Editorial du 31 janvier 2021. Crise sanitaire et crise de régime en France sont en train de faire cocktail.

Nouvel article sur Arguments pour la lutte sociale

A partir du moment où M. Delfraissy, « président du Conseil scientifique Covid 19 », dimanche dernier, a suggéré qu’un reconfinement massif est inévitable et parlé des virus variants comme d’une « nouvelle pandémie », le président Macron a disparu.

C’était la grève générale qui avait fait « disparaître » de Gaulle à Baden-Baden, pendant deux jours. Le professeur Delfraissy a fait disparaître Macron pendant bientôt plus d’une semaine.

Avec une autre différence : le président disparu tweete. Comme Trump et alors même que Joe Biden, outre-Atlantique, prend soin de ne plus tweeter ! Il tweete donc que « le vaccin est comme une Tesla », que « la France n’a rien à voir avec la Nouvelle-Zélande », qu’il fait « confiance aux Français », et que le moment actuel est « crucial ». Quelles pensées profondes ! Et la synthèse de ces tweets est réservée à la presse étrangère, vendredi soir, après que le premier ministre ait fait une déclaration solennelle et impromptue, stoppant les émissions télévisées, pour nous dire que les très grands magasins non alimentaires seraient fermés, qu’il est interdit de voyager hors UE ainsi que dans l’outre-mer sans motifs « sérieux », et que la police va patrouiller pour faire respecter le couvre-feu (ce couvre-feu dont certains épidémiologistes suggèrent que ses effets seraient assez contre-productifs …). Scrogneugneu !

Tout le monde déplore l’« infantilisation » du peuple, mais aussi des décideurs et acteurs censés mettre en œuvre les décisions et les non-décisions des sommets, et le désordre que suscitent, de plus en plus, leurs ordres. L’absence de tout débat démocratique sur les choix de politique sanitaire, le refus de toute transparence sur les éléments qui fondent les décisions qui sont prises, les rendent a priori illégitimes et menacent de faire exploser la société. Le bonapartisme jupitérien et la santé publique sont incompatibles, et cela se voit.

Il n’empêche que les représentants des oppositions parlementaires ainsi que les « partenaires sociaux », responsables confédéraux des syndicats de salariés en tête, sont conviés à Matignon pour avaliser les mesures secrètes déjà prises ou non-prises, et pour mener des « rencontres bilatérales sur une dizaine de jours pour préparer la conférence sociale de mars », selon Matignon ! Et qu’une caricature de débat est concédée à la caricature d’assemblée nationale, en début de semaine prochaine. Cette farce serait réglée par l’article 50-1 de la constitution, introduit sous Sarkozy en 2008 pour, voyez-vous, conforter le rôle du parlement : le gouvernement peut faire au parlement « une déclaration qui donne lieu à débat et peut, s’il le décide, faire l’objet d’un vote sans engager sa responsabilité » ! Cause toujours (avec mon autorisation), tu m’intéresses (ou pas) !

Tout débat démocratique réel est ainsi subtilisé par la verticalité des décisions, alors même que cette verticalité engendre le chaos : les propos de Macron, Casteix, Véran, Blanquer, Darmanin …, du « conseil de défense » et du « conseil scientifique » deviennent autant de spasmes et de couacs anxiogènes, alors qu’un gouvernement démocratique appellerait à la mobilisation d’en bas contre l’épidémie, restaurant les budgets hospitaliers et réquisitionnant l’industrie pharmaceutique.

C’est le même pouvoir qui, par les lois « Sécurité globale », « confortant les principes de la République » et les décrets de début décembre légalisant le fichage des opinions politiques, syndicales et religieuses, s’en prend aux lois et acquis démocratiques qui ont jusque là relativement bridé l’autoritarisme de la V° République.

« Partenaires sociaux », dirigeants des confédérations syndicales CGT et CGT-FO en tête, et opposants parlementaires du flanc gauche : vous pouvez tant et plus dénoncer l’infantilisation des Français et, pour certains d’entre vous, préparer votre campagne de 2022, mais ce que vous faites en participant à ces mascarades, c’est de permettre à ce pouvoir de continuer alors qu’il est dangereux pour toutes et pour tous, et tout de suite. Les plans de licenciements arrivent, l’école est à genoux et ne tient que par l’attachement des familles, des élèves et des personnels à la faire tenir, l’hôpital public pire encore, les libertés sont menacées et la santé publique est en danger, le cap est mis sur les 100.000 morts.

L’impotence de ce régime est là. La rupture du « dialogue social », la rupture avec ce président, ce gouvernement, cette fausse assemblée, ce régime, maintenant : voilà l’intérêt général.

Les grévistes de TUI, de Grandpuits, les surveillants et enseignants qui ont fait grève dans les lycées et collèges, indiquent cette direction. Le réalisme, c’est la confiance dans le fait que c’est cette direction que recherche la grande majorité.

31-01-2021.

aplutsoc | 31 janvier 2021

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