En France, la colère des agriculteurs ne cesse pas

PHOTO CLAUDE PRIGENT / LE TELEGRAMME. RENNES (35) : Opération de grande ampleur des agriculteurs ( cochon , lait etc ) ce mercredi à Rennes. Dès 11 h, près de 500 tracteurs et une centaine de remorques ont bloqué la rocade de la ville pour manifester contre les prix trop bas .

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7 février 2024

Les manifestations se multiplient dans plusieurs pays européens, témoignant de l’échec de la Politique agricole commune (PAC). Cette colère paysanne est particulièrement virulente en France, mobilisant des dizaines de milliers d’agriculteurs avec des moyens d’action inédits à cette échelle : des barrages routiers qui empêchent l’accès aux villes et menacent de bloquer Paris. La panique s’empare du gouvernement, qui craint la paralysie de l’activité économique et que d’autres secteurs se joignent au combat.

Les raisons de la révolte des agriculteurs français sont similaires à celles de leurs homologues d’autres pays. La majorité ne gagne pas suffisamment de son travail pour vivre, malgré des aides et des subventions compliquées et parfois opaques, qui ne profitent pas à ceux qui en ont le plus besoin. Ce qui est clair, c’est que les revenus des ventes, même majorés de subventions, ne couvrent pas, ou pas suffisamment, les coûts de production. Cela est vrai pour la plupart des agriculteurs, mais pas pour tous, car une minorité de grands agriculteurs réussissent bien !

Voici les faits. Quelles en sont les causes ? Les agriculteurs se trouvent entre deux feux : avant de produire, ils doivent supporter le poids de l’industrie (prix des intrants, des semences, des machines, de l’énergie), des finances (endettement élevé) et des impôts de l’État, dont ceux du diesel à usage professionnel. Dans la phase suivante, ils n’ont aucun contrôle sur leurs prix de vente, qui sont poussés à la baisse par l’industrie agroalimentaire, les supermarchés, les grossistes et les exportateurs, qui réalisent des bénéfices à leurs dépens. Bref, les capitalistes mangent le fruit de leur travail.

Ne pas monter les agriculteurs les uns contre les autres

Cette tragédie n’est pas exclusive à la France. Partout en Europe (et ailleurs), les gouvernements ont répondu aux difficultés croissantes auxquelles sont confrontés les agriculteurs en augmentant la productivité agricole, dans une optique de « compétitivité ». Les conséquences : des exploitations agricoles moins nombreuses et plus grandes, la suppression des petites structures, provoquant des faillites et parfois des suicides, et une ruée vers les investissements qui conduisent à un endettement insupportable. La politique agricole européenne a joué son rôle dans l’éradication des pratiques agricoles traditionnelles, telles que les semences de ferme, obligeant les agriculteurs à s’approvisionner auprès de grandes entreprises.

Mêmes exploiteurs, même combat ? Cela devrait être évident, d’autant plus que les groupes capitalistes qui volent les agriculteurs n’ont pas de patrie, ils investissent dans un pays ou dans un autre ou se retirent en fonction de leurs bénéfices (par exemple Danone, qui ferme son usine en Catalogne). Danone, Unilever, Nestlé, les cinq géants céréaliers qui monopolisent le commerce du blé : l’ennemi est identifiable. L’ennemi de l’agriculteur français n’est pas l’agriculteur espagnol ou allemand, vers lesquels on voudrait détourner sa colère.

Le pain quotidien du Rassemblement National et de ses homologues

Dans cette situation mouvementée, l’extrême droite avance ses pions en ciblant les responsables supposés du malheur des agriculteurs (bureaucratie, impôts, contrôles, écologistes, restrictions sur les pesticides, etc.) avec de fausses réponses mêlant démagogie nationaliste et libéralisme à l’indignation. Ces plaintes pardonnent les finances, la grande distribution et l’industrie. En France, la droite traditionnelle – y compris le Gouvernement – s’accroche à cette ligne pour ne pas la laisser au Rassemblement National, dont elle ne diffère que par sa prudence face au protectionnisme.

La gauche réformiste et bourgeoise n’a pas grand-chose à dire. Il reconnaît la légitimité de la colère paysanne, mais n’a pas de réponse crédible en raison de son refus de remettre en question et de confronter le capitalisme. A sa manière, il défend la « compétitivité des exploitations françaises », slogan privilégié par le gouvernement, mais qui peut se traduire dans n’importe quel pays par « fermes allemandes », « fermes italiennes », etc. vos voisins s’ils veulent prendre des parts de marché à la concurrence.

Ainsi, dans tous les pays, la droite dite modérée et la fausse gauche ouvrent la voie à l’extrême droite, qui apparaît plus déterminée et paradoxalement plus concrète, avec des revendications toujours négatives (il faut y mettre un terme…) et des slogans creux sur la fin des importations, mais qui flattent la base paysanne en lutte.

