Les polices espagnoles et marocaines massacrent trente sept réfugiés et en blessent des centaines à la frontière de Melilla

LR : 37 migrants morts à la frontière Maroc/Espagne, 46 au Texas, un monde affreusement inhumain.

Alejandro López

Le gouvernement du Parti socialiste espagnol (PSOE)-Podemos, en collaboration avec une police marocaine agissant comme garde-frontière de l’Union européenne, a perpétré un massacre barbare aux frontières de l’enclave espagnole de Melilla en Afrique.

Au moins 37 migrants ont été tués et 150 autres blessés lorsque des milliers de personnes ont tenté de franchir la frontière marocaine vers Melilla vendredi. Selon le HCR, beaucoup venaient du Tchad, du Niger, du Soudan et du Soudan du Sud, et seraient considérés comme des demandeurs d’asile potentiels selon le Droit international.

La cause précise des décès reste incertaine. Certains migrants sont peut-être morts asphyxiés ou écrasés à cause d’une bousculade provoquée par les assauts de la police marocaine. Il est possible que d’autres sont morts suite à des chutes du haut de la clôture: à l’endroit de la frontière où a eu lieu le massacre, la clôture frontalière culmine entre 6 et 10 mètres de haut. D’autres ont peut-être été directement tués par des policiers qui les ont frappés avec des pierres et des matraques.

Des images diffusées par Al Jazeera montraient des dizaines de personnes allongées près de la barrière frontalière, certaines saignant et beaucoup étaient apparemment sans vie alors que les forces de sécurité marocaines se penchaient sur les corps. Dans une vidéo, un agent de sécurité marocain frappait une personne allongée sur le sol avec une matraque.

L’importante répression policière menée par la Garde civile et la Police nationale espagnoles a fait au moins 60 migrants blessés, dont deux furent hospitalisés. Selon le représentant du gouvernement espagnol à Melilla, les forces de police des deux côtés de la frontière ont collaboré dans « une opération conjointe », matraquant la foule des migrants et lançant des gaz lacrymogènes des deux côtés.

L’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH) a déclaré que de nombreux blessés « ont été laissés là sans aide pendant des heures, ce qui a aggravé le nombre de morts ». Helena Maleno, fondatrice de l’ONG espagnole Caminando Fronteras, a déclaré : « Les victimes de la tragédie de Melilla ont agonisé pendant des heures sous le regard cruel de ceux qui étaient censés les aider et ne l’ont pas fait… » Selon des vidéos postées par el Dario.eset Público, lorsque 500 migrants sont entrés en Espagne, les forces de sécurité marocaines sont entrées sur le territoire espagnol, où elles ont frappé, arrêté et renvoyé de force des migrants. La capacité de la police marocaine à pénétrer sur le territoire espagnol dépendait de la collusion des membres de la Garde civile et de la Police nationale. Il ne reste plus que 133 réfugiés à Melilla, les autres ayant été expulsés de force.

Certaines images, enregistrées par elDiario.es entre 11h et 12h du matin, montrent deux gendarmes marocains à la frontière, sur le toit d’un poste de contrôle espagnol, essayant à tour de rôle de lapider un migrant qui se trouvait en haut de la clôture.

Le photojournaliste Javier Bernardo a déclaré à Público : « Les migrants qui ont réussi à traverser ont été encerclés par la police et la garde civile, qui les ont poussés vers le côté marocain. Certains ont réussi à se libérer et à courir plus loin dans Melilla.[ …] J’ai été surpris quand j’ai vu des casques verts des forces marocaines du côté espagnol de la clôture. Les agents espagnols étaient en difficulté, il y avait beaucoup de monde dans un endroit très étroit. J’ai été surpris de voir des policiers marocains sur le sol espagnol détenir, agresser et renvoyer des migrants. C’est la première fois que je vois cela en quatre ans de travail à Melilla ».

Dimanche soir, des manifestations ont éclaté dans toute l’Espagne contre le massacre, à Barcelone, Madrid, Valence, Bilbao, Badajoz, Cáceres, Séville, Grenade, Cadix, Mataró et Saragosse.

Ces scènes horribles témoignent du caractère barbare de l’Union européenne. À l’est, la guerre par procuration de l’OTAN contre la Russie en Ukraine a fait des dizaines de milliers de morts et des millions de réfugiés. Au sud, l’UE déploie toute la force de sa machine policière et militaire contre les migrants, dont des milliers se noient chaque année dans la Méditerranée.

Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a salué le massacre. Présenté dans les médias comme ayant une politique plus « humaine » envers les migrants lorsqu’il est arrivé au pouvoir à la mi-2018, Sánchez a salué la police et dénoncé les victimes avec des mots qui auraient pu être prononcés par n’importe quel dirigeant d’extrême droite, de l’ancien président américain Donald Trump à Santiago Abascal du parti fasciste espagnol Vox.

