Nous ne sommes pas dupes : le film de Pierre Thomas et la controverse…

« En acceptant d’être une goutte d’eau, tu deviens océan ». Tel est le très beau titre du film qui accompagne désormais l’Appel de solidarité des artistes, créateurs et créatrices avec les Gilets jaunes. Lancé par le collectif Yellow Submarine et soutenu initialement par 1400 artistes, l’appel a recueilli en quelques jours 22 000 signatures.

La première semaine de ce mois de mai a certainement constitué un tournant dans le mouvement des Gilets jaunes. Si elle a été marquée par la violence de la répression de la manifestation et du cortège syndical du 1er mai – qui a mis à nu, encore un peu plus, l’empire du mensonge, du cynisme et de la manipulation imposé par un pouvoir liberticide -, elle s’est aussi singularisée par la montée en puissance de deux catégories d’acteurs du mouvement social : les enseignants et universitaires, et les artistes. Le monde de l’enseignement et de la recherche d’un côté, celui des artistes et des métiers de la culture de l’autre*.

Le 4 mai paraissaient en effet – presque simultanément, mais sans concertation aucune – deux tribunes. La première a été initiée par le Collectif Gilets Jaunes Enseignement-Recherche. Publié par Mediapart, le texte « Nous accusons » a recueilli en quelque jours plus de 10 000 signatures. On peut continuer à le signer ICI.

La seconde, initiée par le Collectif Yellow Submarine, est parue dans Libération, avec 1400 signatures initiales. Egalement mise à la pétition, cette tribune intitulée « Nous ne sommes pas dupes » a été soutenue à ce jour par 22 000 personnes. L’essentiel de ce texte peut désormais être entendu dans un petit film au titre autant poétique que politique : « En acceptant d’être une goutte d’eau, tu deviens océan ». Un beau film de Pierre Thomas, que j’invite à partager largement sur les réseaux sociaux et par mail à tous vos contacts.

Gageons que chaque signataire de ces pétitions, inconnu.e ou reconnu.e, deviendra vraiment une goutte d’eau qui descendra dans les rues pour grossir le fleuve jaune de la contestation. Jaune, vert, noir et rouge. Et peut-être qu’un jour un Gilet arc-en-ciel recouvrira l’Elysée.

Pascal Maillard

*Il convient de rappeler qu’avait été lancé dès le 12 janvier, à l’initiative de L’Ecole critique de Strasbourg pour l’émancipation, qui anime un séminaire autonome avec des Gilets jaunes, un Appel des universitaires, intellectuels et artistes, intitulé « Nous ne serons pas les chiens de garde de l’Etat ». Il avait recueilli 18 000 signatures. Mais la question qui se pose aujourd’hui est celle du passage d’un soutien moral, intellectuel ou artistique à un engagement physique dans la rue et sur les ronds-points, avec les Gilets jaunes. Passer du soutien virtuel par un clic à l’action concrète est devenu une urgence, au moment où le mouvement historique des Gilets jaunes tend à faiblir sous les coups d’une répression policière et judiciaire inouïe. C’est l’honneur des Gilets jaunes de pas céder devant la terreur d’Etat. C’est l’honneur des poètes, artistes, enseignants et chercheurs de dépasser la peur et de prendre la rue.

Bandes de pourritures…. !! C’est maintenant que l’on s’offusque ? Oh ! Le mouvement a plus de 5 mois et ceux qui sont sensés être « intélligents » et « visionnaires » : les artistes , s’ouvrent a l’information du net comme les fleurs au printemps après une indigestion de bfmerde ?

Vous manquez pas de culot les gars !!  Du sang des larmes et la peur de manifester en risquant de perdre une main , un oeil , une machoire ou un mollet bordel , voilà ce que risque le GG depuis presque 6 mois , et vous , vous rappliquez la gueule enfarinée avec un mignon petit doc sur ce qui ce passe chez nous alors que c’est  devant vos gueules de colabos au pire ou d »aveugles au mieux depuis près de 6 mois ! Bordel les artistes c’est une manie chez vous de sortir du bois juste après ?

« Allo place Beauvau ?C’est pour un signalement… » ! ça vous parle un peu ou vous êtes aussi bouchés que mon chiotte au lendemain d’une soirée choucroute ?

Dites moi les trous d’ balles , le gouvernement n’aurait t’il pas un projet de loi sous le coude contre les intermitents ou contres vos revenus qui aurait fuiter jusqu’a vos oreilles ? Il doit vraiment y avoir une bonne raison pour que vous sortiez le bout du bez juste avant la floraison de vos minables tubes d’été , vos bests sellers pour ado attardés ou vos comédies a deux bals avec un chti a l’affiche d’un film ou il baiserai le fisc !!

