pour confirmation de la publication précédente :
Bayonne : plainte contre des violences policières lors de la manifestation du 24 octobre
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TEMOIGNAGE Pierre U. va porter plainte pour les violences subies lors de son interpellation par la police lors de l’acte 2 contre la vie chère et en soutien au mouvement lycéen. Simple participant à la manifestation il a eu 22h de garde à vue et 10 jours d’ITT. La CGT dénonce une disproportion.
Pierre U. a été remis en liberté sans poursuite après avoir passé 22h de garde à vue au commissariat de Bayonne. Mais il écope de 10 jours d’Interruption temporaire de travail (ITT). Conséquence de l’interpellation par la police le samedi 24 octobre dernier à Bayonne lors de la manifestation contre la vie chère et en soutien au mouvement lycéen et étudiant. Le récit de Pierre U. est corroboré par deux témoins, Pauline et Kevin, ainsi que par de nombreuses photos et vidéos. Et par la CGT qui dénonce un usage disproportionné du recours à la force, et notamment à la quantité importante de gaz lacrymogènes particulièrement irritants. La préfecture avait interdit certains secteurs de la ville suite à des échauffourées le 17 octobre.
Pierre U. est un Bayonnais de 28 ans, informaticien en recherche d’emploi. Il va porter plainte contre les violences policières avec son avocate Me Anne-Marie Mendiboure. Une semaine après les faits, il porte encore les stigmates des violences subies, et de la peur permanente qui l’habite désormais. Il ira néanmoins manifester ce samedi pour l’acte 3. « Un droit fondamental » martèle Me Mendiboure. Récit.
« On m’a dit que j’étais un dommage collatéral »
« Au moment où je me suis fait interpeller violemment, j’étais en train d’essayer d’aider un ami. Je n’ai absolument pas touché un policier, je n’ai absolument pas essayé de lancer de projectile au cours de la manifestation, je n’ai fait aucun acte illégal. J’ai essayé d’aider un ami qui s’était fait pousser violemment au sol, qui lui non plus n’avait rien fait d’illégal. C’est alors que je me suis fait projeter au sol. J’ai reçu un coup de matraque derrière la tête, ce qui m’a fait des points de suture, quatre agrafes. On m’a traîné par terre ce qui a sûrement eu l’effet de me faire une disjonction acromio-claviculaire [arrachement des ligaments de la clavicule, ndr]. On m’a amené sur le côté. Je suis passé de main en main. J’étais menotté dans le dos malgré ma blessure à l’épaule. On m’a fait m’agenouiller. J’ai demandé plusieurs fois à récupérer mon téléphone qui était tombé et à comprendre pourquoi est-ce que ça m’était arrivé. Ils m’ont ignoré ou menti. Ils m’ont dit que la manifestation était terminée et qu’il ne restait que des casseurs sur la place. Il était 16 h, il était entre 16 h et 16 h 30. C’était entièrement faux. Ils m’ont ramené pour faire mon procès-verbal. Ils se demandaient qui m’avait interpellé. Ils n’arrivaient pas le à savoir. Un policier est finalement venu et a dit qu’il m’avait vu lancer des projectiles, ce qui est entièrement faux ! J’ai attendu à ce moment là plus d’une heure. Ensuite j’avais la tête en sang, que ce soit devant ou derrière à cause du coup de matraque et j’avais l’épaule explosée. J’étais toujours menotté. Ils m’ont amené au poste et dans l’escalier pour monter, je continuais à dire des choses revendicatrices. Un agent m’a poussé contre le mur en me traitant de « sale anar de merde », pour rien, gratuitement. Du coup, j’ai demandé et on m’a notifié que je pouvais demander un avocat et un médecin. Je les ai demandés tout de suite. J’ai dû attendre encore 2 h à ce moment là pour voir un médecin, ce qui m’a fait en tout 4 h d’attente pour avoir un médecin, alors qu’encore une fois j’avais la tête qui saignait. Ils m’ont désinfecté vers 19 h, juste le coude, c’est tout. C’est le seul soins que j’ai reçu avant l’arrivée à l’hôpital à 20 h. Il y a un médecin qui est arrivé et qui m’a dit qu’il fallait m’envoyer aux urgences. Je suis allé à l’hôpital, menotté. Je suis passé devant une salle remplie de gens qui attendaient pour les urgences. Ils m’ont tous regardé. J’étais menotté, encerclé, enfin entouré par deux policiers qui m’emmenaient jusqu’à une salle. Ils m’ont laissé dans cette salle. J’étais toujours menotté. J’ai manifesté le fait que j’avais mal au bras, mais ils n’ont rien voulu savoir. J’ai attendu le médecin. Le médecin m’a ausculté. Il m’a mis des agrafes. Il m’a amené à la radio. Quand je suis passé à la salle à la radio, j’étais toujours menotté et je suis resté menotté jusqu’à ce qu’on me mette une écharpe. Ensuite, ils m’ont ramené au poste. Ils m’ont mis en cellule. Il n’y avait pas assez de cellules. Donc j’ai été dans une cellule individuelle à deux. Mon camarade m’a laissé le lit, mais lui, il a dormi par terre. Il n’avait même pas de couette et il n’a rien fait non plus. Bref, j’ai dû attendre ensuite jusqu’à 11 h, ce qui fait 18 h en tout avant qu’un avocat vienne. Selon ce qu’il y avait écrit dans la cellule, de ce que j’ai compris, il fallait 2 h maximum d’attente… J’ai attendu 18 h 20 h avant de voir l’OPJ [officier de police judiciaire] pour 22 h en tout de garde à vue. Tout ça pour qu’à la fin, on me dise que j’avais été gentil, que j’avais à peine harangué les policiers et que j’étais un dommage collatéral. »