les politiques en place », estime Eric, qui prévoit de « boycotter » les prochains scrutins. « Moi je pense que ça serait un atout pour remettre de la démocratie participative dans les communes, avance Clotilde, mère au foyer. Mais les mairies sont tellement dépendantes de l’Etat, que je ne sais pas si ça vaut le coup… » L’alliance avec les syndicats, notamment le 1er mai, a aussi fait débat. Mais parfois, c’est une formulation voire un mot qui ont suscité de longs échanges…

Tous les « copains », qui rejettent «les leaders autoproclamés» se sont en tout cas mis d’accord pour renouveler ce type d’assemblée. La prochaine pourrait être organisée d’ici à deux mois, dans une autre ville de France. «Manifester chez soi est très important mais rencontrer tous ces gens, écouter toutes ces idées, ça remet de l’essence dans le moteur, continue Clotilde, qui devait repartir chez elle, à Montpellier, dans la soirée. Il faut ce genre d’action pour ne pas s’épuiser car j’en suis sûre désormais : on est partis sur un mouvement de plusieurs années. »

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