Gastel Etzwane
La farce du dîner des correspondants : l’Histoire se répète
« Hegel remarque quelque part que tous les grands faits et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois. Il a oublié d’ajouter : la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce. »
Karl Marx, Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, 1852.
Samedi 25 avril 2026, au Washington Hilton. Le dîner annuel des correspondants de la Maison Blanche, ce grand barnum washingtonien où se côtoient président, vice-président, cabinet, élus et journalistes, devait être une soirée de comédie légère. Elle s’est transformée, en direct, en une farce grotesque qui illustre à la perfection la sentence de Marx.
Dès avant le début de la soirée, la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, avait lâché, presque en plaisantant : « Il y aura des tirs nourris ce soir. » On crut à une métaphore. On avait tort. Vers 20 h 34, un individu armé de plusieurs armes à feu et de couteaux, présenté depuis comme un enseignant californien du nom de Cole Tomas Allen, parvient à franchir sans difficulté apparente le dispositif de sécurité et à se rapprocher dangereusement de la salle de bal. Des tirs retentissent près de la zone de contrôle. Le chaos s’installe.
À la table d’honneur, le mentaliste Oz Pearlman est en train de montrer un petit papier à Melania Trump. La Première dame blêmit. Donald Trump, lui, semble à moitié endormi, presque indifférent. Pendant ce temps, le protocole de sécurité, pourtant très clair, est superbement ignoré : les agents évacuent d’abord le vice-président JD Vance, puis, seulement en deuxième position, le président des États-Unis. Trump trébuche en étant extrait de la scène. On ne sait plus très bien si c’est la panique ou l’âge qui le fait « se casser la gueule », comme disent les images qui circulent déjà.
Dans la salle, le spectacle devient surréaliste. Un invité reste tranquillement assis à sa table et continue de manger comme si de rien n’était. Des journalistes se servent des bouteilles avant de filer. D’autres, des femmes surtout, sortent leur téléphone pour se prendre en selfie plutôt que de filmer l’évacuation. Une militante pro-Israël (Debra Lea) immortalise elle aussi l’instant, annonce triomphalement que le tireur a été tué (ce qui est faux), puis filme une séquence où elle affirme, caméra à l’appui, qu’il n’y avait « aucun service de sécurité » (ce qui est tout aussi faux). Le tout sous les yeux d’une salle qui, quelques minutes plus tôt, riait encore aux blagues du mentaliste.
Dernière touche de comédie : Stephen Miller, conseiller influent et figure de l’administration, quitte les lieux en se protégeant ostensiblement derrière sa femme Katie, enceinte de plusieurs mois. Les images font déjà le tour des réseaux : l’instinct de survie, version élite trumpiste.
Une fois à l’abri, Donald Trump tire la leçon de cette soirée ubuesque. Preuve irréfutable, selon lui, qu’il faut enfin réaliser le projet qu’il caresse depuis longtemps : transformer la salle de bal de la Maison Blanche en bunker blindé, ultra-sécurisé, à 400 millions de dollars. Un projet pharaonique qui, ironie du sort, vient d’être une nouvelle fois bloqué par décision de justice. Le juge fédéral Richard Leon a, le 16 avril dernier, confirmé l’injonction interdisant les travaux en surface, estimant que le président n’est que « l’intendant » et non le propriétaire de la Maison Blanche et que le Congrès doit donner son feu vert. Seuls les travaux souterrains (bunker et mesures de sécurité) sont autorisés. La farce continue.
Ce qui s’est déroulé samedi soir n’est pas seulement une faille de sécurité. C’est la mise en scène involontaire d’un système qui, dans sa volonté de tout contrôler, ne maîtrise plus rien. Une élite politique et médiatique qui se gave de canapés pendant que l’Histoire, une fois encore, se répète en version burlesque. La tragédie de l’attentat, la farce du dîner. Et les Américains, une fois de plus, spectateurs impuissants d’un spectacle dont ils ne sont même plus les figurants.






Gastel Etzwane
Philippe Béguin
Pour le coup, il ne s’agit pas d’une interprétation ni d’un avis personnel, mais d’une simple transcription de faits parfaitement vérifiables.
Le président des États-Unis a bel et bien été évacué en second, après le vice-président : cela contrevient au protocole le plus élémentaire.
Les images montrent clairement qu’il s’est cassé la gueule ensuite.
De nombreuses personnes présentes, surtout des femmes, ont pris le temps de se faire des selfies en montrant leur bouche gonflée à l’hélium ; je n’en ai mis que quelques-unes.
L’activiste pro-israélienne a effectivement déclaré que le tireur était mort, en prenant la pose que j’ai illustrée (lèvres gonflées et décolleté bien en vue), puis a affirmé qu’il n’y avait « aucun service de sécurité », ce qui était manifestement faux.
Le conseiller spécial qui marche derrière sa femme enceinte pour se protéger est également une réalité filmée.
Enfin, la première réaction du président et de son entourage (de façon très coordonnée) a été de marteler qu’il fallait transformer cette salle de bal en bunker blindé.
Tout cela n’est pas du « bavardage » : ce sont des faits bruts. Vous me donnez d’ailleurs l’occasion de le confirmer une nouvelle fois : mon texte repose exclusivement sur des éléments vérifiables, sans ajout ni interprétation romanesque. La réalité de cette soirée est tellement absurde et grotesque qu’aucun scénariste n’aurait osé l’inventer. On y ajoute un tireur qui entre très armé sans grande difficulté, mais qui ne représente finalement de danger réel pour personne.
La réalité, ce soir-là, était plus forte que n’importe quelle fiction. Et c’est précisément ce que je décris.