Jean-Mau en prison !

Texte lu devant le TGI de Digne-les-Bains, le 6 février 2024, à 14 h et en public avant que ne soit prononcé le verdict concernant les 2 « gardiennes de la Montagne de Lure », Sylvie et Claudine.

 

Bonjour à tous.

 

En entame qu’il me soit permis d’indiquer aux forces de l’ordre, ici présentes, que leurs revendications ne peuvent qu’être satisfaites par un pouvoir aux abois d’avant JO, dont la tenue n’est en rien garantie à ce jour.

Nous attendons ici le verdict portant sur l’action en défense environnementale de terres communales de la Montagne de Lure sur la commune de Cruis au Jas d’Aubert, de nos amies Claudine & Sylvie.

Le saccage par une société privée, Boralex, adossée au groupe Eiffage, porte sur 30 ha, voies d’accès, tranchées de raccordement au réseau électrique & périmètres de sécurité compris.

20.000 panneaux vont esquinter le champ de vision de Montlaux, fournissant de l’électricité à 12.500 personnes. Marc Chapuis, le Préfet désigné par Paris comme accompagnateur de moyenne montagne de Boralex/Eiffage trouve insuffisants les 700 ha de terres voltaïques programmés dans nos Basses-Alpes.

Les 180.000 € annuels de recettes municipales liées à la location voltaïque d’un bout de montagne, sur Cruis, aboutiront très vite, n’en doutons pas, à la diminution d’autant & à l’€uro près des dotations de l’état.

Privatisation des recettes,  gestion de notre eau offerte aux actionnaires de la SEM VEOLIA & généralisation rapide de l’Intelligence Artificielle exécuteront nos secrétariats communaux. C’est un secret de polichinelle, les mairies des plus petites communes seront remplacées par des bus itinérants.

Revenons à ces centrales voltaïques implantées en destruction d’espaces naturels vivants. 700 ha, cela ne représente pour le département qu’une surface de 8 cm sur 8 ramenée à la surface d’un appartement de 100 m2, estime Marc Chapuis. Comparer un territoire de montagne à la platitude immobilière d’un appartement bourgeois en dit long sur la culture préfectorale.

700 ha de voltaïque permettent la fourniture en électricité d’environ ½ Million de personnes. Le triple de la population départementale.

Entre les lignes électriques, la véritable ambition préfectorale parisienne porte sur 3500 ha voltaïques dans nos Basses-Alpes à moins de 10 ans : c’est-à-dire du courant pour plus de 2, 5 Millions de citoyens consommateurs, essentiellement concentrés dans les métropoles.

Tous , nous sommes inquiets de notre approvisionnement en eau. A court terme & tout le long du bassin de la Durance. Le Pdt Macron s’est engagé à faire planter 1 Milliard d’arbres avant 2030 par nos écoliers, de préférence en uniforme. Mais par le Préfet Chapuis il assure la protection de la Gendarmerie à des multinationales gorgées de subventions en transition  écologique, pour qu’elles arrachent, ici, tous nos arbres et taillis sur leur passage.

Le saccage de la Montagne de Lure est irrémédiable. Par sa flore et sa faune elle cessera de jouer pleinement, pour nous les humains, son rôle régulateur de la vie. Lure sera de moins en moins notre climatiseur naturel estival. Tout aussi « naturellement » notre château d’eau ne sera plus renouvelable.

Ici, à Digne le Procureur Rémy Avon aura été, nolens volens, la courroie de transmission de cette justice de classe. En privilégiant le respect du code de la route sur chemins vicinaux sur celui du code de l’environnement ; malhonnête & pas « tenable » au regard de l’Histoire. Jean Giono, Pellegrin, au secours !

Cette justice reste désespérément aux ordres des seuls qu’elle sait vraiment défendre. Ceux qui ont l’argent du talent des avocats et le luxe du temps long. Nos procureurs n’ont pas plus le choix devant le Président français des multinationales d’aujourd’hui , que leurs prédécesseurs sous Pétain.

A ce procureur d’humble extraction, je conserve pourtant quelqu’estime : par la grâce de sa superbe défense, devant le Garde des sceaux, en réponse à l’insupportable attaque d’un quarteron et demi de maires séditieux cornaqués par un David Géhant dont les dents rayent le Parquet.

Je déteste la lumière, j’ai de grandes difficultés à m’exprimer en public. J’y suis parfois contraint tant la révolte m’anime. Nous avons tant de combats à mener pour garder notre dignité et celle des enfants qui nous suivent.

