Une bombe financière sur le point d’éclater ?

https://lesgiletsjaunesdeforcalquier.fr/2026/04/frederic-lordon-quelque-chose-de-gros-se-prepare-avec-la-finance/

La crise scélérate

Une cocotte-minute enfouie dans les bas-fonds de la finance dérégulée menace d’exploser. À l’abri des regards, le brouet du « private credit » y bouillonne depuis des années. Or les créanciers commencent à paniquer. Une crise dans ce secteur provoquerait une réaction en chaîne dévastatrice pour une économie déjà fragilisée par la hausse des prix de l’énergie.

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Wes 21 / Remo Lienhard. – « Values » (Valeurs), 2021
© Remo Lienhard – www.wes21.ch

Les marins de haute mer l’appellent la « vague scélérate ». C’est une singularité monstrueuse de la mécanique des fluides océanique, une énormité qui sort du lot au milieu d’une mer pourtant déchaînée. Rien ne passe la vague scélérate, même les tankers ou les plus lourds porte-conteneurs la redoutent. Si la conjonction de tendances aussi bien financières qu’économiques actuellement à l’œuvre se confirme, nous en connaîtrons peut-être bientôt un équivalent. Les crises financières précédentes venaient d’un unique compartiment, bien identifié : les crédits hypothécaires titrisés dans le cas de la crise des subprime en 2007-2008, les actions des entreprises dotcom dans celui du krach Internet en 2000-2001. Ici l’alarme sonne aux quatre coins du tableau simultanément. Cependant qu’aux États-Unis un pouvoir politique dérangé fabrique de toutes pièces une gigantesque crise pétrolière dans le détroit d’Ormuz, d’où résultera une combinaison particulièrement violente de récession globale et d’inflation. On cherche pareil alignement de planètes pour le pire dans l’histoire du capitalisme — sans trouver.

Au départ, c’est la crise financière qu’on voit monter, depuis cinq mois. Pas exactement celle qu’on a d’abord cru identifier. Car, à l’époque, l’inquiétude porte sur les valorisations boursières délirantes des entreprises de l’intelligence artificielle (IA). Qu’une société comme OpenAI soit valorisée à 800 milliards de dollars alors qu’elle n’a pas encore gagné un cent, qu’elle a fait 8 milliards de pertes en 2025 (pour 20 de chiffre d’affaires…) et qu’elle prévoit de n’être profitable qu’en 2030, envisageant entre-temps de dépenser 600 milliards supplémentaires, admettons en effet que l’hypothèse du délire n’est pas elle-même délirante.

Ça n’est pourtant pas dans cette direction qu’il fallait regarder. Les krachs dans les marchés d’actions sont sans doute spectaculaires mais rarement dangereux — bien sûr on se souvient de 1929, mais (…)

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