Les messages subliminaux derrière l’affiche de Jean-Luc Mélenchon

Le candidat de la France insoumise apparaît devant un décor rural, représentant le plateau de Gergovie. Ce qui cache de multiples références.

EN BREF
• L’affiche de campagne Mélenchon, dévoilée avant son meeting, rappelle celle de Mitterrand avec un décor rural.
• Le choix de Gergovie en arrière-plan, symbole de résistance, souligne sa lutte contre l’impérialisme et renforce son image de chef combatif.
• Le slogan « Liberté, égalité, solidarité » met en avant la solidarité, prônant une société d’entraide.

Lors d’une campagne électorale, rien n’est laissé au hasard. Vraiment rien. L’affiche de campagne de Jean-Luc Mélenchon, opportunément dévoilée la veille de son grand meeting au Bourget prévu ce samedi 7 novembre, fait partie des éléments de communication savamment élaborés dans le but de marquer les esprits.
Il y a d’abord ce que l’œil voit en premier : le quadruple candidat à la présidentielle, fidèle à son éternelle cravate rouge, se tenant droit face à un décor rural, et posant le regard sur sa gauche, comme s’il admirait l’avenir qu’il promet à ses électeurs. Une mise en scène des plus classiques qui cache, en réalité, plusieurs références. La première : un clin d’œil à peine dissimulé à la célèbre affiche « La Force tranquille » de François Mitterrand.

En 1981, le candidat socialiste apparaissait également devant un paysage fleurant bon la France des campagnes, des petits villages ceints de verdure, laissant courir l’horizon en arrière-plan. La photographie représentait l’église Saint-Pierre de Sermages, petit village du Morvan situé dans le département de la Nièvre : 220 habitants.

Filiation mitterrandienne et mythe gaulois

Jean-Luc Mélenchon, qui revendiquait encore récemment une filiation mitterrandienne, ne peut pas ignorer l’effet que produira le décor de son affiche sur l’imaginaire de gauche, qui plus est dans un contexte où il est question pour lui de rassurer, après des années à théoriser le conflit comme outil prioritaire dans l’accession au pouvoir et alors que ses traits d’image sont catastrophiques dans les sondages.

Arrive alors l’autre niveau de lecture : Gergovie. C’est ce plateau du Puy-de-Dôme qui sert de décor à cette affiche. Tout sauf un hasard, tant ce lieu est chargé de symboles pour Jean-Luc Mélenchon, qui y projette tout un tas de métaphores sur le combat politique.

Et pour cause : c’est ici qu’en 52 avant J.-C., Vercingétorix a réuni les Gaulois pour faire reculer César, alors en pleine conquête de la Gaule. Un événement que les lieutenants du tribun présentent comme un moment fondateur de lutte contre l’impérialisme. « Aujourd’hui, Jean-Luc Mélenchon mène ce combat : celui d’un peuple uni et souverain face aux empires et à ceux qui le divisent », s’enflamme sur son compte X le député LFI Aurélien Taché.

Début octobre, Jean-Luc Mélenchon, féru d’histoire, s’était rendu sur ce lieu qu’il affectionne. Pas pour phosphorer sur l’impérialisme, mais pour vanter la « guerre de mouvement » chère au mouvement insoumis. « Quand on est dans la guerre de mouvement, qui est celle qui m’intéresse, il ne faut pas que le mouvement se disloque. Il faut faire bouger et courir l’adversaire », dissertait le candidat, en faisant un parallèle avec sa capacité à imposer des sujets dans le débat : « Une semaine la dette, l’autre les lycéens ».

L’image renvoie également à celle du chef gaulois, « irréductible » dans la culture populaire. Une façon pour la communication insoumise de flatter l’ego de sa base, convaincue de faire face à une adversité démesurée, que ce soit dans le jeu politique ou dans l’écosystème médiatique. Cette volonté de se projeter dans une forme de continuité historique de la France se retrouve également dans le slogan « Liberté, égalité, solidarité ». Soit un détournement de la devise républicaine.

« Un projet collectif »

Auprès du HuffPost, l’équipe du candidat affirme que l’intérêt est de mettre l’accent sur le troisième élément de ce triptyque, apposé en tricolore sur l’affiche de campagne. « La solidarité est au cœur de notre campagne. Nous voulons construire une société fondée sur l’entraide, non sur le règne de la compétition généralisée et du chacun pour soi », affirme son entourage, indiquant qu’il ne s’agit nullement de changer la devise de la France. « La fraternité est un comportement individuel, la solidarité est un projet collectif », poursuit notre interlocuteur.

Cette affiche, qui vise aussi à montrer que la « nouvelle France » promue par le tribun n’en remplace une « ancienne », s’inscrit également dans un contexte où les codes liés au patriotisme connaissent un regain d’intérêt à gauche, notamment dans les manifestations, où le drapeau bleu-blanc-rouge est dorénavant omniprésent. Si rien, mais vraiment rien, n’est jamais laissé hasard en période électorale, l’histoire dira si ce choix était le bon pour Jean-Luc Mélenchon.

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