Je suis une vieille personne. A 20 ans je faisais du stop. Depuis que je conduis une voiture, j’ai toujours pris, sans distinction ceux qui levaient le pouce. J’ai toujours pris soin des accidentés ou de ceux dont le véhicule était en panne. J’ai choisi, cela n’a pas toujours été facile, de rester pauvre. J’y suis parvenu. Pas par gloriole mais par frugalité consentie.

Mes seuls revenus mensuels sont de 940 € avec un loyer en meublé de 500 €, en réussissant à refuser,  jusqu’à ce jour, la détestable charité publique d’une APL. Toujours j’ai travaillé, exclusivement ou peu s’en faut par passion, souvent pas déclaré, pour soutenir quelque compagne plus talentueuse que moi. Je reste heureux de survivre en continuant à travailler une cinquantaine d’heures par mois, au noir & pour environ 500 €. En ne volant le travail de personne. Ce sont des amis artisans qui m’envoient remplacer un robinet ou un radiateur, parce qu’à moins de 3 à 400 € par demi-journée ils ne gagnent plus leur vie.

Pour travailler, me nourrir, me soigner, j’entretiens une voiture que je mutualise chaque fois que possible. Comme presque tous les plus pauvres de province je suis matraqué par les 80% de la TIPP & la TVA, tandis que les touristes aéroportés promènent leurs insignifiances à travers le monde en polluant impunément sans acquitter un centime de taxe sur le Kérozène.

Racket organisé.  Sur oubli du port de la ceinture de sécurité, 135 € d’amende & 3 points perdus sans avoir porté tort à personne. Ayant omis d’ouvrir ma boîte aux lettres dans les temps et n’ayant de surcroît pas les moyens de régler dans le mois une telle somme, celle-ci est passée immédiatement à 375 € avec saisie sur revenus auxquels la Banque Postale a rajouté 25 € de frais bancaires.

L’administration fiscale et nos amis, douillets législateurs à moyens de transport en commun ou chauffeur, estiment que mon compte bancaire peut être saisi jusqu’à ne me laisser pour vivre que le montant du RSA c’est-à-dire 607,75 €. Ces agents et ces législateurs sont des criminels. Sans conscience.

A 72 ans, travailler encore, au « noir », et pour 3 francs six sous, m’offre des rencontres dans tous les milieux, la connaissance de bien des misères comme celles de fabuleuses histoires. Tout cela me maintient en santé & ne manque pas de m’interroger sur la si récente notion de retraite.

Après ce 1er  détour par le Code de la route, revenons au Jas d’Aubert & aux leçons qu’il serait souhaitable de tirer de ce qui s’y est passé & s’y passe encore aujourd’hui. Les choix stratégiques et tactiques des leaders médiatiques luttant contre ce projet n’auront jamais été que ceux de la défense et fort peu ceux de la proposition & des échanges réellement ouverts à tous les milieux sociaux.

L’invocation d’un Code de l’environnement assaisonné d’une communication  féminisante victimaire ne saurait suffire : trop élitiste, trop perso, trop court, sans une large mobilisation créant un rapport de force favorable.

A Sylvie et Claudine, quel que soit le verdict du tribunal aujourd’hui, je conserverai, si elles en veulent encore, mon amitié. Avant leur Garde à Vue, me substituant à l’une d’entre elle, j’avais déjà subi l’odieux marché d’un Avertissement Pénal Probatoire faisant suite à mon audition par la Brigade de St Etienne Les Orgues. Ignorant ma demande, on ne m’y a pas remis le moindre PV. J’avais simplement parcouru, ce matin-là, 2 Km à pied pour arriver sur le lieu d’un face à face entre opposants à la centrale voltaïque et gendarmes.

Chantage judiciaire : un obscur scribouillard, signant pour Rémy Avon, m’a signifié une lunaire condamnation,  sans m’avoir entendu. C’est au regard du Code de la rouste qu’il m’a condamné avec sursis, à 4500 € d’amende, 2 ans de prison & 3 ans de suspension du permis de conduire. A la moindre faute, même sans rapport avec le parc voltaïque ce sursis tombera.

Ce jugement me pose questions. Les 2 années de prison seront-elles déduites des 3 années de suspension du permis de conduire ? En ces temps difficiles, aller en prison pour y être logé, nourri, blanchi, soigné, pourquoi pas ? Compte tenu de mes moyens matériels en y exerçant le peu de talent d’écrivain public qu’on semble me consentir au bénéfice des copains prisonniers, c’est tentant.