La paysannerie n’est pas homogène

La FNSEA, pseudo-syndicat qui cherche à défendre les agriculteurs pauvres tout en cotisant au MEDEF, l’organisation patronale, met l’accent sur l’unité du monde paysan, prétendant le représenter exclusivement. C’est le premier mensonge qu’il faut combattre, car il sert à mobiliser les petits producteurs, qui sont les plus nombreux, pour la défense de causes qui ne leur appartiennent pas et qui vont même souvent à l’encontre de leurs intérêts. Prenons par exemple l’élevage industriel, avec ses méga-fermes, ses projets agricoles de mille vaches ou plus, le pompage des réserves d’eau, le gigantisme et la concentration qui éliminent les moins performants, ceux qui ne peuvent pas rivaliser avec les prix. La France ne fait pas exception non plus.

En todos los países encontramos la misma retórica: la competencia extranjera es intrínsecamente desleal, no respeta ni los derechos sociales ni las normas medioambientales: en Francia denunciamos a los viticultores y productores de frutas y hortalizas españoles, en España denunciamos a los citricultores de los países du Sud. Pour rester compétitifs, nous devons être capables d’exploiter davantage les travailleurs et de polluer sans entrave. Malheureusement, c’est un argument que l’on retrouve dans les manifestations actuelles, diffusées par l’extrême droite : comme on ne peut guère penser à un protectionnisme total, nous devons nous aligner sur les normes sociales et écologiques les plus basses.

Logiquement, la dénonciation de la « bureaucratie » et des contrôles est reprise avec enthousiasme aussi bien par l’extrême droite que par la droite dite modérée. Elle s’accompagne de déclarations de haine contre tous ceux qui défendent l’environnement, et se conjugue souvent avec le déni : changement climatique, sécheresse, risques sanitaires liés aux pesticides… tout est faux et participe d’un complot contre l’environnement. , qui sont soumis à plus de restrictions que ceux des autres pays.

Une politique révolutionnaire, un programme d’urgence

Rien de nouveau sous le soleil pour les marxistes révolutionnaires qui savent que tout ce qui bouge n’est pas rouge et que la radicalité du mouvement ne garantit pas son caractère progressiste, même si la colère est justifiée. La petite bourgeoisie est une catégorie sociale hétérogène qui possède ou croit posséder ses moyens de production, dans une position économique intermédiaire entre la haute bourgeoisie exploiteuse, à laquelle elle ne peut aspirer, et le prolétariat, qu’elle craint en même temps. car il est jaloux des conquêtes qu’il a obtenues grâce à ses luttes. Une catégorie hétérogène : dans le cas des agriculteurs, non seulement il existe d’énormes disparités de revenus, mais il faut aussi distinguer les exploitations familiales de celles qui emploient des travailleurs permanents ou saisonniers.

Il ne faut surtout pas oublier le prolétariat agricole : ceux qui travaillent dans les grandes exploitations d’élevage, dans la viticulture et la production de fruits et légumes, mais aussi ceux qui travaillent dans les industries agroalimentaires et pour les entreprises qui effectuent de plus en plus le travail du sol, la plantation et la récolte en agriculture à grande échelle. Ceci est d’autant plus important que les commentaires sur la révolte des agriculteurs n’en parlent jamais, sauf comme l’un des « fardeaux » qui entravent la compétitivité. Dans tous les pays, ces salariés sont parmi les moins bien payés et les moins bien couverts par la protection sociale, avec une mention particulière pour les intérimaires.

Mais si nous ne voulons pas que l’unité des agriculteurs et des travailleurs reste un slogan creux, nous devons répondre à l’angoisse de la majorité des agriculteurs, ceux qui ne sont ni exploiteurs ni riches et qui expriment leur colère et leur consternation. Nous devons leur tendre la main, rechercher patiemment le dialogue et montrer qui est véritablement responsable de leur misère.

A une époque où l’alternative entre fascisme et révolution prolétarienne était clairement posée, et où la question décisive était de savoir de quel côté une petite bourgeoisie désespérée pouvait pencher, le programme de transition de 1938 traitait de la politique du prolétariat à l’égard de la paysannerie. D’où l’importance pour le parti révolutionnaire de « donner des réponses claires et concrètes » : « Tant que le paysan reste un petit producteur « indépendant », il a besoin de crédit bon marché, de prix accessibles pour les machines agricoles et les engrais, de conditions de transport favorables et d’une organisation honnête. pour la vente de produits agricoles ». N’est-ce pas très actuel ?

Phrase suivante : « Cependant, les banques, les trusts et les commerçants pillent partout les paysans. » Il s’ensuit qu’aujourd’hui comme hier, aucune amélioration réelle et durable de la situation de la majorité des paysans n’est possible sans maîtriser les pilleurs et sans les exproprier.

Sur ces bases, les marxistes révolutionnaires doivent présenter un programme d’urgence, dans tous les pays et au moins à l’échelle européenne.

Gérard Florenson

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