Dans le troisième épisode de notre podcast, nous vous avons raconté la filière de financement qui passait par Bechir Saleh et Alexandre Djouhri. Dans ce quatrième et dernier opus, nous vous expliquons comment le clan Sarkozy, gravement en cause, a choisi comme stratégie de défense de discréditer la justice française tout en la manipulant. Retrouvez ci-dessous quelques extraits et citations issus du podcast.
Récupérer les éléments du dossier judiciaire.
« Nicolas Sarkozy est boxeur hors pair face aux magistrats. »
Relater qu’il est obligé de lâcher Brice Hortefeux et Claude Guéant.
« L’idée selon laquelle ses deux plus proches collaborateurs auraient pu se compromettre avec les Libyens, sans que lui n’en ait jamais rien su alors qu’il était leur patron, fait douter les juges. »
Constater qu’il se sent acculé.
« C’est la panique dans le clan, il faut mettre la pression sur les témoins, il faut avoir des informations pour les compromettre. »
Se résoudre à ne pas tout comprendre.
« On entend sur les écoutes : “Ne t’inquiète pas. S’il y a une perquisition, notre homme nous préviendra.” » On n’a jamais su qui était cet homme. »
Déjouer la communication sur un complot des juges.
« C’est une vieille stratégie populiste qu’on connaît dans d’autres pays : Berlusconi en Italie, Nétanyahou en Israël, Trump aux États-Unis : quand on est acculé, le problème, ce ne sont pas les faits qui sont révélés, mais ce sont les juges. »
Douter d’un spectaculaire revirement.
« Un beau jour, BFM annonce un scoop mondial et on voit Ziad Takieddine à l’écran depuis Beyrouth. On est sidérés par les propos et par le crédit donné à ces propos : éditions spéciales, dépêches d’agences en veux-tu en voilà. »
Ne pas se décourager en comparaison du peu d’échos donné à l’affaire depuis le début.
« J’avoue être démuni. Est-ce que l’affaire est invraisemblable ? Est-ce que c’est trop gros ? Est-ce que les éléments de langage de la Sarkozie opèrent avec efficacité ? L’affaire n’a jamais fait la une des quotidiens ou du “20 heures”. »
Contre-enquêter sur cet improbable revirement.
« On s’est mis en quête de ses activités à Beyrouth. On a contacté ses anciens avocats. On a compris qu’il n’avait plus d’argent et qu’il vivait au crochet des uns et des autres. »
Découvrir un étonnant aréopage.
« Les journalistes de Paris Match et de BFM étaient accompagnés de Noël Dubus, qu’on connaît bien : mi-barbouze, mi-escroc. Qu’un personnage aussi sulfureux soit mêlé à l’interview, c’est la cerise sur le gâteau : il y a forcément quelque chose qui ne va pas. »
Retrouver de vieilles connaissances.
« L’opération s’est déroulée sous la supervision de Michelle Marchand, la papesse de la presse people, intime des couples Macron et Sarkozy. »
Décrypter la manipulation.
« Cette interview est le véhicule d’une attaque contre la justice. Il leur faut jeter le discrédit sur la justice anticorruption. »
Se délecter de voir le complot s’effondrer.
« Sarkozy pensait tenir la démonstration de son innocence. Mais on assiste au plus grand boomerang judiciaire de ces dernières décennies. »
Attendre le procès à venir.
« Une enquête n’est jamais tout à fait terminée. Avec Karl, on n’a jamais mené une enquête aussi longue, aussi âpre, aussi dure. On a parfois cru détenir le smocking gun, et puis en fait les documents n’étaient pas bons. On a subi des pressions, des attaques, comme un chemin de croix journalistique. Mais à la fin, on va vers un procès qu’on peut déjà annoncer comme historique. Le procès d’une démocratie soupçonnée d’avoir été achetée par une dictature. »
S’en remettre à la justice.
« Les mis en cause sont présumés innocents. Cela n’efface pas les faits : les négociations secrètes, les sollicitations, les mensonges, les versements, les contreparties… Est-ce que le tribunal considèrera que cela fait une culpabilité ? Ce n’est pas à nous de le dire : ce n’est pas notre boulot et ce n’est pas notre rôle social. Mais quel que soit l’avenir judiciaire, nous ne retirerons pas une virgule de ce que nous avons écrit, car nous avons écrit des faits, vérifiés et d’intérêt public. »