Revenons à Lure. Transformer une bataille perdue en rase montagne en une victoire médiatique, très peu pour moi. Au regard des enjeux, le sort judiciaire des autres & le mien sont de peu de poids : sans soutien populaire au plus près du terrain, projecteurs, micros et salons parisiens, je le répète, c’est nada.

Le travail qui nous attend, c’est échanger sans relâche pour apprendre, aussi convaincre le premier venu de l’urgence de prendre soin du vivant, de tout le vivant dans notre voisinage. Nous y jouons notre survie, celle des enfants.

Face à un état qui a adopté la position du démissionnaire, avec ses préfets et sa justice, tout est à réinventer. Les partis politiques et les syndicats ayant sombré corps et bien dans l’individualisme consumériste & numérique.

Aux scrutin à deux coups espacés de 113 jours des dernières municipales, ils n’ont offert qu’une caricature de démocratie. 3 mois ½ de magouilles entretenant la trouille d’un électorat âgé (40% de + de 60 ans).

De PQ en bulletins de vote, papiers & procurations à gogo mal vérifiées les élus de l’entre soi communal, maires et Pdt de Comcom n’auront jamais été aussi suspects & décrédibilisés depuis les débuts de la 5ème République.

Ici, à Forcalquier fin 2023, au fil de l’eau, nous avons vécu une caricature de réunion publique. 25 mauvais élus de la Comcom, appâtés en clientélisme subventionné par un David Géhant pressé d’offrir le plus vite possible à des actionnaires complices la gestion de notre eau, bien commun vital.

Dans cette salle du 1er étage de la mairie une démocratie rachitique, avec élus assis et attablés, entourés d’un maximum de 40 chaises pour spectateurs impuissants (Malgré une pétition réunissant à la va-vite 1200 signataires sur 7000 adultes, la moindre écoute reste inenvisageable).

Debout, parce que sans place assise, David a menacé de me faire expulser par sa Police municipale. On a gentiment cédé une place à mes 72 ans. Me ferai virer manu militari la prochaine fois. La démocratie, pour David & la plupart de ses copains & coquins potentiels ? Un bulletin de vote tous les 6 ans et basta.

La mairie de Forcalquier ? Elle est devenue une prospère agence immobilière pour peu d’élus dans un marché explosif. Airbnb ou gîtes c’est 750 propositions locatives sur un parc, ici, de 3200 logements. Au secours !

La prochaine bombe ? Une folle spéculation immobilière avec passoires thermiques au cœur d’une misère galopante. Un court-circuit entre les 2 à 3% les plus riches gérant leur bonne fortune & les 25% qui, tout en bas, crevant misère. Les monstrueux scandales immobiliers des JO parisiens allumeront probablement la mèche de cette bombe.

Cette démocratie est subclaquante. C’est à partir de nos villages et dans notre quotidien, que nous avons à travailler chaque jour & de toutes nos forces pour lui redonner des couleurs.

C’est au cœur des écoles primaires de nos villages au côté de nos instituteurs, autour des enjeux concrets de l’eau, de l’alimentation, de l’énergie, que nous avons à réconcilier les génération autour du travail de la main, de potagers en haies, pour nous cultiver en tenant à distance les écrans.

Logiquement, nos amis paysans, au-delà de l’achat systématique de leurs productions, doivent pouvoir compter sur notre soutien constant. Nous avons à donner vie à des associations de clients pour les épauler.

Pour les soulager, offrons leur la respiration de nos talents ; de cours particuliers à leurs enfants à la réhabilitation de haies, de l’entretien des biaous à celui des martelières, du débroussaillage de délaissés que menaceront les incendies à l’aménagement d’un lieu de vie pour y vendre leurs productions.

J’en appelle ici à tous ceux qui savent que le partage constitue le meilleur des antidotes à l’anxiété. Un peu plus à ceux qui sont lucides & que la fortune a un peu plus gâtée que les autres.

Ne suis pas de Longo Maï. Je suis heureux de leur présence au long cours ici et tout spécialement de leur radio, Radio Zinzinne. Ecoutez leurs émissions et infos du soir à 19 heures, en particulier les lundis et vendredis, aux infos plus locales. Contactez-les, témoignez, proposez et engagez-vous dans la vie de vos villages et dans celles des associations pour que revive notre démocratie rurale.

Il y a une jolie fête organisée à Montlaux ce 11 février. On s’y retrouve ?

Courage à tous.

 

Ecrit à Forcalquier le 6 02 2024, amendé par des amis, notamment du Café des Libertés.

Jean4mau@gmail.com

 

En février 2024 à Montlaux – Commune de MONTLAUX

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