Sánchez a condamné la tentative de traversée massive des migrants comme une « agression violente » et une « atteinte à l’intégrité territoriale » de l’Espagne. Il l’a cyniquement imputée au trafic d’êtres humains, déclarant: « S’il y a quelqu’un responsable de tout ce qui semble s’être passé à cette frontière, ce sont les mafias qui font le trafic d’êtres humains. »

Plus dégoûtant encore furent les faux appels à une enquête de la part de Podemos. Ce parti a exigé une enquête « immédiate et indépendante » de l’UE sur son propre gouvernement afin de clarifier les « images dures de violence et de graves violations des droits de l’homme par les autorités frontalières ». La vice-première ministre et dirigeante de fait de Podemos, Yolanda Díaz, a adressé ses « condoléances aux proches » des victimes.

Le porte-parole parlementaire de Podemos, Pablo Echenique, a tenté de détourner l’attention en racialisant le massacre et en accusant le Maroc. Il a tweeté: « S’ils étaient blonds et européens, il y aurait des réunions d’urgence au plus haut niveau, des émissions spéciales télévisées sur leurs histoires de vie et leurs familles et une rupture totale des relations avec le pays dont l’action policière a provoqué ce drame. »

En fait, comme Echenique le sait très bien, la propagande des médias impérialistes feignant la sympathie envers les réfugiés ukrainiens ne cherche qu’à promouvoir la guerre contre la Russie, ce que Podemos soutient pleinement. En réalité, le traitement officiel des réfugiés ukrainiens a été très différent, un pays de l’UE après l’autre ayant réduit leurs prestations sociales. L’un des pires a été l’Espagne, où les autorités ont reçu un grand nombre de plaintes d’Ukrainiens pour abus et mauvais traitements. Seuls 6,5 pour cent des 47 000 réfugiés ukrainiens en Espagne ont trouvé du travail, principalement des emplois saisonniers liés à la récolte des oranges.

La Zone internationale de Podemos a déclaré que le moment du massacre « n’est pas un hasard », car il se produit quelques jours avant le sommet de l’OTAN à Madrid, où la frontière sud et l’augmentation des dépenses militaires seront discutées.

Cette déclaration pose directement la question de la complicité de Podemos dans le massacre. Au sommet de l’OTAN, le gouvernement PSOE-Podemos exige que l’OTAN considère la migration comme une « menace hybride », justifiant l’intensification de la répression des réfugiés et des interventions impérialistes en Afrique. Si ce massacre n’était «pas un hasard», la question est de savoir si le PSOE et Podemos ont encouragé cela pour justifier leurs plans qu’ils annonceront au sommet de l’OTAN.

La brutalité de l’UE, du gouvernement PSOE-Podemos et de leurs alliés policiers marocains contre les réfugiés doit être considérée comme un avertissement à la classe ouvrière. Au milieu de la spirale de l’inflation, des millions de décès évitables dus à la mauvaise gestion capitaliste de la pandémie et de la guerre de l’OTAN contre la Russie, la classe dirigeante se tourne rapidement vers la dictature.

Le massacre de Melilla n’est que le dernier outrage que le gouvernement PSOE-Podemos a perpétré contre les réfugiés. Des dizaines de milliers de personnes sont mortes au cours de ce voyage risqué. L’année dernière, plus de 1 109 migrants sont morts en tentant d’atteindre les îles Canaries. Ceux qui atteignent les îles sont internés dans des camps de concentration construits par le gouvernement PSOE-Podemos.

L’année dernière, le gouvernement, soutenu par l’UE, a réagi aux migrants désespérés traversant du Maroc vers l’Espagne en déployant(article en anglais)l’armée, les forces spéciales et la police anti-émeute pour regrouper et expulser des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants désespérés après leur avoir refusé la nourriture et les soins médicaux.

Comme en a averti le WSWS, la violence contre les migrants se retournerait bientôt contre les travailleurs. Des mois plus tard, le gouvernement PSOE-Podemos a déployé des véhicules blindés et des policiers anti-émeute contre les métallurgistes en grève à Cadix; en avril dernier, il a mobilisé 23 000 policiers pour briser une grève des camionneurs contre la hausse des prix du carburant sur fond de guerre de l’OTAN contre la Russie en Ukraine. Aujourd’hui, l’Espagne mobilise 20 000 policiers et militaires pour surveiller les rues lors du sommet de l’OTAN à Madrid.

La sympathie pour les migrants ressentie par des millions de travailleurs dans toute l’Europe souligne le caractère totalement antidémocratique de la politique anti-réfugiés du gouvernement PSOE-Podemos et de l’UE.

(Article paru en anglais le 27 juin 2022)

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