Lettre d’Espagne d’un camarade: De retour du Covid catalan

De retour du Covid catalan

FLORENSON Gérard

dim. 23 août

Ce qui est vrai – mais attendons la suite dans notre pays – c’est qu’après la fin du confinement et de l’état d’alerte il y a un regain de cas de contamination, heureusement sans envolée proportionnelle des hospitalisations et des décès. La population touchée est plus jeune qu’au printemps et les tests sont plus nombreux, ce qui explique aussi le nombre de cas signalés. Le suivi des « clusters » est bien amélioré. En revanche, pas plus qu’en France la leçon n’a porté quant à une indispensable rupture rapide avec les politiques d’austérité dans le secteur santé.Selon la presse française la péninsule ibérique et singulièrement la Catalogne sont ravagées par une deuxième vague de coronavirus. Sans doute faut-il faire la part des fantasmes (le mal vient toujours de l’étranger) et du souhait de voir les Français claquer leur pognon dans les sites touristiques nationaux plutôt que sur la Costa brava, mais la situation est vraiment préoccupante, disons un peu plus (guère plus) qu’en France. Bon, je viens d’y faire un séjour de six semaines dans ma maison assez confortable dans le delta de l’Ebre, je ne suis pas malade mais j’ai suivi de près l’actualité et la vie locales. Je repars samedi prochain pour quinze jours.

Une partie non négligeable des nouveaux cas vient des secteurs agricoles et agro-alimentaires où les conditions de vie et de travail des saisonniers sont horribles, le matériel de protection insuffisant voire inexistant, le logement est honteux et l’hygiène impossible. Ce n’est pas une exception espagnole, des abattoirs allemands aux vergers de Provence on retrouve ces situations indignes. Ce serait le plus facile à corriger s’il y avait une volonté politique mais on laisse perdurer les abus au nom de la « compétitivité » : améliorer la situation sociale et sanitaire augmenterait les coûts de production, les salariés peuvent crever pour « relancer l’économie » !

Mais au nom de l’économie, singulièrement du secteur touristique, il ne faut pas davantage entraver l’activité des bars, restaurants, hôtels et boîtes de nuit en imposant des normes de sécurité (masques, distanciation). Certains les respectent, d’autres bien moins. C’est la liberté du commerce… Les tentatives nationales ou locales d’imposer des horaires plus serrés et une moindre affluence se heurtent à des manifestations patronales contre la « ruine du pays ». C’est très marqué dans l’Etat espagnol où les bars, bien moins chers qu’en France, sont très fréquentés, d’une part par la population locale, de l’autre par des touristes dont certains sont plus attirés par l’alcool pas cher que par les musées.

Cependant il est d’autres risques moins faciles à maîtriser par des décrets bien rédigés et appliqués, je parle des « clusters familiaux » qui ont pris une grande importance. L’idée est répandue qu’on ne risque rien avec des membres de sa famille même éloignée ni avec de vieilles connaissances. J’ai vu des voisins qui portent le masque et respectent les distances au boulot et dans la rue (c’est obligatoire et assez bien respecté) oublier toute précaution dans le milieu familial ou avec des amis. Or on assiste à de nombreuses contaminations de personnes âgées par des adolescents et de jeunes adultes. Cela semble aussi une menace en France et on ne peut lutter contre qu’avec beaucoup d’explications, ce serait plus utile dans l’immédiat que de spéculer sur la fin de la pandémie.

Tout ce que je raconte laisse de côté ce que je ne vis plus directement, la situation et les risques sur les lieux de travail comme dans les transports publics. Les injonctions à faire redémarrer l’économie sans tarder traduisent un réel mépris : nos vies valent moins que leurs profits, et cela dans tout le monde capitaliste, développé ou moins.

Quelle morgue aussi quand on impose le masque aux élèves et qu’on en laisse le coût à la charge des familles ! Mais le gouvernement espère sans doute que les collectivités locales se substitueront à lui… Voilà qui mérite une révolte de grande ampleur.

Je n’en écris pas plus. Vous êtes davantage au fait que moi de ce qui se passe sur le terrain. Je suis toujours là et j’espère de bonnes nouvelles de votre part.

Salut et fraternité.

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