Allez y , faites votre chanson « subversive » , votre doc « anti gouvernemental » et vos débats foireux chez Anouna le futur Prix -No brelle- de l’imposture. L’histoire se souviendras comme pour  la révolution , la commune , la libération et les manifs GG que vous avait brillez par votre absence et votre mépris du citoyen , et que , a part Médiapart , 2 ou 3 Artistes , et 2 ou 3 Journalistes et Intelectuels ,  vous n’avait rien fait d’autre que de nous cracher a la gueule

Sautez de votre bateau a la dérive infesté de la peur de perdre vos publics , vous ne risquez rien il n’y a que quelques brassées avant de toucher la côtes . Mouillez vous les pieds jusqu’aux genoux , arriver sur la plage enjambez les corps des GG , soutenez ceux et celles encore debout , soignez les , essuyez leurs larmes de sang et ensuite , mais seulement ensuite créez vos oeuvres dissidentes sur leur dos courbés par la misère et le combat  !

Je ne vous salut pas… mais… malgré tout , soyez les bienvenus !!!

Je comprends le coup de gueule et la colère, même si je pense qu’on pouvait dire tout ça sans les insultes qui n’apportent rien. Oui, les prises de position et la solidarité sont très tardives. Oui, il faut appeler ces secteurs professionnels à se mouiller davantage et à avoir le courage de descendre dans la rue. Mais on ne peut pas dire que les initiateurs et les signataires de « Nous ne sommes pas dupes » sont dans le mépris ou auraient passé leur temps « à cracher à la gueule » des GJ. C’est faux. D’autres peut-être, mais pas elles, pas eux. D’une part ce ne sont pas deux ou trois artistes ou enseignants qui sont engagés dans le mouvement depuis le début, mais au moins quelques centaines. Les plus politisés et/ou les plus précaires comme j’y insiste dans un commentaire ci-dessous. D’autre part la violence hallucinante de la répression et la com’ de la terreur imposée par le gouvernement et les médias en ont mis beaucoup sur une position de prudence, ce qui peut se comprendre humainement. Tout le monde n’a pas le courage des GJ les plus déterminés. Mais justement ce courage incroyable des GJ, c’est une motivation supplémentaire pour dépasser la peur et s’engager vraiment. La peur a peur quand on la regarde dans les yeux.

Si je vous réponds c’est aussi parce que je pense que vous posez une vraie question. Cette question est un élément du débat en cours sur plusieurs listes. Je copie ci-dessous un message d’un initiateur du collectif Yellow Submarine. J’anonyme parce que je ne me sens pas le droit d’engager l’auteur, même si le texte circule sur les réseaux sociaux et plusieurs listes. Il permet de comprendre un peu mieux la complexité de la position des artistes face au mouvement. Mais, encore une fois, une chose est claire pour moi et c’est ma position : exprimer sa solidarité avec les Gilets jaunes, les soutenir, « se mettre à leur service » comme disent certains, c’est important, mais ça ne suffit pas! Il faut s’engager!

 

Message de X du  collectif Yellow Submarines

« Bonsoir à toutes et à tous,
Je m’excuse par avance de la longueur de mon message mais il est important.
Je suis un de ceux qui a initié le collectif Yellow Submarines et l’appel des 1400 personnes des métiers de la culture que vous avez vu passer ce week end dans la presse. 
Vous ne me connaissez pas et c’est bien normal car je suis comme nombre des signataires de cette tribune, une petite main du secteur de la culture. Je suis scénariste, c’est à dire en bas de l’échelle du processus audiovisuel. En tant qu’auteur, je ne suis pas salarié, n’est pas droit au chômage ni aux congés payés. J’écris des histoires que tout le monde voit mais moi je suis invisible aux yeux du public. 
Ceux avec qui j’ai crée ce collectif sont comme moi, des gens qui bossent dans le secteur culturel sans être des vedettes.
Certains d’entre nous sont des GJ qui descendent depuis le 17 novembre.

Pourquoi avoir lancé cet appel ? Pourquoi maintenant ?

Une première réponse que je pourrais vous faire est de vous raconter comment moi j’ai vécu ces 6 derniers mois.

Dès le 17 novembre, j’ai été sidéré par la déterminations des GJ, fasciné et admiratif. J’avoue ensuite avoir eu la trouille de descendre en voyant la violence des flics dès les premières manifs. Mais j’ai bien compris ce qui se jouait et j’ai immédiatement et ouvertement soutenu le mouvement.
Mais je ne savais pas si je devais descendre. Je ne savais pas si j’étais un GJ. Étais-je légitime ? Donc j’ai continué à soutenir, à poster, à débattre à essayer de convaincre que les GJ nous rendaient le service du siècle sans aucun doute.

