Manifestation anti-bassines : ce qu’il faut retenir du rassemblement dans les Deux-Sèvres

Sainte-Soline

Un cortège de milliers de manifestants s’est rassemblé, ce samedi 29 octobre, à Sainte-Soline dans les Deux-Sèvres. Les opposants sont venus dénoncer un projet de réserves pour l’irrigation. Le rassemblement a été interdit par la préfecture mais les manifestants ont maintenu le mouvement.

Des heurts ont éclaté samedi dans la campagne des Deux-Sèvres lors d'une manifestation de milliers d'opposants à un chantier de "mégabassine"
Des heurts ont éclaté samedi dans la campagne des Deux-Sèvres lors d’une manifestation de milliers d’opposants à un chantier de « mégabassine » © Maxppp – PHOTOPQR/LE COURRIER DE L’OUEST

Des milliers de manifestants se sont rassemblés en bordure de Sainte-Soline, dans les Deux-Sèvres, ce samedi, à l’appel du collectif « Bassines Non Merci ». Ils protestaient contre le projet de construction de 16 réserves d’eau pour l’agriculture, le long de la Sèvre niortaise. Un cortège, divisé en trois équipes, est parti à 14 heures en direction de la bassine avec pour objectif de pénétrer dans le chantier. Selon une source proche du dispositif de sécurité à l’AFP, 3.000 à 4.000 opposants étaient sur place.

Des heurts lors de la manifestation

Des heurts ont éclaté samedi dans la campagne des Deux-Sèvres entre les manifestants et les forces de l’ordre. 1.600 gendarmes étaient mobilisés. Les affrontements avec les gendarmes ont commencé en début d’après-midi. Ces derniers ont subi des jets de projectiles et ont répliqué avec des tirs de gaz lacrymogènes. Les forces de l’ordre voulaient empêcher l’accès au chantier. Des élus arborant leur écharpe tricolore ont été molestés, notamment la députée écologiste de la Vienne, Lisa Belluco, selon un photographe de l’AFP.

Des grilles du chantier de la réserve d’eau ont été forcées par les manifestants, a indiqué la journaliste de France Bleu Poitou sur place. Les manifestants sont rentrés sur le chantier avant d’être repoussés rapidement par les forces de l’ordre. Après un face-à-face tendu d’environ une heure au bord de la réserve, les manifestants ont fait demi-tour vers le champ prêté par un paysan pour qu’ils puissent y installer un campement. En fin d’après-midi, les 1.600 gendarmes mobilisés continuaient pour leur part à encercler le chantier. Selon une source proche du dispositf de sécurité à l’AFP, entre 3.000 et 4.000 opposants étaient place.

Des blessés et des interpellations

Ce samedi soir, le ministre de l’Intérieur annonce, dans un tweet, que 61 gendarmes ont été blessés « dont 22 sérieusement« . « Ce chiffre démontre que ce n’était pas une manifestation pacifique mais un rassemblement très violent » assure le ministre. Plus tôt dans la journée, la préfète des Deux-Sèvres déplorait « cinq gendarmes blessés » et « deux blessés parmi les manifestants ». Quatre personnes ont également été interpellées, toujours selon la préfecture. « Nous constatons face aux forces de l’ordre de violents tirs de mortiers, des cocktails Molotov et des jets de projectiles divers », avait-elle précisé. « C’est bien une manifestation violente qui a pour but de commettre des infractions », avait-elle ajouté. Côté manifestants, une trentaine de personnes ont été blessées, dont dix prises en charge par les pompiers et trois hospitalisées, selon le collectif « Bassines Non merci ».

Les gendarmes ont dégainé le gaz lacrymogène pour repousser les manifestants.
Les gendarmes ont dégainé le gaz lacrymogène pour repousser les manifestants. © Radio France – Sarah d’Hers
Les manifestants, avant le départ.
Les manifestants, avant le départ. © Radio France – Sarah d’Hers

Des figures écologistes dans le cortège

Sandrine Rousseau, Yannick Jadot et la député EELV de la Vienne Lisa Belluco sont sur place pour soutenir les manifestants. Ces derniers se sont rassemblés autour des membres du collectif « Bassines Non Merci ! », les organisateurs.

Les manifestants se rassemblent avant de partir vers la bassine.
Les manifestants se rassemblent avant de partir vers la bassine. © Radio France – Sarah d’Hers

« Très clairement Macron soutient un projet écocidaire, affirmait le porte-parole du collectif, Julien Le Guet avant le départ de la manifestation. Un projet du XXème siècle. Penser qu’on peut résoudre un problème aussi important que celui de l’eau, en la stockant dans du plastique, et [en la pompant] avec de l’énergie nucléaire, dont on sait qu’elle sera manquante en plus cet hiver. Ça ne peut pas tenir. » « On est le 29 octobre, c’est sec partout, c’est aberrant d’accaparer toute l’eau disponible pour quelques cultivateurs de maïs », a dénoncé l’eurodéputé Yannick Jadot

Trois groupes ont ensuite pris la direction du chantier de la bassine.

« Maïs pour tous, justice nulle part »

Les opposants au projet dénoncent un « accaparement de l’eau » destiné à l' »agro-industrie ». « Maïs pour tous, justice nulle part » pouvait-on lire sur l’immense chapiteau jaune qui trône au milieu de ce camp constellé de barnums montés par différentes organisations déterminées à se rendre à partir de la mi-journée près du chantier de la « bassine ».

Un manifestant, ce samedi midi.
Un manifestant, ce samedi midi. © Radio France – Sarah d’Hers

Ces cratères à ciel ouvert, recouverts d’une bâche en plastique, sont remplis grâce au pompage de l’eau des nappes phréatiques superficielles l’hiver et peuvent stocker jusqu’à 650.000 m3 (soit 260 piscines olympiques). Cette eau est utilisée pour l’irrigation l’été, quand les précipitations se font plus rares. Sainte-Soline est la deuxième d’un projet de 16 réserves de substitution élaboré par un groupement de 400 agriculteurs réunis dans la Coop de l’eau, pour « baisser de 70% les prélèvements en été », dans cette région encore soumise à des restrictions d’irrigation après une sécheresse estivale hors norme.

1.600 gendarmes mobilisés

La préfecture des Deux-Sèvres a sorti l’artillerie lourde en matière de sécurité : 1.600 gendarmes étaient mobilisés pour encadrer cette manifestation non-autorisée. « Par le passé, les collectifs qui ont organisé ce type de manifestation ont montré qu’ils organisaient en même temps des violences, qu’ils s’en prenaient aux forces de l’ordre et qu’ils n’hésitaient pas à dégrader une partie des installations agricoles qui se trouvaient sur leur chemin », a justifié la préfète Emmanuelle Dubée.

Environ 200 élus, avocats ou professeurs ont dénoncé un manquement à « la liberté fondamentale de manifester » dans une tribune publiée par Libération. Parmi les signataires, des élus insoumis ou écologistes comme Mathilde Panot, Clémentine Autain, Alexis Corbière ou Yannick Jadot.

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