Ça n’est pas à vous que j’apprendrais ce que cela m’a valu en termes de moqueries, leçons, engueulades, ect… mais je n’ai jamais plié, convaincu que le combat des GJ était juste. J’ai continué à suivre les manifs, à m’informer et à informer autour de moi sur ce qu’il se passait mais le silence était glaçant, terrifiant, assourdissant. Je m’attendais à ce que des grands noms de mon secteur prennent la parole. Un grand réalisateur, une grande actrice… mais non, rien ! 
Puis il y a eu l’histoire de Christophe Dettinger. Là j’ai bondi en voyant que ce héros allait payer pour l’exemple. J’ai pris mon téléphone et commencé à remuer ciel et terre dans mes contacts afin de lancer un appel à tous les artistes, stars ou inconnus, à protester contre cette arrestation politique grossière. Mais nous sommes dans un métier difficile, où les gens craignent parfois d’être blacklistés et de ne plus jamais travailler s’il prennent des positions politiques trop marquées. 
Le temps passait et j’étais catastrophé de me dire que mon secteur professionnel, qui est censé réfléchir sur la vie, la société et la politique, qui se sert de ces choses comme matière, qui se sert de l’humain comme matière, était plongé dans la léthargie. J’avais honte, de moi et de mes confrères aussi. Où étaient donc passées nos belles idées et nos convictions ?
Puis il y a eu l’armée dans les rues. Là, c’est la première fois que j’ai décidé de descendre aussi, la coupe était pleine pour moi. Et depuis, je descend à chaque acte.

Certains comme moi, avaient le courage de s’exprimer, aussi j’ai trouvé un camarade pour m’aider, puis deux, puis trois et cela nous a pris beaucoup de temps. Trop de temps. Mais nous sommes quand même parvenus à regrouper un petit noyau de personnes et nous avons mis en commun nos savoirs et réseaux pour lancer cet appel le plus largement possible au sein de notre secteur et mobiliser les gens.
Notre démarche a été la suivante : rompre le silence du monde culturel sur ces évènements historiques que les GJ ont provoqués. Et aussi faire de la contre-propagande pour répondre aux mensonges et accusations ignobles du gouvernement et de ses sbires, éditorialistes et philosophes de caniveaux, à propos des GJ. 
Nous avons donc, volontairement, joué le jeu de leur société du spectacle pour les frapper de l’intérieur et démontrer ainsi que les accusations étaient de la manipulation. 
Qui penserait que des actrices césarisées, un compositeur oscarisé, des autrices qui ont reçu des prix Femina ou encore un chevalier des arts et des lettres détenteur de la légion d’honneur soutiennent des cannibales, mangeur d’enfants ou que sais-je encore ? 
Nous nous sommes dit que ça ferait réfléchir les endormis et que ça pourrait aussi réchauffer le coeur de ceux qui luttent dans des combats de rues de plus en plus violents chaque samedi depuis tous ces mois.

Quand nous lisons le fiel des articles des tabloïds ou quand nous analysons la façon dont la presse macronienne à présenté l’appel, en ne mentionnant que Juliette Binoche et Emmanuelle Béart en en occultant complètement la réalité des 1300 signataires qui sont de simple travailleurs anonymes, nous comprenons bien les réactions de certains GJ ou même celle de Michel Onfray, homme brillant par ailleurs, qui est tombé dans le piège tendu par les médias aux ordres. Ils se sont bien gardés de dire que Denis Robert, qui a risqué sa vie pour dénoncer des scandales financiers, signait aussi cet appel (des quatre mains selon ses termes). Ils ont tout fait pour le décrédibiliser.
Nous nous attendions à cette riposte évidente de la macronie.
Plutôt que de faire une conférence de presse pour nous en expliquer devant la presse gouvernementale, nous avons préféré venir parler avec les GJ ici et de répondre à vos questions et critiques ici. 
N’hésitez pas.
Sachez, en outre, que nos actions au sein du mouvement ne s’arrêteront pas à une simple déclaration d’intention, nous irons au bout et descendrons jusqu’à la victoire ou la défaite. Et nous utiliserons nos ressources, nos savoirs et nos talents pour soutenir les GJ, car nous sommes des GJ !

Fraternellement
X pour le collectif Yellow Submarines »

 

Mais ne soyons pas dupes…

En Pologne, Juliette Binoche fait de la pub pour une banque. En France, elle soutient les gilets jaunes. Voilà pourquoi ces bobos donneurs de leçons nous insuportent. On n’est pas dupe de leur cynique double-jeu.

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